Quelle citation de Sony vous habite aujourd’hui?

Témoignages recueillis par l’équipe des Bruits de Mantsina.

Harvey Massamba
Il y a une phrase de Sony qui me hante toujours depuis cette époque. Elle est dans sa lettre ouverte à l’humanité. «Notre siècle produit plus de nourriture mais plus de gens y meurent de faim…»

Jean-Paul Delore
«Nous sommes les locataires de la langue française»: c’est tellement intelligent et drôle, il nous met au bon endroit, là où on devrait être en tant qu’individus et artistes par rapport à la langue et la culture.

Étienne Minoungou
La pensée de Sony est vraiment «contagieuse». J’ai beaucoup de choses qui me passent dans le coeur et dans l’esprit… Mais c’est l’actualité au Burkina Faso autour des procédures judiciaires et les inculpations des présumés coupables et commanditaires de l’assassinat de Thomas Sankara qui me font penser à une phrase prophétique de Sony: «Sankara est mort. QUI peut tuer  LA FULGURANCE? Pauvres bêtes, vous vous êtes trompés d’assassinat la mort vous en voudra de la prendre pour une conne.» C’est éblouissant!!!

Rufin Mbou Mikima
Une fois qu’on a entendu ou lu les mots de Sony, ils nous habitent comme un feu qui brûle éternellement. La situation qui correspond à mon état d’esprit actuel et à mon mal-être par rapport au Congo et à l’Afrique est: «Je mourrai vivant».

Rufin Mbou Mikima
Rufin Mbou Mikima

Kouam Tawa
«Le salut a cessé d’être individuel: on ne peut plus tuer Carthage pour sauver Rome, il faut raisonner à partir du fait qu’aujourd’hui Rome peut mourir des blessures, par elle faites à Carthage.» (Il l’a dit dans son intervention au symposium sur la littérature africaine qui a eu lieu lors de la Foire du livre de Francfort de 1980.)

Papythio Matoudidi
«Pour la lutte de l’homme jusqu’à l’homme» dans une lettre à Edouard Maunik dans L’Acte de respirer. C’est pour les hommes, les êtres, les humains, que la terre continue à vivre, pour moi c’est une vision très large du monde, qui met un espoir. Parce que ce n’est pas tout le monde qui parle des autres, qui pense aux autres, qui dit des choses pour les autres, qui écrit. C’est une forme de militantisme. Un genre de protection, de combattant, de révolutionnaire. J’ai entendu parler de lui, même dans les quartiers, de ce sur quoi il écrivait, c’était quelqu’un de très inspiré, un prophète quoi, c’est de la prophétie. C’est ça qui me donne la valeur. Et que je trouve juste. C’est pour ça que je soutiens cette parole. Je vis avec, je marche avec, je me promène avec, je respire ça. C’est une vraie idéologie. De l’espoir… C’est un autre Pierre Rabhi. Mais à la Congolaise.

Marcel Mankita
Je n’ai pas lu tout Sony (par exemple, jamais réussi à aller au bout de La Vie et demie). Mais je sais que celui qui aura beaucoup lu Sony, sera habité par plus qu’une citation. Une des citations que je crois ne plus avoir textuellement et dont je ne vais donner ici que l’esprit, c’est: «La civilisation ne se mesure pas à la quantité de tonnes de ferraille que l’on déverse sur l’humanité». En tout cas, en voici une autre que je retranscris textuellement: «Dans la pratique de l’existence, ce sont les couilles et le ventre qui bougent avant tout le reste du corps». Cf L’Autre monde

