Entretien avec Julie Peghini et Harvey Massamba sur « La Gueule de rechange » de Sony Labou Tansi

La Chair et l'Idée. éd. Solitaires intempestifs
La Chair et l’Idée. éd. Solitaires intempestifs

« Sony fait partie des grands écrivains qui aident littéralement à vivre »

>> Entretien réalisé par Aminata Aidara à lire sur le site d’Africulture

A l’occasion des 20 ans de la disparition de l’auteur et metteur en scène Sony Labou Tansi, l’anthropologue et maîtresse de conférence Julie Peghini (qui prépare actuellement un film documentaire sur Sony, Je mourrai vivant) coordonnait fin 2015 avec Nicolas Martin-Granel, sur une idée de Jean-Damien Barbin, l’ouvrage La Chair et l’Idée. Théâtre et poèmes inédits, lettres, témoignages, écrits et regards critiques. Y figure notamment la pièce La Gueule de rechange, au centre de cet entretien avec l’universitaire et Harvey Massamba, comédien et metteur en scène, qui vient de monter cette pièce au festival Mantsina sur scène. Il est actuellement à Lyon où il suit une formation à l’ENSSAT afin de monter son école supérieure de théâtre de Brazzaville, projet auquel il travaille depuis 2013.

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Dessine-moi un Sony!

Harvey Massamba
Je ne saurais vraiment le dessiner à moins que je ne remplisse la terre entière d’une tête dont les cheveux serviraient de paratonnerre aux habitants.

Abdon Fortuné Koumbha
Sony pour moi était un passeur. Sony est celui qui nous a «autorisé» à croire que l’Art pouvait nous permettre d’exister. 

Jean-Paul Delore
Je sais pas quel Sony, mais je veux bien boire un verre dans le bar qu’il tiendra à Brazzaville!

Étienne Minoungou
Une fulgurance, comme Thomas Sankara, un géant lumineux avec la bouche grande ouverte, debout, entre la déflagration du Big-Bang et le ciel à l’horizon sombre du prochain Apocalypse. On ne peut pas dessiner Sony, on le peint ou on le sculpte mais alors il faudrait avoir pour tableau ou matière, le cosmos ou la joue d’un enfant ou encore un bout du lit du fleuve Congo…

Rufin Mbou Mikima
Mon Sony a 20 ans. Il a un porte-voix aux couleurs du Congo, le drapeau du Burkina Faso sur la tête et un t-shirt sur lequel il est écrit: « Les voix du peuple » disent leur « Ras-le-bol »… 

Kouam Tawa
Je dessinerai un homme frêle qui écrit debout. Je pense à ces mots de Jacques Chevrier sur la 4e de couverture de La Parenthèse de sang publiée en 1981: « Depuis qu’on a donné à Sony Lab’ou Tansi un crayon et une feuille de papier, il ne les a plus lâchés. Il écrivait sur ses genoux au lycée; aujourd’hui il écrit debout ou sur les coins de table; il écrit la nuit, il écrit le jour… et quand il n’écrit pas, il pense à ce qu’il va écrire. »

Dessin Marie-Charlotte Biais
Dessin Marie-Charlotte Biais

Papythio Matoudidi
YAAAAAHHH quelle question ! On ne peut pas dessiner Sony, Sony c’est le monde, c’est l’univers  ! C’est beaucoup de choses… c’est des milliards de mots Sony. C’est: force, parole, sagesse, prophétiser, appartenir, donner, jouir, pouvoir, révolution, militantisme, armée des mots, volonté, espoir, prière, vie, créature, connaître, paraître, devenir, résurrection, jouissance, être grand, être petit, peuple, main levée, couloir, porte, trou, plaisir, baise, croire… Sony pour moi c’est fleurir, couler, fleuve Congo, fleuve, eau, verseau, année, millénaire, éternel, semer, exister, humain, homme, terre, monde, Mouamongouba. Sony c’est aussi La Main bleue, l’aéroport Maya Maya, c’est aussi la grande avenue Mbemba-Hyppolite, c’est aussi Brazzaville avec ses moments de jouissance, ses moments au cercle Sony, c’est Mantsina, c’est le Socle des Vertiges, c’est Sheda, c’est l’Antépeuple, ce que je vais dire simplement : c’est tous les mots qui existent sur la terre, tous les mots qui donnent la vie, l’espoir. Tous les mots qui sont une prière, parce que ce que Sony écrit c’est une prière, pour moi d’où je viens, du Congo, c’est une prière, ça me donne de l’espoir, ça me guide, ça me donne beaucoup de choses… Voilà. «que le fleuve KONGO soit en nous pour toujours…»

Marcel Mankita
Grand, mince et frêle. Genre 1m90 mais ne pesant que… 50 kilos. Une énorme tête (pesant le tiers de son poids total) dont le visage –en sueur– respire en même temps la timidité, la préoccupation et la détermination. Léger sourire aux lèvres. Pieds nus, il est vêtu d’un pantacourt gribouillé et d’un tee-shirt arborant –côté poitrine– un gars au bord d’un lac en train de pêcher et –côté dos– une statuette vaudou. Tee-shirt trempé par la sueur.

Dieudonné Niangouna
Je crois qu’il ne fallait pas qu’il soit dessinateur. Parce qu’il y a un dessin de Sony que j’adore qui est au début je crois dans le bouquin L’Acte de respirer, ou il dessine une espèce de tête comme ça, avec un bec là tout le blablabla. Le défaut c’est qu’il était dessinateur et pour moi c’est une espèce de Picasso, parce qu’il regrettait il disait même «Ah si j’étais Picasso…». Je crois qu’il était un vrai vrai dessinateur, c’est à dire il ne pouvait que dessiner que, quand je dis comme Picasso c’est à dire je peux aussi dessiner comme un autre, mais c’est à dire par cette lecture réelle, il dessine l’âme de la chose, mais pas l’âme dans sa pureté et pas non plus l’âme dans son côté salasse ou vilain mais c’est à dire l’âme, la chose qu’on ne peut pas dessiner. Donc du coup, on ne lui prête que des formes. Mais ces formes là ne sont pas des formes dessinables, ni des formes écrites, ce sont des formes de sensations, de ressentis. C’est à dire, je vais dessiner la haine, la haine n’a pas un dessin genre carré, rond ou triangle, quand tu fais ce dessin là c’est la haine, non. La haine n’a pas de dessin. Parce que c’est un sentiment, c’est une sensation, c’est un truc qui n’a pas de forme. Donc dessiner complètement comme ça comme il le faisait, c’est évidemment la littérature de l’âme. C’est le dessin de l’enfant où il ne dessine pas la forme; il croit qu’il dessine la forme, mais l’enfant veut absolument dessiner les sentiments. Il veut dessiner comment il aime ce bonhomme-là. Et du coup ça ne marche pas proportionnellement parce que la forme ne veut pas des proportions. L’enfant il veut qu’on sache qu’il aime le petit bonhomme de neige. Donc il veut que dans son dessin on sache qu’il aime le petit bonhomme de neige. C’est ça qu’il veut dessiner. Il ne veut pas dessiner comment le petit bonhomme de neige est, il veut dessiner comment lui, il aime le petit bonhomme de neige; ou ce qu’il déteste chez Diabolo et Pénélope…

