19 décembre: Nuit Sony à l’espace Mantsina

Par Dieudonné Niangouna.

Tout ce qui fait la chair et l’idée du grand maître!

Ce que j’aurais souhaité pour cette nuit du 19 décembre? Que tous le travail que j’ai mené à Marseille avec La Réplique en novembre-décembre 2014 autour de Machin la Hernie et L’Acte de Respirer de Sony Labou Tansi soit présenté à Brazzaville. Que Le Voyage du fantôme aux pays des vivants adapté de La mort te dit adieu toi qui reste vivant de Sony Labou Tansi travaillé à Bruxelles avec des super comédiens belges et français – dont je garde un vibrant souvenir dans ma chair et dans mes idées – en septembre 2013 soit présenté dans la rue Mbemba Hyppolite avec cet incroyable «acte de respirer» décomplexé de sa nervosité, savamment interprété par De Saint Georges. Que «cet ogre des dimensions» expérimenté ensemble avec les comédiens du Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris en novembre 2014 en partant de L’Acte de Respirer et de 930 mots dans un Aquarium de Sony Labou Tansi vienne s’extasier au bord du fleuve Congo cette nuit même. Que La Panne-Dieu d’après La Panne-Dieu de Sony Labou Tansi inventé ensemble avec les comédiens de Martin Ambara au Laboratoire OTHNI de Yaoundé en mars 2015 soit présentés cette nuit dans le jardin du cercle Sony Labou Tansi. On ne m’a accordé rien de tout ça!

Je n’ai plus que les mots pour toucher les choses et les donner à voir. Même mon corps s’est retiré de l’espace. Je fais de Sony un second de son vocabulaire et je me triple en disparaissant cette nuit. Car vous ne me verrez sûrement pas dans la foule. Je suis venu juste pour vous apporter un rêve de gamin. Le rêve qui prend la forme d’un homme ne se réalise pas dans le corps du champion, mais bien dans celui qu’il inspire, dans l’étude de ce que fait le fils de l’esclave. C’est le genre de combat qu’on n’emporte pas. Mais c’est le genre de combat qu’on ne refuse pas. Parce que nous ne sommes des titans que pour cela. Pour tendre la main au rêve, qu’il prenne sa place. La voix que j’ai entendu crier cette nuit n’est pas morte. C’est moi qui l’ai poussée. Et elle sourde encore en moi. C’est un corps qui fait: je disparais. Et lentement l’ombre l’appelle.
Jean-Paul Delore et Laetitia Ajanohun
Jean-Paul Delore et Laetitia Ajanohun
Cette nuit à l’espace Mantsina, toute la nuit, dans la rue Mbemba-Hyppolite, dans la rue qu’habillait Sony de ses mots tendres et fougueux, à cinq pâtés de maisons de son ancienne demeure, dans la rue pleine de monde et d’immondices, là à côté du fleuve, nous allons allumer un bûcher du feu des dieux, et voilà commencée notre bacchanale: «La Nuit Sony», de 22h00 jusqu’à l’aube, à cette heure où le soleil nous revient de Mpemba – le royaume des morts – pour éclairer les vivants. On va soigner la chair et l’idée avec les mots du grand maître. On va rentrer dans la nuit et essayer d’en sortir. C’est un rituel, la lourde épreuve du jeu des vivants, essayer de mourir pour ressusciter. Le théâtre des existences, à nous qui les avons de manière forcée comme vivre avec de la moutarde dans le nez, c’est cela. C’est une veillée où on n’enterre aucun mot, des heures de boucans sont déclarées afin de désarmer l’état d’urgence et rendre la parole compétente. J’aurais tellement souhaiter que Greta Rodriguez-Antoniotti soit là entrain de nous parler de sa sueur toute salivante à travers l’encre et le sang de Sony! Mais laissez l’Afrique demeurer un cas de conscience pour l’humanité toute entière. J’aurais souhaité que Xavier Garnier soit là pour nous parler – avec son corps – de l’écriture de la décomposition impériale nommée Sony Labou Tansi. Nous on croyait que c’était un type, ce gars. Or que non. C’était juste – et ça l’est encore plus – une forme de décomposition impériale, nommée écriture-vache follante! Mais que faire? Sinon arracher ses pages et les manger pour roter toute sa chair et ses idées à tout bout de champ! Et que dire de Daniel Delas qui ne sera pas là ce soir et de Claire Riffard qui m’ont apporté par la main de Nicolas Martin Granel – qui est bien là cette nuit en chair et en idée – un carton lourd comme fer, un morceau de brique remplis de feuilles, intitulé Sony Labou Tansi Poèmes. Pas l’homme-poète, mais l’homme-Poèmes. Cet homme est une pléiade de rumba, une cascade de chorus free jazz, une dépravation du matador, kyrielle de mots choisis parmi les couleurs, il est fait de poèmes, un cyborg de vers, le Robocop du verbe, l’extase même qui créa. Au commencement était la honte, l’injure, l’opprobre, l’ignominie, la défaillance cardinale des points en tous les points, la gadoue et la sauce boue, la ration du pisé quotidien, les marres de moustiques, la viande des ascaris et l’amnésie des impérialismes gros comme des centenaires! Au commencement était le symbole, la merde autour du coup, la viande kaki et le rendu de tout à terre, par terre! Parce qu’au commencement était le froid et la canaille, les yeux vitreux et les mains galeuses! Au commencement était le coup d’état, puis le coup de passe-passe, puis le coup dans le sens contraire du chien, puis le coup de la viande de la loque-père, puis le coup des crimes à vendre, puis le coup des vagins bâclés, puis le coup du trou dans le ciel, enfin la panne-dieu!

«Sommes-nous sortis du monde, Riforoni? Nous en sommes sortis, votre Altesse. Sommes-nous les plus seuls du monde? Nos respirations seules nous écoutent. Personne ne nous voit. Personne ne nous entend. Nous sommes seuls.»

Cette nuit, de 22h au retour du soleil: NUIT SONY. À l’Espace Mantsina sur scène. 1469 rue Mbemba Hyppolite (Makélékélé-Matour) Avec entre autres au programme: –930 mots dans un Aquarium de Sony Labou Tansi / mise en scène par Sylvie Dyclo Pomos. – Sony, le cœur de la bête, une fiction sur Sony Labou Tansi, réalisée par Oury Ochy Kozia. – Sony Labou Tansi lieu de classe, un film de Laetitia Biaggi et Julie Peghini – Tenue de ville exigée de Sony Labou Tansi / mise en scène et jeu, Harvey Massamba. Cie N’sala. – À propos d’Antoine, intervention vidéo de Dieudonné Niangouna, sur Antoine m’a vendu son destin de Sony Labou Tansi. – Déclamations des poèmes de Sony par les artistes. – Interventions littéraires des scientifiques et des Sonylogues. – Témoignages et anecdotes. – Animations musicales et danses. On va Sonyloguer On va Sonyfier On va Sonyemment Vivre des Sonytudes Avec toute la Sonyesquerie que cela exige dans la Sonyambiance des valeurs Jusqu’à fatiguer !!! Et que l’Art nous parle!

19 décembre 2015.
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