Onze ans après sa création, le festival Mantsina sur scène continue d’interroger la scène théâtrale par des propositions dramatiques liant la danse, la vidéo, la performance, ainsi que d’autres formes et objets artistiques. Le but étant de donner un espace d’expressions plus critiques aux créateurs et nourrir le grand débat de l’art théâtral ici et maintenant. C’est en partant de cette exégèse que nous ponctuons la raison de faire théâtre dans la société et de donner sa pierre à l’édifice pour la construction et l’émancipation des valeurs prônées par le festival.

« Sommes-nous sortis du monde… »

Développer le théâtre ici et maintenant c’est penser l’œuvre pour l’humain. Lier l’art théâtral au public. La rencontre entre l’œuvre et le territoire. C’est effacer la fausse distance qui très souvent s’opère entre les raisons de l’objet artistique et son public. C’est arriver à faire comprendre que le mouvement artistique est un débat citoyen et qu’il revient à tous de le manifester par sa participation à l’élaboration de ce grand foyer de culture. Le temps est venu de ne plus éloigner l’artiste du public, le théâtre de la vie, et de faire entendre que les problèmes de la création artistique ne sont pas uniquement du ressort des artistes créateurs, mais une commune conscience qui produit en même temps les œuvres et le public. Il n’y a pas de problèmes d’artistes, il n’y a pas de problèmes de public, il y a des problèmes de société. Le grand dramaturge Sony Labou Tansi intervient à cet endroit avec toute la poétique de son œuvre théâtrale qui fait preuve d’un engagement citoyen, tant pour sortir le théâtre de l’obscurantisme que pour l’assigner à être en perpétuelle réinvention. Par son écriture considérée comme un « Acte de Respirer », par sa vision théâtrale de militer pour une dramaturgie de compétence, par son addiction à une francophonie des valeurs artistiques, Sony Labou Tansi a donné le « la » à la création théâtrale africaine contemporaine : le courage de créer du nouveau en interpellant la conscience de tracteur, celle de l’artiste créateur. Sony Labou Tansi nous revient aujourd’hui vingt ans après sa mort pour que, à partir de la bible théâtrale qu’il est, nous puissions continuer à réfléchir sur un certain nombre de crises théâtrales propres à notre temps. Belle osmose qui nous permettra de « sortir du monde » et créer ensemble avec le public un chouette petit théâtre bien osé.

Affiche Mantsina Sony sur scène

Ceci est donc une édition sonyesque. Cela consiste à faire entendre un passé dans un présent. Un présent dans un futur. Et fonction de ça nous pouvons élaborer des plans d’évasions contre la crise théâtrale. Toutes les expériences ne se ressemblent pas et ne se reproduisent pas de la même manière, mais étant des artistes qui pratiquent un art millénaire, nous connaissons la valeur des citations, nous reconnaissons la force des Classiques, et nous savons comment la puissance de l’art traverse le temps et les géographies pour questionner d’autres époques et servir de levier pour leurs développements réciproques. Pour une édition sonyesque nous énonçons les valeurs propres au grand dramaturge du puissant fleuve Congo : l’engagement citoyen pour son combat pour l’art dramatique, la défense des écritures contemporaines, et le droit à l’héritage artistique (permettre aux jeunes créateurs de porter haut leurs expressions). C’est à partir de ces trois valeurs propres à Sony Labou Tansi que nous écrivons cette édition douzième du festival Mantsina sur Scène.

Dieudonné Niangouna

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