Dessin Sony Labou Tansi
Dessin Sony Labou Tansi

Le défaut c’est que lui-même il a dessiné, et quand j’ai vu ce dessin je me suis dit «Ah merde, il m’a piqué comment moi j’allais le dessiner».  Parce que j’allais le dessiner comme ça, cette tête là, avec des piques sur la tête, et un bec comme ça, et un œil là et puis l’autre, il n’y a pas d’œil… Oui parce que c’est la beauté du monstre, Sony c’est la beauté du monstre. Ce n’est pas le monstre beau, c’est pas le monstre joli, c’est la beauté du monstre. Et là beauté du monstre évidemment n’est pas que le monstre soit dégueulasse, n’est pas que le monstre évidemment soit gentil, la beauté du monstre c’est une chose qui est apparemment dépouillée d’un certain nombre de sentiments collés ou figés. Il n’est qu’une forme d’existence réelle. Comme quelque chose d’entier et qui ne peut pas se négocier et qui ne peut pas négocier, qui ne peut pas troquer, tu ne peux pas identifier à un autre, c’est pour ça que c’est un monstre. Nous, on est des êtres humains on se ressemble, mais un monstre est toujours spécial. Tu as un monstre et puis un autre monstre et ils n’ont pas de famille. Un monstre c’est un monstre. Sony c’est une espèce de chose toute seule comme ça, entière. C’est là où il est un monstre. Parce que c’est un monstre. Donc c’est pas beau, c’est pas laid, ça ne fait pas partie de nos vocabulaires, ça ne fait pas partie de nos trucs à nous, de juger, de regarder, d’équilibrer, tout le blabla. Mais il est, par une opération que lui même avait fait intrinsèquement, qui est une opération de devenir. C’est à dire de s’arroger une place. Il s’arroge une place pour refuser l’assignation. Il ne veut pas être assigné. Il ne veut pas qu’on l’appelle «poète engagé», il ne veut pas qu’on l’appelle «poète». Il ne veut pas qu’on l’appelle «écrivain», il ne veut pas qu’on l’appelle «metteur en scène». Il ne veut pas qu’on l’appelle, il veut que lui s’appelle. C’est en ça déjà qu’il crée le monstre en lui. Et c’est une technique de dissuasion assez importante. Pourquoi? Parce qu’à ce moment là, il crée une place. Il crée une place et il est vu. C’est à dire, il est entendu. Quand je dis qu’«il est vu il est entendu» c’est pas que sa question c’est pour qu’il soit vu, la question c’est pour que ce qu’il dit soit entendu. Or ce qu’il dit pour que ce soit entendu, il faut que ce soit lui qui le dise. Donc ça veut dire quoi? Il faut qu’on l’entende lui pour qu’on entende ce qu’il dit. Et du coup, par là il crée une mise en scène. Et la mise en scène il la fait où? À l’intérieur de son propre corps.

Il crée une mise en scène, c’est à dire il s’arroge une place. En commençant par refuser l’assignation.

Et en refusant de dire «on m’appelle». Il dit «je m’appelle» . Et il le fait il dit: «je m’appelle Sony Labou Tansi». Sur le papier c’est écrit Ntsony Marcel, mais il dit: «je m’appelle Sony Labou Tansi». Et tout le monde sait par quelle étape il est arrivé pour arriver à Sony Labou Tansi, c’est même ce qui prouve qu’il s’est fabriqué. Il a étudié beaucoup de pseudonymes avant Marcel Malinda, Soyi Soyinka… Il a eu beaucoup de pseudonymes comme ça, même les premiers textes il les a publiés avec d’autres pseudonymes. Mais c’est pas qu’il se cachait derrière ces pseudonymes là, il était en train de se chercher. Et un jour quand il a trouvé Sony Labou Tansi, là c’était le monstre: le monstre, le bec était là, l’oreille était là et au-dessus de la tête il y avait des ailes de dragon et au niveau des pieds qui étaient chétifs comme ça il y a avait des crocs, le monstre était complet. Et le monstre était complet comme quand il a trouvé le nom Sony Labou Tansi. Et du coup, rien que par cette recherche de nom, et c’était pas un nom qu’il cherchait c’était une forme d’identité réelle. Et cette identité réelle il ne peut pas l’emprunter. Il ne peut la trouver qu’à l’intérieur de lui. Donc il faut qu’il rentre, et dans ses goûts, et dans ses cauchemars, et dans ses fantasmes, et dans ses colères, mais du soi, c’est à l’intérieur de lui qu’il va réveiller tout ça. C’est à dire il n’a pas peur de regarder la vérité en face. «Regarder la vérité en face» veut dire quoi? Regarder l’horrible aussi. Veut dire quoi? Regarder la beauté aussi. Il va tout te regarder. Tu vas chier il va regarder ton caca pour savoir dans quoi on est. Quelqu’un va être content il va regarder son sourire, il est content. Quelqu’un va tirer sur quelqu’un la tête explose, le cerveau gicle il va pas faire «Oh je vais pas regarder». Il va regarder, réellement, pour dire «voilà la merde que nous sommes, voilà les conneries que nous faisons», il va regarder. Donc il n’y aura aucun endroit où il va chercher à jouer d’une complaisance donnée parce que sinon il va corrompre la pensée, et donc du coup, l’acte de témoigner du monde par l’homme.

C’est ça évidemment le monstre. C’est ça la beauté du monstre.

C’est qu’il va regarder ça. Il va complètement regarder ça. Il va dire «c’est moi qui regarde». Il y a tout un travail réellement en acceptant l’homme, c’est pour ça qu’il dit que «l’être humain est trop beau pour qu’on le néglige». En acceptant l’homme avec ses qualités et ses défauts, il faut d’abord qu’il l’accepte pour qu’il se batte à le ré-équilibrer. Pour qu’il se batte à le ré-équilibrer. Donc voilà, Sony c’est un processus de devenir. C’est juste un processus de devenir. C’est pas un excellent auteur, c’est pas un excellent poète, c’est pas un excellent dramaturge, c’est pas un excellent metteur en scène, c’est pas un excellent professeur, c’est pas un excellent maître conférencier, c’est un excellent sorcier. C’est à dire, comme les vieilles matrones, c’est comme le gars dans Astérix et Obélix qui fabrique la potion magique, c’est un vieux sorcier qui fabrique un filtre qui s’appelle «le processus de devenir». Le reste, il nous embrouille en écrivant une pièce de théâtre, en écrivant un roman, en écrivant un poème, ce sont des petits montreurs qu’il utilise, qui font partie de son procédé pour que les gens deviennent. Pour raconter son évangile à lui du processus de devenir. Il n’est pas metteur en scène, il n’est pas auteur, tout ça il s’en fout éperdument. C’est pour ça qu’il ne peut pas faire une conférence sur la littérature. C’est pour ça que la littérature ne l’intéressait pas. Il n’a jamais fait de conférence sur la littérature ça ne l’intéressait pas. Quand on lui proposait ça il dit: «on ne peut pas parler littérature ça n’a aucun sens», parler de la culture ça n’a aucun sens. C’est à l’être d’avoir la culture, on doit enseigner à la personne d’avoir la culture, mais on ne peut pas enseigner la culture, la culture c’est complètement se caresser les roubignoles sous le soleil. Ça n’a aucun sens. Sony c’est juste un sorcier. C’est une grand-mère qui fabrique des filtres, qui va te les donner comme ça quand tu vas les boire, tu n’auras pas froid pendant la saison, que le serpent ne va pas te mordre quand tu rentreras dans la brousse, c’est tout. C’est tout. C’est tout. C’est un petit sorcier. C’est un sorcier. C’est un sorcier. C’est l’art du sorcier. Il va passer par la transe pour vous déloger de chez vous. Comme ça tu vas te déloger de ton toi, tu vas te déloger de toi, pour évidemment être à même de regarder l’horrible en face et de regarder la beauté en face. Tu ne peux pas l’être si tu ne rentres pas en état de transe, donc il va provoquer la transe aussi, il va fabriquer un filtre qui va te faire boire. Ben oui! Tout ça là, c’est juste un sorcier.

