Mantsina 2019: Entretien avec Jean Clauvice Ngoubili, metteur en scène de Cendres sur les mains

Cendre sur les mains (Actes Sud, 2002), pièce écrite par Laurent Gaudé et mise en scène par Jean Clauvice Ngoubili

L’histoire se déroule dans un pays dévasté par la guerre et l’épuration ethnique. Cette histoire pourrait se dérouler n’importe où, et donc dans notre Congo. Deux fossoyeurs accomplissent leur tâche quotidienne: faire disparaître les cadavres en les brûlant. Une femme, du camp opposé, une rescapée de cette boucherie humaine, apparaît. Elle est traumatisée, elle n’a plus de voix. Les hommes la nourrissent et décident unilatéralement qu’elle va les aider à entretenir le bûcher. Elle ne s’adresse qu’aux morts. Peu à peu, une maladie recouvre la peau des fossoyeurs, rongée par la cendre. Insensiblement, la présence des morts envahit les vivants. D’une situation qui pourrait être actuelle, ce texte de Laurent Gaudé (romancier, dramaturge, qui a obtenu le prix Goncourt pour son roman Le soleil des Scorta, en 2004) nous entraîne dans un récit de l’absurde, où seuls les gestes nous relient encore à notre part d’humanité. 

Entretien avec le directeur de la Compagnie Atelier Bobatu, Jean Clauvice Ngoubili, metteur en scène de la pièce

Les bruits de Mantsina: Pourquoi avoir choisi ce texte de Laurent Gaudé?
Jean Clauvice Ngoubili:  Ce n’est pas pour la première fois que je la monte, je l’ai monté en 2012, c’était une commande du festival Mantsina. Mantsina a ce bon côté de nous faire découvrir des textes, car il y a des lectures de textes d’auteurs que l’on découvre et c’est un auteur que je ne connaissais pas et donc je découvre ce texte lors d’une lecture et là je me dis  je veux la monter, et après aussi Mantsina me propose de faire une création sur ça, la première fois en 2012. Pour cette édition, j’ai décidé de monter à nouveau la pièce, en me détachant de tout ce que j’avais fait précédemment. 

Les bruits de Mantsina: Qu’est ce qui vous a vraiment plu dans texte?
Jean Clauvice Ngoubili: Moi Je suis amoureux des belles phrases, il y a des très belles phases dans ce texte et puis l’histoire aussi ; l’histoire de ces deux fossoyeurs qui sont là, à leur travail, dont le travail c’est de bruler les corps et après ils on en marre! Ce travail n’est pas rémunéré, ils sont réduits à la pire des conditions, celle d’une tâche inhumaine qui les tue. Et  je pense que  derrière ça, il y a beaucoup, chacun peut imaginer une histoire  et donc voilà ce qui m’a poussé a faire cette pièce. C’est un texte qui me tient à cœur, car ce que raconte Laurent Gaudé dans ce texte me plaît beaucoup. Cette histoire m’emmène à penser à beaucoup de choses, notamment les histoires qui se sont passées ici à Brazzaville. J’ai depuis des années dans ma vision et dans mon champ de création ce texte, Cendres sur les mains. 

Les bruits de Mantsina: Je m’attendais à suivre une scène de Sony Labou Tansi ou de Tchikaya U Tam’Si, des auteurs congolais.
Jean Clauvice Ngoubili:
Je suis un metteur en scène et un artiste, donc un artiste n’a pas de frontière, ni de couleur, ni de pays, ce qui justifie même mon choix pour les comédiens, il y a des comédiens blancs et des comédiens africains. Donc que je monte une pièce de Sony Labou Tansi ou de Laurent Gaudé, je me dis que je monte ces auteurs et non leur nationalité.

Les bruits de Mantsina: Nous avons entendu par la bouche des spectateurs que ce spectacle est le meilleur jusqu’à ce jour.
Jean Clauvice Ngoubili:
Je ne fais pas de polémique, nous ne sommes pas en concurrence, c’est un partage ce festival.

Les bruits de Mantsina: Vous êtes un ancien du festival, vous avez été artiste associé d’une édition quand Dieudonné Niangouna dirigeait le festival. Mantsina pour vous, c’est quoi? 
Jean Clauvice Ngoubili: Mantsina ce n’est pas pour moi mais plutôt pour tous les artistes et puisque je suis artiste donc je suis ce festival.

Les bruits de Mantsina: Etes vous satisfait de votre mise en scène?
Jean Clauvice Ngoubili: La perfection n’est pas humaine mais je suis fier des efforts que nous avons fourni. Nous avons eu très peu de répétitions, même pas vingt.

Les bruits de Mantsina: Un dernier mot?
Jean Clauvice Ngoubili: 
C’est le théâtre qui gagne!

Propos recueillis par Credo EGUENIN, le 17/12/2019 à Brazzaville.
Article réalisé dans le cadre de l’atelier Les Bruits de Mantsina 2019

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