Quelle trouvaille vous fait jubiler chez Sony Labou Tansi?

Dieudonné Niangouna
«Trouvaille» c’est un peu ce que j’ai dit au début, c’est arriver à me faire dire ou à m’apprendre de manière implicite, que la parole est une action et qu’elle s’exprime en étant une seule chose, qui ait son fond et sa forme, et que le problème de la forme doit être évidemment la nappe, la couche, l’odeur réelle de ce qu’on a à raconter, ou de ce qu’on a à dire, ou de ce qu’on a à présenter. Cette forme même de la présentation de la chose, cette forme même de la présentation du langage est quelque chose qui ne doit pas être empruntée mais qui doit naître de son «pourquoi» et son «comment». Et que c’est la plus belle manière pour moi que Sony m’a appris, pour moi Sony par là il m’a appris la plus belle manière d’être au monde. C’est la plus belle manière d’être au monde.

Étienne Minoungou
Quand Sony veut nommer le travail du poète et partant de l’artiste, il parle «d’exercice de la lucidité, de pratique de la sensibilité et de la conscience…» Je n’avais pas encore rencontré une invitation aussi forte.

Vhan Dombo
Il y a la rencontre de la culture Kongo sous sa plus belle robe littéraire. Il y a la fête carnavalesque dans l’écriture de l’écrivain qui confisque la paternité de la langue. Il y a les réalités linguistiques locales dans les œuvres de l’écrivain qui témoignent de l’universalité de l’humain. Il y a la transgression des normes littéraires d’une époque qui donne naissance à l’âge contemporain. Dans les œuvres de Sony Laboutansi, je souris à certains passages de La Vie et demie quand je reconnais les mots et maux de chez moi dans les transcriptions littéraires! Il y a l’audace de tout flamber à travers deux mots et une révolte à quatre pattes qui explose dans une constance hallucinante si bien qu’on se dit après avoir fermé la dernière page: «Je sais de quel arbre, je descends»

Harvey Massamba
Qui a mangé Madame d’Avoigne Bergota. Je n’ai vu que la vidéo de ce spectacle mais j’ai aimé le travail des acteurs. La puissance de la mise en scène. Tout l’univers du spectacle. C’était vraiment magique.

Abdon Fortuné Koumbha
Les trouvailles de Sony ne provoquent pas chez moi de la jubilation.

Jean-Paul Delore
Tout est jubilation chez Sony. Il parle du plaisir.

Rufin Mbou Mikima
Pour Sony, nous étions tous le «nègre» de quelqu’un.  Mais nous étions aussi par notre soif de solidarité des «pivinistes». Un cercle bien fermé, je suppose. J’aurais aimé en faire partie.

Kouam Tawa
La mort a capitulé devant ma délicieuse hantise de respirer. C’est l’instituteur Mallot qui le crie dans la première scène de Je soussigné cardiaque.

Papythio Matoudidi

Marie-Charlotte Biais
Marie-Charlotte Biais

Jubiler? C’est comme quelque chose qui s’arrête? Non, jubiler c’est de la joie, de l’excitation, du plaisir… Jubiler… Il faut que je retrouve ça… C’est beau ce qu’il dit: «Un jour, il y en aura qui diront «je l’ai influencé», ils seront nombreux et voici ma réponse à tous ceux-là qui croient qu’ils m’ont influencé. Je dirai: «d’accord, vous m’avez influencé, mais je suis allé plus loin que vous, j’ai sauté plus haut que vous, accusez moi de cela, pas d’autre chose, autrement soyez fiers de m’avoir engendré. C’est votre droit après tout.»» Le Congo d’où l’on vient, c’est un pays… vous savez ce qu’il se passe… avec de l’oppression, totalement nés dans l’oppression, grandis dans l’oppression, avec un besoin de ce genre de parole qui nous fait lever tôt le matin, qui peut nous donner envie de se battre pour ce que l’on défend, pour ce théâtre africain là, ce théâtre congolais, ce théâtre africain à l’international, comment on doit être vus des autres, comment avoir aussi l’envie, la force, la conviction de toujours donner dans ce sens là ce qu’on a appris, ce que les grands frères nous ont appris, de ce que nous donne notre terre, notre patrie, notre Afrique-mère-terre, de ma patrie dont je suis fier. Dans le sens aussi avoir aussi de la valeur dans ce qui donne la vie, ce qui donne envie de vivre, de dire, de lire, de transcrire. C’est plein de vertus, ce genre d’écriture là… c’est comme une terre éternelle. Parce que ma terre de chez moi, c’est une terre bien «laboureuse», tout ce que tu peux planter dedans, ça te donnera toujours des fruits, des beaux légumes… Et cette écriture, elle a ça. C’est comme une terre pleine de vertus au naturel, où quand tu as planté des graines, tu reçois tout. Et moi j’ai besoin de ce Congo, de cette Afrique aussi, qui vit. Il faut que les hommes arrêtent de faire semblant… Pourtant, ils savent bien quelle est la situation, l’urgence qu’on a sur la Terre. Tout le monde se déchire, je sais pas pourquoi on se bat. Je sais pas. Ça n’a pas de sens. Il faut vivre la poésie que nous donne la vie que nous donne notre terre simplement être fier de là d’où nous venons. Là on a du sens. Faire les choses. Les faire. Les faire. Se donner un vrai sens. Cette parole j’en aurai besoin tout le temps. Depuis que je l’ai découvert, je m’en sépare plus. C’est juste, cette parole. C’est pour la lutte de l’homme pour l’homme. C’est ça qui me donne la raison de vivre. L’immortalité, de laisser des traces, ça c’est important. Ça fait 20 ans qu’il est mort, il faut que nos enfants découvrent ça, connaissent cette parole. Et on a compris des choses. Des choses. Des choses. De ce sens qu’on a. Du fleuve Congo. Qui coule en nous.

Marcel Mankita
Ce qui me fait jubiler chez lui, ce n’est pas quelque trouvaille que ce soit, mais son imagination fertile.

Criss Niangouna  
La première des choses qui intrigue chez Sony (à mon sens) c’est d’abord les titres de ses romans ou de ses pièces théâtres.  Je peux vous citer quelques exemples: La Vie et demie, L’État honteux, Qui a mangé madame d’avoine berghota, Je soussigné cardiaque, Les Yeux du volcan… Tous ces titres sont percutants, longuement réfléchis. Ils donnent le ton, la dimension de l’œuvre et aussi celle de l’homme. Ce sont des titres qui vous obligent à vous arrêter. R

ien n’est fait au hasard avec Sony. Par ailleurs, Sony a fait un travail sur la langue française incroyable. Il rentre dans la langue française avec tous ces codes, y fout un bordel, la réorganise. Beaucoup d’écrivains  africains reconnaissent qu’il a décomplexé cette langue. Il a été un des premiers, sinon le premier à casser les barrières imposées par cette langue, pour se  l’approprier.  Là est sa force. Comme le dit si bien Emmanuel Dongala: «Sony nous a appris à faire l’amour avec les mots autrement que dans la légendaire position du missionnaire».  C’est avec Sony à mon sens que commence notre théâtre contemporain. C’est notre Beckett, plus que Beckett, notre Koltès, au-delà de Koltès.

Et vous, quelle trouvaille de Sony vous fait jubiler? Répondez dans les commentaires!

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