Dessin Marie-Charlotte Biais
Dessin Marie-Charlotte Biais

Et moi je crois que si Sony n’était pas parti à l’école, il sera toujours Sony. Contrairement à ce que beaucoup de critiques littéraires ont dit en disant «oui c’est quand même la langue française qui l’a sauvé, parce que tu vois, en étant parti à l’école…» tout le blabla « …ça l’a amené à écrire. Si Sony n’était pas parti à l’école, on n’aurai pas eu Sony». Moi je dis je crois pas. Je crois que si Sony n’était pas parti à l’école, il sera toujours Sony. Il sera Sony. C’est à dire il serait pas le mec qui écrit bien sûr mais ce sera toujours le même Sony. Ça veut dire quoi? Il sera un putain de sorcier dans son village. Il allait être un sorcier. Je ne dis pas forcément un gourou qui crée une secte, pas à cet endroit là. Mais il sera un sorcier et qui sera aussi connu tel qu’il est connu en tant qu’auteur. Il n’est pas mondialement connu, il n’est pas africainement connu. C’est à dire dans le petit espace, je dirai même pas célébrité, de l’endroit où il est connu, quand je dis connu, je parle du verbe connaître, c’est à dire où l’on s’est approché de sa littérature, où on a fait l’amour avec sa littérature. Donc on le connaît comme on connaît une femme, comme un homme une femme, ils ont fait l’acte de connaissance, tu vois? Voilà. Donc tu coup s’il n’était pas auteur, on aurait connu ce qu’il allait faire là, on l’aurait connu parce que c’est un sorcier, il est sorcier. Et sa manière de penser ne vient pas de l’école, ne vient pas parce qu’il a lu un bouquin. Ils étaient nombreux à lire ces bouquins là. Parce que intrinsèquement il y a quelque chose qui est née révoltant. Qui est née révolté. Quelque chose qui a été baigné dans la honte depuis sa naissance. Il est sorti dans cette cosmogonie où il vécu, avec ses histoires familiales, ses histoires de pouvoir. Quand il vient au monde, il arrive dans un pays où il y a un pouvoir comme ça, il est gamin, on mange dans la poubelle, il y a le oui et le non c’est la même chose, il y a la honte de la famille, il y a tout ça donc bébé, il naît et il se tape tout ça dans la gueule. Ok? Mais beaucoup de gens ont eu ces mêmes trucs là. Il n’était pas le seul qui est née pendant cette période là, ou qui est né dans ce village là, ou qu’on a aussi envoyé à l’école. Beaucoup de gens se sont tapé ces problèmes là. Mais pourquoi lui ça lui a fait ça? Ah ben parce que ces mêmes réactions, quand c’est tombé chez lui, ça a provoqué ceci pourquoi? Parce que évidemment il a un cœur de beurre. Ça fond. Et donc du coup, il est complètement transparent, il est complètement transperçable. Il est complètement transperçable, il est complètement mortel. Il est complètement la peur. Le mot qu’il dit la peur et la honte. Donc tout le monde le traverse comme ça, depuis petit. Le traverse comme ça. Donc il s’en rend compte, très bien compte, qu’on lui donne un sursis de 5 ans à vivre. Il a 5 ans pour vivre à après il crève. C’est comme un prématuré mais pas dans de le sens d’être né avant, il a des insuffisances comme quelqu’un qui a des insuffisances de cœur. Le docteur a dit «toi tu as 10 ans (à vivre)», il sait qu’il a 5 ans à vivre. Alors ce qu’il va chercher c’est quoi? C’est pas de vivre longtemps. Ce qu’il va chercher évidemment, c’est ça qui est beau, c’est que par sa maladie, il va chercher à reformer le monde. Pour dire que: «il y en a beaucoup qui ont vécu la même maladie comme moi, il y en a beaucoup qui pourront encore vivre cette maladie-là, il y en a beaucoup qui pourront vivre ces carences là. Donc il faut que je me batte pour que les enfants de demain ne souffrent pas de cette carence là.» Mais il n’a pas le médicament, alors qu’est-ce qu’il fait? Il s’invente docteur.

Dans le film documentaire Diogène à Brazzaville ça s’explique, quand il arrive à l’école à Brazzaville, il quitte la RDC, donc l’ex-Congo Belge à l’époque. Quand il arrive au Congo, dans la salle de classe, il se mettait à prendre des récréations, il se mettait toujours au coin de la classe, en train de créer des pénicillines. Lui même il le raconte dans le film Diogène à Brazzaville, en train de créer des pénicillines il attrape les insectes, il prend des bouts de bois, il crée des trucs comme ça et chaque fois l’instituteur le punissait pour dire «Ah ça c’est Sony qui est train de faire des fétiches pour que les autres élèves ne soient pas admis et que lui passe. Non, non, non. Il était déjà dans son laboratoire, dans son atelier. Mais pourquoi il voulait faire un atelier? Gamin à l’école primaire, pourquoi il avait besoin de faire un atelier? C’est que c’est d’abord un sorcier, c’est un être dans un laboratoire, c’est un savant. Il croit qu’il va fabriquer une espèce de Nivaquine, qu’on doit la prendre et fini le paludisme. Mais bien sûr! Donc il a ça depuis gamin et cette pénicilline qu’il invente comme ça avec ses bouts de bois, avec je sais pas moi… du sperme de lilliputien, avec la sève de tel écorce d’arbre, ou la morve de je ne sais pas quel animal, de quelle chèvre dans le quartier qu’il a ramassée, lui il croit qu’en mélangeant ça, on inventera un truc qui arrêtera le sous-développement. Donc il est comme ça avec toute l’innocence du gamin. Et quand on lui confisque son laboratoire dans la classe, il s’énerve, il a pris une feuille et il a rempli la feuille d’encre. C’est à dire, il a écrit. Ça veut dire quoi? Il continue à faire le laboratoire maintenant avec le stylo. Donc c’est pas l’écriture qui l’a sauvé, c’est pas l’écriture qui créé Sony, c’est quand on a confisqué son laboratoire. Qu’est-ce qu’il fait? Il continue le même laboratoire par un autre outil, par un autre outil c’est tout. Il continue son laboratoire avec le stylo. Et voilà pourquoi il est réellement poète à cet endroit d’être poète parce qu’il n’est pas poète par le papier ni par le stylo ni par la machine à taper. Il est poète parce qu’il veut inventé un médicament. Donc si c’est pas avec le stylo il fera avec le pinceau, s’il n’a pas le pinceau il le fera avec du pain, c’est pour ça que je ne crois pas quand les gens disent «si Sony n’était pas parti à l’école il serait perdu…» Non il serait toujours Sony. Il serait un sorcier, un magicien, un machin… Il sait très bien qu’on ne l’a pas inventé. Et c’est pas par orgueil tapageur qu’il le dit, il le dit dans une position très très consciente d’un mec dans son laboratoire avec ses pénicillines au fond de la classe. Il n’a pas demandé «est-ce que c’est juste?» Il n’a pas d’abord chercher la vraie Nivaquine le vrai machin et connaître le Ph non, c’est dans l’innocence complètement du fou, qu’il ne sait même pas si scientifiquement cet acide là marche avec ça non, non, c’est le courage de se dire que «je vais inventer ma science». Donc il croit comme un gamin qui joue, comme les filles jouent avec leur poupée, les gamins qui jouent avec les petites voitures, et ces machines qui rentrent là et lui il devient le héros. Il croit à ça dans cette réelle innocence. Et c’est là que le monstre se crée. C’est là qu’on rentre déjà dans la fabrication du monstre. C’est qu’il commence à s’auto-fabriquer monstre. Monstre pourquoi? Parce qu’à ce moment là il fait du Nietzsche «Ni Dieu ni Maître». «Je ne vais pas dire qu’est-ce qui est vrai qu’est-ce qui est faux des autres trucs qu’ils utilisent, la vérité c’est ce que moi je vais dire». Et c’est pour ça qu’il met encore cette phrase là dans L’Acte de respirer, quand il dit «le mal est mort le mal est mort le mal est mort, et le bien, le seul bien qui existe c’est moi. Il vente en moi, il bouge en moi, il fait lune en moi.» Mais quand il dit «le bien qui existe c’est moi» c’est pas qu’il est en tain de dire «c’est moi l’homme le plus beau, l’homme le plus gentil ou des leçons de morale» non, non. J’invente mon bien. J’invente le bien. J’invente. C’est j’invente, ça ne se vérifie pas. Ce que j’invente tu ne peux pas le vérifier avec autre chose. Ça ne se vérifie pas. C’est dans ma cosmogonie. Et c’est là évidemment l’écriture du monstre. C’est là évidemment la statue du monstre. C’est là où le monstre est différent de nous, parce qu’il n’y a qu’un seul monstre. Après tu as un autre monstre, ils ne se ressemblent pas, les humains se ressemblent, c’est là le monstre justement. «Un jour, il y en aura qui diront  »je l’ai influencé », ils seront nombreux et voici ma réponse à tous ceux-là qui croient qu’ils m’ont influencé. Je dirai:  »d’accord, vous m’avez influencé, mais je suis allé plus loin que vous, j’ai sauté plus haut que vous, accusez moi de cela, pas d‘autre chose, autrement soyez fiers de m’avoir engendré. C’est votre droit après tout. »» SLT. Tu ne peux pas influencer Sony c’est impossible (référence à la citation donnée), c’est impossible.