Dieudonné Niangouna
Toutes. Non mais toutes. Toutes celles que je connais. J’en ai pas de meilleure plus qu’une autre. Je vais commencer par «repousser à plus tard la mort de la vie» «forcer la vie à être»… Tout ce que tu veux c’est… c’est… «je ne suis pas à développer mais à prendre ou à laisser», «l’Afrique n’est pas mal partie, l’Afrique n’est jamais partie» «l’être humain est trop beau pour qu’on le néglige» «je suis intentionnellement humain», j’en ai pas une que je peux dire la meilleure, «ça c’est celle qui m’habite». Par exemple comment j’ouvre à chaque fois Mantsina depuis 10 ans, je dis toujours «Sommes-nous sortis du monde Riforoni?». C’est même pas une citation de Sony, c’est la première tirade de sa pièce Antoine m’a vendu son destin, la première tirade du personnage d’Antoine qui est avec son garde du corps à côté – avec son ministre tout ce que tu veux – ils font silence, ils se concentrent et il lui dit «sommes-nous sortis du monde Riforoni?» et Riforoni lui répond «nous en sommes sortis votre Altesse» «sommes nous les derniers du monde? Seules nos respirations nous écoutent, nous sommes seuls.» «Alors lis la déclaration que le peuple va lire…» Cette phrase là «Sommes-nous sortis…», ce n’est pas une citation, ça n’a rien d’une citation. C’est une phrase c’est même une question qu’il pose à quelqu’un «Est-ce qu’on est sorti du monde?» Est-ce qu’on est sorti de la crise? Tout le blabla… Mais cette phrase-là qui n’a rien d’une citation, pour moi ça a une valeur incroyable mais je ne la mets pas en comparaison avec les citations. C’est pour dire qu’une phrase de Sony peut complètement m’habiter, mais pourtant ce n’est pas une phrase qui est toute proverbiale, avec des guillemets. C’est une question qu’il pose mais qui était juste une question qui est complètement dans un dialogue, de manière terre à terre. Mais comment moi dans ma tête, cette question-là qui était une question terre à terre, moi dans ma tête ce que ça provoque en moi, c’est que je ne m’arrête pas au fait qu’il a posé une question à Riforoni, moi ça me pose d’autres questions à moi… Est-ce qu’aujourd’hui on est sorti de la gabegie? Est-ce qu’on est sorti de la léthargie? Quand je joue Mantsina et que je dis «Sommes-nous sortis du monde?» C’est que moi je déplace cette phrase-là du contexte dans lequel Sony la met dans Antoine m’a vendu son destin, j’enlève le contexte, que c’est Antoine qui le dit et qui dit à Riforoni «Et-ce que le peuple est prêt pour qu’on parle? Est-ce que le jour s’est levé?» Je l’enlève du contexte de cette pièce là. Je prends juste cette phrase là. Je la décontextualise complètement, et cette phrase-là elle tient en elle-même. Même enlevée de son contexte de la pièce et de sa situation théâtrale.

Abdon Fortuné Koumbha
En tant que conteur, acteur, homme de parole, la citation que j’emporte avec moi est celle-ci:
«Les mots me charment
Me font signe
Et demandent que je leur trouve
Du travail».

Criss Niangouna
Criss Niangouna

Criss Niangouna
Beaucoup de choses comme beaucoup de citations de Sony m’habitent en permanence. Il me faut faire le choix. Alors j’en choisi deux. Dans Les Yeux du volcan, Sony dit: «Il y a des cadavres que l’histoire ne saura enterrer». Cette maxime dit tout de l’homme Sony encore aujourd’hui. En ce sens son œuvre a encore un impact majeur 20 ans après sa mort. Donnez un livre de Sony à quelqu’un qui ne le connaissait pas. Après lecture, il est plus que probable qu’il rentre dans le club de cet auteur. Une deuxième citation à propos de la langue française et qui explique toute sa force: «J’écris en français parce que c’est dans cette langue-là que le peuple dont je témoigne a été violé. C’est dans cette langue que moi-même j’ai été violé. Je me souviens de ma virginité. Et mes rapports avec la langue française sont des rapports de forces majeures… Nous sommes les locataires de la langue française. Nous payons régulièrement notre loyer. Mieux même, nous contribuons aux travaux d’aménagement de la baraque. Nous sommes en partance pour aventure de co-propriété…» . Une petite pour finir, elle parle de l’écriture: «Ecrire c’est légitimer ce que l’histoire bâtardise. Tout bon écrivain devrait être pris pour un conseiller technique de l’histoire. Parce qu’il sait servir le double pouvoir du doute et de l’affirmation…»

Et vous, quelle citation de Sony vous habite? Répondez dans les commentaires

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2 réflexions sur “Quelle citation de Sony vous habite aujourd’hui?

  1. « On m’a demandé, un jour, quel est le rôle des écrivains en Afrique. J’ai rigolé, mais très fort, parce que j’ai dit : “Mais ils remplacent, parfois, la télévision : ils sont obligés de remplacer la radio, ils sont obligés de remplacer les journaux. Parce que les journaux se taisent”. C’est ça la difficulté de l’Afrique, c’est ça : c’est qu’on se tait. Et le silence, il tue. Le silence a déjà tué dans l’Histoire, je crois. Et si nous sommes des hommes de culture, c’est-à-dire des hommes d’ouverture, alors nous devons par tous les moyens éviter le vide qui est créé par le silence. Les droits de l’Homme, ce n’est pas seulement l’affaire des écrivains, ce n’est pas seulement l’affaire de la République, c’est pas seulement l’affaire du chef de l’État et de ses quarante ministres : c’est l’affaire de nous tous, si nous voulons créer de l’Afrique une Afrique libre, une Afrique indépendante, une Afrique respectée parce que l’indépendance commence par le respect que les autres peuvent vous donner. Alors, ne nous taisons pas, parlons : on ne nous fera rien ! ».
    Merci à Alain Mabanckou et Dieudonné Niangouna de l’avoir écoutée et suivie

    Aimé par 1 personne

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