Tu peux être meilleur auteur que lui ça c’est très clair, tu peux être meilleur dramaturge que lui, tu peux être meilleur metteur en scène que lui ça c’est très clair, tu peux être meilleur enseignant que lui ça c’est très clair, tu peux être meilleur tout ce que tu veux, tu peux être meilleur formateur que lui ça c’est très clair, mais tu peux pas être meilleur que Sony ça c’est impossible.

Et ça, ça n’a rien à voir avec le fait qu’il écrive. Ça n’a qu’à voir avec l’organe pensant qu’il est. Cet espèce de macro-tracteur. Avec des doigts de chair quand on dormait là le lendemain il a fait des tentacules, cet espèce de macro-tracteur sorti de la terre. Voilà. Et c’est pour ça que sa première pièce s’intitule Conscience de tracteur. C’est la première pièce de théâtre qu’il écrit, il publie en 1976. Et le début de cette pièce dit ceci, c’est aussi avec ça que Ferdinand avec Léandre-Alain Baker quand il fait le film à Brazzaville, c’est le premier texte que tu entends dans le film, voix off tu entends cette phrase là, après on montre le fleuve Congo, une pirogue qui passe, et surtout cette voix, cet extrait là dit comme ça en voix off par Pascal Nzonzi avec une meilleure voix où il dit dans le prologue de Conscience de tracteur où il dit: «la première terre est passée, la deuxième terre est passée, la troisième terre est passée, la quatrième terre est passée, la cinquième terre est passée, il y eu 550 millions de terres passées, 550 millions de terres passées emportées à la dérive par l’espace et le temps. Puis le hasard en se mouchant fit l’homme. Et donc, si le hasard ne s’était pas mouché… Il lui donna deux bras et deux mains pour manœuvrer des mondes, de telle sorte que toute la création ne soit qu’une éternelle ébauche. Ébauche ou débauche? C’est à voir.»

C’est comme ça qu’il commence «c’est à voir». Mais le gars, c’est pas de la littérature. C’est de la philosophie pure. Mais laquelle? Mais pas la philosophie de la philosophie. C’est le monstre qui est train de créer son laboratoire. Le monde est inachevé et je crée le mien à l’intérieur. Et ça c’est ce qu’il a fait dans toutes ses œuvres, romans, poèmes, nouvelles, pièces de théâtre, par les premières phrases. Les premières phrases il te dit «c’est foutu», il dit «la première terre est passée». Dans Antoine m’a vendu son destin il commence comment? «Sommes-nous sortis du monde, Riforoni?», dans La Parenthèse de sang, il commence comment? Il dit «Ça commence». Lui il prend le stylo, il le pose sur la feuille, il dit «ça commence» mais c’est pas moi qui commence à écrire, le monde commence, à partir de maintenant. Comme dit Shakespeare au début de Richard III «Et voici l’hiver de notre déplaisir», «et maintenant», ça commence par moi, par l’acte de nommer et que moi je crains. Il dit ça commence, ça commence comme un match de football mais ça ne termine pas. «Les onze du sang contre les onze des entrailles. Et pas d’Afrique dans ce match s’il vous plait, car la situation de l’Afrique est à la limite distrayante. Attention l’arbitre est un ancien fou, il siffle à l’envers.» L’arbitre tu sais c’est qui? C’est lui. «Attention l’arbitre est un ancien fou, il siffle à l’envers.» Donc cette littérature là, c’est à l’envers. Ne la jugez pas par rapport à comment vous lisez le monde, vous allez vous tromper. Retournez là. Retournez là complètement. «L’arbitre est un ancien fou, il siffle à l’envers.» Comment il commence La Vie et demie? «Tout avait commencé quand Chaïdana avait eu 15 ans.» TOUT. Il dit TOUT. Pas cette histoire que je vous raconte. Le monde. Avec les Abraham qui avaient existé avant les Bonguiz, les Mama Ngounga, les Soundiata Keita, les Napoléon, tout ça avait commencé quand Chaïdana avait eu 15 ans. Pour le comprendre tu peux dire «non c’est peut-être moi qui exagère, c’est peut-être pas ça, mais lis la deuxième fois tu vas comprendre.» Il dit «Tout avait commencé quand Chaïdana avait eu 15 ans.» Deuxième phrase: «Mais le temps est par terre». Par terre, par terre. L’air par terre. Il cite tout, par terre. Il dit «même la terre aussi était par terre». Quand Chaïdana avait eu 15 ans, tout est par terre. C’est à dire, c’est le Big Bang. Sony nous parle du phénomène du Bing Bang. Dans toutes ses œuvres. Dont son dernier roman Le Commencement des douleurs, publié de son vivant je veux dire. Ça commence comment? Il dit «tout avait commencé par un baiser puant. Baiser de malheur. Nous avons eu tort, nous à qui l’histoire a piqué 5 siècles.» Il commence comme ça. Dans Les Yeux du volcan, comment il commence? Il dit «C’était le vendredi de machin, quand le colosse arriva sur son cheval dans la ville des crânes…» ben oui, c’est là que c’est parti «quand le colosse a débarqué sur son cheval dans la ville des crânes tout était foutu», comme quand je dis dans Le Socle des vertiges en disant «tout avait mal commencé quand Diego a débarqué de son bateau c’était foutu». Ne cherche pas d’explication c’est foutu. Fallait pas qu’il débarque du haut de son bateau. Dès qu’il a débarqué du haut de son bateau c’était foutu. A partir de là on ne peut plus rien comprendre. Les choses sont devenues sens dessus dessous. Il n’y a plus à expliquer mais c’est mal parti comment est-ce qu’il y a un endroit qu’on a pas bien compris… Non! C’est quand le bateau de Diego Kawa a fait POUM, il n’y a aura plus d’explication, il n’y aura plus rien. Toutes les œuvres de Sony, tu l’as depuis le début. Tu comprends très bien que le gars il est dans son laboratoire, il recrée le monde. À partir de son laboratoire. Et sur l’histoire de l’envers, de l’arbitre qui siffle à l’envers, il le dit dans la préface de La Vie et demie, ça s’appelle écrire par étourderie. Moi qui vous parle de l’absurdité de l’absurde, d’où voulez-vous que je vous parle sinon du dedans de moi-même?». Du dedans. Il crée son laboratoire à l’intérieur de ses couilles, de ses tripes, il se crée sa petite maison à l’intérieur, il invente ses pénicillines. Et donc c’est par étourderie qu’on doit le comprendre. Parce que c’est un ancien fou. Il siffle à l’envers. Là où il ne faut pas siffler pénalty, il siffle pénalty. Quand vous dites que le match est fini, il dit «Non! Le match commence maintenant». Quand vous jouez il dit «Ah non! Vous êtes sérieux». Quand vous êtes sérieux, il dit «Ah ben non, là vous jouez!».

Criss Niangouna
Je ne suis pas un bon dessinateur. Mais s’il faut représenter SLT par un dessin, je dirai que: Sony est une forme géométrique, avec des angles droits.  Je dis des angles droits pour montrer la justesse, l’exigence mais aussi l’humilité qui a caractérisé sa courte vie. J’ai aussi envie d’ajouter, que c’est la clairière de notre forêt encore vierge qui apporte la lumière qui nous est nécessaire. Tout son travail a consisté, non pas à nous raconter des histoires à dormir debout, mais bien au contraire à nous tirer vers le haut. Nous sortir de la bêtise humaine.

Maintenant que j’en ai fait la description, je vous laisse dessiner.

Témoignages recueillis par l’équipe des Bruits de Mantsina.

Qu’est-ce qui vous inspire chez Sony en tant qu’artiste?

Vhan Dombo
Vhan Dombo

Vhan Dombo
Ce qui m’inspire chez lui, c’est le choix de l’infraction littéraire et la démarche constante de la révolte! L’acceptation de l’envers des mots pour miroiter la vie dans sa grande stature. L’aggravation de sa plume dans la peinture des situations imaginaires pour rendre plus visible la mocheté de la vie est une voie que j’aime emprunter en tant qu’artiste quand il y a pénurie d’inspiration! Partir d’un fait minime pour zoomer le monde qui s’y cache. Tel est le cas dans Les sept solitudes de Lorsa Lopez, roman déclenché par le constat de l’abandon d’un cadavre devant l’hôpital de Makélékélé! En tant qu’auteur africain, il nous est toujours embarrassant de faire la part des choses dans un métissage culturel qui nous fait entendre la voix de la langue maternelle et celle de la langue d’apprentissage. Qui dit langue dit une culture, une civilisation, bref une histoire. Donc nous sommes à califourchon entre culture de base et celle des bancs d’école. Et d’ailleurs Sony Laboutansi en a su quelque chose: il l’a connue, lui, l’époque du Symbole.

Il y a toujours ce grand combat que nous devons mener avant de cracher la résultante de notre culture hétéroclite!

Et Sony Laboutansi me fait planer quand je me rends compte qu’on peut valoriser sa culture de base dans la langue de l’autre! C’est génial comme concept! Il ne s’agit pas de l’alphabet ni du calcul mental d’une langue mais de son for intérieur qui fait la sagesse des vieux traditionalistes. De toutes façons, la langue française m’a toujours fait tourner la tête dans l’apprentissage de ses règles et exceptions alors pourquoi ne devrais-je pas à mon tour retourner la mâchoire de cette langue française à la manière de Sony Laboutansi qui la colonisa!

Harvey Massamba
Sa manière de faire travailler les mots, son imagination débordante. Chaque fois que je lis une œuvre de Sony, je me dis putain, où est ce qu’il va chercher ça…

Abdon Fortuné Koumbha
Je n’ai pas souvenir de m’être réellement référé à Sony. J’ai suivi mon propre parcours, ma propre démarche artistique accompagné par Jean Jules Koukou. Mais avec Sony est arrivé le rêve de Limoges. L’occasion d’être entendu aussi ailleurs, d’échanger, de créer des ponts, des possibles.

Jean-Paul Delore
La confrérie du doute, de remettre en question les évidences tout le temps. 

Étienne Minoungou
Son obsession du devenir de l’homme et de tous les hommes, et sa franchise à nommer les choses telles qu’en tant que poète, il les voit et les sent. Ce devoir de franchise est en soi une méthode pour éprouver notre capacité, notre faculté à lire le monde et sa respiration. Sans cela, notre témoignage ne vaut rien.

Kouam Tawa
Son désir constant de nommer. En tant qu’écrivain, dit-il à Ifé Orisha, mon travail consiste à nommer. Nommer la peur, nommer la honte, nommer l’espoir pourquoi pas? Et je crois que dans tout ce que j’ai écrit, j’ai nommé.

Papythio Matoudidi
Big up à Dieudonné. Je dirai FERVEUR, je dirai aussi NE LÂCHE RIEN, le COURAGE, une manière de faire congolaise en plus, une pensée du cœur et une force aussi du cœur. Et j’ai toujours le souvenir quand Dido rentre avec Vincent Baudriller, qui arrive qui dit «Mais vous avez rien! Et vous faites du théâtre ici quand même, avec rien vous faites toutes ces merveilles.» Et ça, ça m’avait donné un grand espoir. Un grand espoir de bien croire à ce qu’on fait. C’est avec hargne aussi qu’on le fait, c’est un acte pour exister, un «acte de respirer» comme le dit Sony, c’est comme ça qu’on met du sens. Je regardais beaucoup de théâtre, je n’avais jamais vu de théâtre de Sony, c’est en regardant ces documentaires et les revues qui parlaient de Sony… C’est quand je suis arrivé dans le théâtre de certains metteurs en scène congolais, et aussi internationaux, qu’ils m’ont donné l’occasion de découvrir ce que c’était. Je me suis mis là-dedans, et puis avec ce soi-disant théâtre africain, en fait qui est pour moi notre quotidien. Déjà du fait que quand tu te lèves au Congo un matin, tu as quand même une mise en scène naturelle: tu es réveillé par le bruit des balais, d’abord les oiseaux qui chantent. Si tu as l’occasion, comme j’ai grandi au bord du fleuve, de voir le lever du soleil un matin à Brazzaville, c’est de l’art, c’est du théâtre, c’est comme la lumière dans un spectacle comme elle apparaît, et puis la vie qui commence. Les voisins qui se parlent. Il y a ceux qui balaient le matin, leur cour et puis la devanture de leur cour, c’est une espèce de paysage, de spectacle comme ça. Les gens, comment ils se rencontrent, comment ils vaquent à leurs occupations, comment ils se retrouvent autour d’une bière, à raconter des histoires…

Pour moi c’est ça le théâtre, cette vie du quotidien, parler de nous, de cette culture, dans le sens qu’on a, ce qui fait notre identité.

Ici [en France] on est des étrangers, du coup c’est pas évident… Ici on ne te connaît pas. Être chez soi et ailleurs c’est deux choses différentes. Chez toi tu n’es pas étranger et quand tu vas ailleurs tu es étranger comme moi je le suis ici, il y a des manières, des choses que tu apprends… Avec ce que toi tu as de chez toi, avec ce que tu apprends des autres, tu le combines, ça te fait une force. Je suis arrivé en France par le théâtre, et je continue à faire du théâtre, et pour moi, la vie est une mise en scène, de Dieu. Et toi même tu es acteur. Souvent chez nous quand on a ramené des potes qui sont venus travailler avec nous à Brazzaville: «Oh c’est impressionnant… c’est poétique». Et tu lis ça à travers les lignes de Sony quand il explique d’où il vient, quand il raconte son histoire, c’est comme un spectacle… C’est magnifique, c’est beau, il faut le vivre. L’expliquer? Je crois que les mots de la terre ne suffisent pas à exprimer l’émotion qu’il peut y avoir dans le vécu de l’être. En beauté, en harmonie. Les mots ne suffisent pas. Là-dedans il doit y avoir des mots [maux?], des choses, et… C’est comme on peut dire «penser, dire et faire», qui sont des mots qui expliquent pratiquement la trilogie de l’être. 

Papythio Matoudidi
Papythio Matoudidi

Je vais revenir à Sony. Cette poésie quand il dit qu’il fait «l’amour aux mots, que les mots lui demandent du boulot», les mots sont aussi cette parole, la force de (parce qu’on est des croyants au Congo) la force d’être, de donner vie. Parce que ce sont ces mots que tu sors qui sont ceux qui bénissent, ce sont que tu sors qui peuvent maudire aussi. Cette croyance a été transmise de nos parents jusqu’à nous. Cette croyance qui dit que la vie est dans ces mots qu’on dit, dans les chansons que nous chantons, les mots de plaisir, de comment on se rencontre, comment on se dit bonjour, comment… Quand tu vas à Brazzaville tu vis ça. Dans les rues. Partout. Les gens n’ont du sens que quand ils peuvent être ensemble. Sans écart de langage. Je retrouve ça dans Sony, c’est pour ça que je veux continuer à essayer de comprendre ce qu’il disait de plus profond, parce qu’il parle aussi en paraboles. Parce que nous aussi dans la culture une parole dite en paraboles peut avoir dix millions de manières d’être comprises. Ce sont des espèces de codes que nos parents nous donnent même dans notre éducation. Tu trouves des expressions où quelqu’un n’est pas d’accord, mais dans la parole qu’il te tend il dit qu’il est d’accord, et c’est à toi de déchiffrer que dans le vrai sens, il ne l’est pas. Ça, ça existe beaucoup chez nous. Souvent dans nos familles, tu allais passer des vacances, quand ça c’était mal passé avec telle famille ou telle famille, les gens vont continuer à se parler. Il faut se parler. C’est ça qui est important. Et les gens se parlent même quand ils se détestent au fond de leur cœur. Moi avec untel on ne peut plus être en bon terme, mais rien ne manque qu’on se serre la main, qu’on se dise des choses, qu’on parle. Qu’on parle. Moi j’aime pas la guerre. Elle est tout venue foutre en l’air. Nous, dans les villages il y avait les Mbongui, lieu de rassemblement pour écouter la parole des sages, les paroles se transmettaient par l’oral. C’est bien qu’il y ait maintenant des gens pour les écrire. Comme des Sony. Comme des Dieudonné, des Sylvain Bemba, tous ces auteurs congolais… Moi j’aimerai bien écrire un jour. Écrire ce que je pense de la vie. Écrire qui je suis. C’est comme ça que ça aura du sens. C’est quand on ne mettra pas la ponctuation d’arrêter la vie, mais cette ponctuation de continuer la vie.

Rufin Mbou Mikima
Sony était un artiste engagé et engageant. C’est de cette manière que je veux continuer à faire mes films.

Marcel Mankita
Une très grande rigueur de même qu’une très grande exigence ne laissant aucune place à la paresse. Dans une grande partie de l’Afrique, ces qualités ne se rencontrent pas à tout bout de champ.

Dieudonné Niangouna
Laquelle de démarches? Il y a en a eu plusieurs. Je ne sais pas si c’est en tant qu’auteur, en tant directeur de troupe de théâtre, en tant qu’homme politique… La démarche de Sony, il a des démarches. Même si toutes ces démarches sont une seule chose à l’intérieur de la personne, c’est quand on parle de la personne on voit la personne Sony, donc évidemment il a une démarche qui s’explique comme tout le monde, en beaucoup de diverses expressions.

Moi je crois que le fait que Sony ait écrit et qu’il ait mis en scène et qu’il ait parlé et qu’il ait enseigné, je trouve que c’est un «super complet».

C’est «super complet» avec chaussures chemise veste et pantalon et chapeau, tu vois non? Je veux dire ça fait pas il portait un pull, puis après en bas il est à poil et il porte des chaussures non, non. Il a le pantalon, les chaussures, le t-shirt… C’est le «complet». Et je crois que c’est cette chose là, pas que j’ai voulu être, mais que de toutes façons je ne pouvais que être, même si je n’avais pas le «complet Sony», mais que, évidemment par la rencontre de Sony, il m’a beaucoup plus réconforté à cet endroit là. C’est que le mec il était auteur, metteur en scène, comédien, enseignant, parleur, tout le blablabla. Ça ne veut pas dire que parce qu’il accumulait toutes ces choses là, il avait une valeur… Non, non. On peut faire une seule chose et être un Dieu comme Shakespeare, le problème n’est pas là. Ce que je veux dire quand je parle du «complet» de Sony qu’il avait tout ça en étant complet, c’est pas en terme de «il fait ça puis il a fait ça donc il est complet» c’est en terme de «parce qu’il faisait une seule chose». C’est que cette chose là dans sa quête, fallait qu’elle s’exprime et qu’elle s’entende. C’était une seule chose qui était «poète» c’est tout. Et c’est parce qu’il était poète qu’il a eu besoin du plateau pour qu’on entende le poète. C’est parce qu’il était poète qu’il a eu besoin d’enseigner. C’est parce qu’il était poète qu’il prenait même la parole dans les médias qu’il écrivait dans le journal la semaine pour dire «lettre ouverte au président de la République», «lettre ouverte à la France», pour dire, pour dire, pour dire. Qu’il a pris position pendant la Conférence nationale à Brazzaville, pour la loi et la démocratie.Qu’il a parlé à la Conférence nationale. Qu’il a pris position pour l’avènement de la démocratie à l’endroit purement politique. Parce qu’évidemment il est poète. Donc évidemment il ne fait pas tout ça pour dire que «tiens j’ai un boulot maintenant je vais apprendre ceci», comme on fait «je sais faire ça mais maintenant je vais prendre tel cours pour aussi apprendre ça et devenir ça…» Non, non. Je ne crois pas qu’il apprenait la mise en scène, je ne crois pas qu’il apprenait l’enseignement… Je ne crois pas qu’il dirigeait les comédiens puis après il dit «bon, j’ai dirigé les comédiens c’est une chose maintenant je vais apprendre à devenir enseignant pour aller enseigner les langues». Je crois que c’est une seule chose qu’il faisait et qu’il utilisait tous ces différents canaux là. C’est des canaux qu’il utilisait pour faire entendre la parole du poète, c’est tout. Il utilisait ces différents canaux donc il n’apprenait pas autre chose. Donc c’est une parole qui sommeille dans son bide et il se bat à vouloir la sortir. Et il y a une urgence. Et comme il y a une urgence il faut qu’il la sorte et maintenant. Et donc du coup il va utiliser tous les canaux possibles qu’il aura entre ses mains pour faire entendre cette parole-là. Et si les canaux on ne les lui donne pas il les invente. Si on ne les lui donne pas il les invente. Moi je crois que si Sony n’était pas mort, il allait même être réalisateur. Il allait même un jour prendre la caméra et réaliser le film. Ça ne serait même pas pour devenir réalisateur, ça serait pour faire entendre quelque chose qu’il a envie de dire. S’il se rend compte qu’actuellement avec l’audience, le théâtre est restreint à l’endroit de l’audience, alors il allait tourner un film. Mais pas parce qu’il doute du théâtre mais parce qu’il a besoin que ce soit entendu, genre par le plus large des gens, à ce moment là je vais faire un film. Et il allait faire un film avec La Vie et demie ou Machin la hernie, il allait le faire mais pas pour être réalisateur.

(c) Marie-Charlotte Biais
(c) Marie-Charlotte Biais

Donc c’est un désir qui vient réellement de comment accoucher quelque chose ce qui sommeille en soi, et une fois que tu l’as accouchée, comment faire évidemment pour arriver à son accomplissement. Parce que le fait de la pensée n’est encore que la matrice de dire que «j’ai pensé». Le fait de l’écrire n’est que les premiers pas de dire que «j’ai pensé». C’est à dire ça s’accomplit par une action qu’on va mener. Donc de la pensée, de la gestation, à la formation de la pensée, à son écriture, à monter sur un plateau, à le donner au spectateur puis après distraire les spectateurs, puis à enseigner à ses élèves, ce n’est que la continuation de cette affaire. C’est la continuation jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse. Donc c’est complètement un seul canal qui continue comme ça. C’est une chose que j’ai trouvée très forte, parce qu’il ne pouvait pas s’arrêter à dire que «j’ai écrit, j’ai fait mon boulot», parce qu’il n’avait pas de boulot justement. Mais si le gars avait considéré l’écriture comme étant un boulot il pouvait dire «j’ai écrit j’ai fait mon boulot. Maintenant que les metteurs en scène fasse leur boulot, maintenant que les comédiens fassent leur boulot, maintenant que les enseignants fassent leur boulot, maintenant que les maîtres conférenciers fassent leur boulot», non, non, non. Évidemment comme ce n’était pas un boulot pour lui écrire, donc du coup il ne pouvait pas s’arrêter à écrire, il ne pouvait pas dire «j’écris c’est fini», non. Comme évidemment c’est une espèce de sacerdoce réel qu’il a à l’intérieur de lui, de quelque chose qui doit témoigner, c’était même pas l’écriture en somme qui l’intéressait, il ne faisait pas l’apologie de l’écriture. De dire qu’un auteur c’est génial, qu’il faut écrire, c’est noble et intéressant, non, non, non. C’est quelqu’un qui a quelque chose à dire. Et il trouve ce canal là. Donc c’est pas l’écriture qui l’intéressait en somme. Donc c’est pour ça que ce canal là même quand il est dedans il peut pas s’y asseoir, parce que ce n’est pas le canal qui l’intéresse. Il ne peut pas s’y asseoir. Donc c’est ce que moi j’appelle le «complet». Chemise pantalon et veste. Mais ce «complet» il n’est complet que parce que lui la personne est d’abord intègre envers sa mission à lui de dire que j’ai envie que le gamin là aille à l’école, j’ai envie que la maman là… pas que la maman vienne au théâtre, c’est pas ça son problème… Que la maman sache ou apprenne ceci. Sache dans quel état honteux on est dans ce pays, on est dans ce monde, on est dans cette Afrique, on est dans ces rapports mondiaux là. C’est ça sa question. La question n’est pas que le théâtre soit beau. Et donc le théâtre devient un endroit comme un autre de dire aux gens dans quel état on est.

Il n’était pas là pour fêter le théâtre. Ni pour célébrer le théâtre. C’est pas l’art en somme qui l’intéresse. L’art est un canal.

Et donc quand il est dans ce canal-là, il ne s’assoit pas dans ce canal-là, parce que son problème c’est pas le canal. Le canal c’est pour le conduit, c’est pour drainer l’eau, pour ça aille dans la pompe du voisin pour que ce voisin là ait l’eau quand il va ouvrir son robinet. Donc c’est ça la démarche qui m’a beaucoup intéressée chez Sony. C’est cet endroit là qui m’a appris que tu ne dois pas t’installer dans la forme, tu ne dois pas t’installer dans la fonction, parce qu’on est pas là pour la fonction justement. La fonction n’est qu’un canal.

Criss Niangouna
Quand on connaît Sony, et tant soi peu son œuvre, on se rend compte qu’il témoigne du monde, de son monde, de l’autre. Et pour ce faire l’artiste doit regarder avec insistance sa société, et se poser les bonnes questions, sans artifices ni fioritures.  Ça je le vois et je l’ai appris chez Sony. 

Témoignages recueillis par l’équipe des Bruits de Mantsina.

Quelle trouvaille vous fait jubiler chez Sony Labou Tansi?

Dieudonné Niangouna
«Trouvaille» c’est un peu ce que j’ai dit au début, c’est arriver à me faire dire ou à m’apprendre de manière implicite, que la parole est une action et qu’elle s’exprime en étant une seule chose, qui ait son fond et sa forme, et que le problème de la forme doit être évidemment la nappe, la couche, l’odeur réelle de ce qu’on a à raconter, ou de ce qu’on a à dire, ou de ce qu’on a à présenter. Cette forme même de la présentation de la chose, cette forme même de la présentation du langage est quelque chose qui ne doit pas être empruntée mais qui doit naître de son «pourquoi» et son «comment». Et que c’est la plus belle manière pour moi que Sony m’a appris, pour moi Sony par là il m’a appris la plus belle manière d’être au monde. C’est la plus belle manière d’être au monde.

Étienne Minoungou
Quand Sony veut nommer le travail du poète et partant de l’artiste, il parle «d’exercice de la lucidité, de pratique de la sensibilité et de la conscience…» Je n’avais pas encore rencontré une invitation aussi forte.

Vhan Dombo
Il y a la rencontre de la culture Kongo sous sa plus belle robe littéraire. Il y a la fête carnavalesque dans l’écriture de l’écrivain qui confisque la paternité de la langue. Il y a les réalités linguistiques locales dans les œuvres de l’écrivain qui témoignent de l’universalité de l’humain. Il y a la transgression des normes littéraires d’une époque qui donne naissance à l’âge contemporain. Dans les œuvres de Sony Laboutansi, je souris à certains passages de La Vie et demie quand je reconnais les mots et maux de chez moi dans les transcriptions littéraires! Il y a l’audace de tout flamber à travers deux mots et une révolte à quatre pattes qui explose dans une constance hallucinante si bien qu’on se dit après avoir fermé la dernière page: «Je sais de quel arbre, je descends»

Harvey Massamba
Qui a mangé Madame d’Avoigne Bergota. Je n’ai vu que la vidéo de ce spectacle mais j’ai aimé le travail des acteurs. La puissance de la mise en scène. Tout l’univers du spectacle. C’était vraiment magique.

Abdon Fortuné Koumbha
Les trouvailles de Sony ne provoquent pas chez moi de la jubilation.

Jean-Paul Delore
Tout est jubilation chez Sony. Il parle du plaisir.

Rufin Mbou Mikima
Pour Sony, nous étions tous le «nègre» de quelqu’un.  Mais nous étions aussi par notre soif de solidarité des «pivinistes». Un cercle bien fermé, je suppose. J’aurais aimé en faire partie.

Kouam Tawa
La mort a capitulé devant ma délicieuse hantise de respirer. C’est l’instituteur Mallot qui le crie dans la première scène de Je soussigné cardiaque.

Papythio Matoudidi

Marie-Charlotte Biais
Marie-Charlotte Biais

Jubiler? C’est comme quelque chose qui s’arrête? Non, jubiler c’est de la joie, de l’excitation, du plaisir… Jubiler… Il faut que je retrouve ça… C’est beau ce qu’il dit: «Un jour, il y en aura qui diront «je l’ai influencé», ils seront nombreux et voici ma réponse à tous ceux-là qui croient qu’ils m’ont influencé. Je dirai: «d’accord, vous m’avez influencé, mais je suis allé plus loin que vous, j’ai sauté plus haut que vous, accusez moi de cela, pas d’autre chose, autrement soyez fiers de m’avoir engendré. C’est votre droit après tout.»» Le Congo d’où l’on vient, c’est un pays… vous savez ce qu’il se passe… avec de l’oppression, totalement nés dans l’oppression, grandis dans l’oppression, avec un besoin de ce genre de parole qui nous fait lever tôt le matin, qui peut nous donner envie de se battre pour ce que l’on défend, pour ce théâtre africain là, ce théâtre congolais, ce théâtre africain à l’international, comment on doit être vus des autres, comment avoir aussi l’envie, la force, la conviction de toujours donner dans ce sens là ce qu’on a appris, ce que les grands frères nous ont appris, de ce que nous donne notre terre, notre patrie, notre Afrique-mère-terre, de ma patrie dont je suis fier. Dans le sens aussi avoir aussi de la valeur dans ce qui donne la vie, ce qui donne envie de vivre, de dire, de lire, de transcrire. C’est plein de vertus, ce genre d’écriture là… c’est comme une terre éternelle. Parce que ma terre de chez moi, c’est une terre bien «laboureuse», tout ce que tu peux planter dedans, ça te donnera toujours des fruits, des beaux légumes… Et cette écriture, elle a ça. C’est comme une terre pleine de vertus au naturel, où quand tu as planté des graines, tu reçois tout. Et moi j’ai besoin de ce Congo, de cette Afrique aussi, qui vit. Il faut que les hommes arrêtent de faire semblant… Pourtant, ils savent bien quelle est la situation, l’urgence qu’on a sur la Terre. Tout le monde se déchire, je sais pas pourquoi on se bat. Je sais pas. Ça n’a pas de sens. Il faut vivre la poésie que nous donne la vie que nous donne notre terre simplement être fier de là d’où nous venons. Là on a du sens. Faire les choses. Les faire. Les faire. Se donner un vrai sens. Cette parole j’en aurai besoin tout le temps. Depuis que je l’ai découvert, je m’en sépare plus. C’est juste, cette parole. C’est pour la lutte de l’homme pour l’homme. C’est ça qui me donne la raison de vivre. L’immortalité, de laisser des traces, ça c’est important. Ça fait 20 ans qu’il est mort, il faut que nos enfants découvrent ça, connaissent cette parole. Et on a compris des choses. Des choses. Des choses. De ce sens qu’on a. Du fleuve Congo. Qui coule en nous.

Marcel Mankita
Ce qui me fait jubiler chez lui, ce n’est pas quelque trouvaille que ce soit, mais son imagination fertile.

Criss Niangouna  
La première des choses qui intrigue chez Sony (à mon sens) c’est d’abord les titres de ses romans ou de ses pièces théâtres.  Je peux vous citer quelques exemples: La Vie et demie, L’État honteux, Qui a mangé madame d’avoine berghota, Je soussigné cardiaque, Les Yeux du volcan… Tous ces titres sont percutants, longuement réfléchis. Ils donnent le ton, la dimension de l’œuvre et aussi celle de l’homme. Ce sont des titres qui vous obligent à vous arrêter. R

ien n’est fait au hasard avec Sony. Par ailleurs, Sony a fait un travail sur la langue française incroyable. Il rentre dans la langue française avec tous ces codes, y fout un bordel, la réorganise. Beaucoup d’écrivains  africains reconnaissent qu’il a décomplexé cette langue. Il a été un des premiers, sinon le premier à casser les barrières imposées par cette langue, pour se  l’approprier.  Là est sa force. Comme le dit si bien Emmanuel Dongala: «Sony nous a appris à faire l’amour avec les mots autrement que dans la légendaire position du missionnaire».  C’est avec Sony à mon sens que commence notre théâtre contemporain. C’est notre Beckett, plus que Beckett, notre Koltès, au-delà de Koltès.

Et vous, quelle trouvaille de Sony vous fait jubiler? Répondez dans les commentaires!

Quelle citation de Sony vous habite aujourd’hui?

Témoignages recueillis par l’équipe des Bruits de Mantsina.

Harvey Massamba
Il y a une phrase de Sony qui me hante toujours depuis cette époque. Elle est dans sa lettre ouverte à l’humanité. «Notre siècle produit plus de nourriture mais plus de gens y meurent de faim…»

Jean-Paul Delore
«Nous sommes les locataires de la langue française»: c’est tellement intelligent et drôle, il nous met au bon endroit, là où on devrait être en tant qu’individus et artistes par rapport à la langue et la culture.

Étienne Minoungou
La pensée de Sony est vraiment «contagieuse». J’ai beaucoup de choses qui me passent dans le coeur et dans l’esprit… Mais c’est l’actualité au Burkina Faso autour des procédures judiciaires et les inculpations des présumés coupables et commanditaires de l’assassinat de Thomas Sankara qui me font penser à une phrase prophétique de Sony: «Sankara est mort. QUI peut tuer  LA FULGURANCE? Pauvres bêtes, vous vous êtes trompés d’assassinat la mort vous en voudra de la prendre pour une conne.» C’est éblouissant!!!

Rufin Mbou Mikima
Une fois qu’on a entendu ou lu les mots de Sony, ils nous habitent comme un feu qui brûle éternellement. La situation qui correspond à mon état d’esprit actuel et à mon mal-être par rapport au Congo et à l’Afrique est: «Je mourrai vivant».

Rufin Mbou Mikima
Rufin Mbou Mikima

Kouam Tawa
«Le salut a cessé d’être individuel: on ne peut plus tuer Carthage pour sauver Rome, il faut raisonner à partir du fait qu’aujourd’hui Rome peut mourir des blessures, par elle faites à Carthage.» (Il l’a dit dans son intervention au symposium sur la littérature africaine qui a eu lieu lors de la Foire du livre de Francfort de 1980.)

Papythio Matoudidi
«Pour la lutte de l’homme jusqu’à l’homme» dans une lettre à Edouard Maunik dans L’Acte de respirer. C’est pour les hommes, les êtres, les humains, que la terre continue à vivre, pour moi c’est une vision très large du monde, qui met un espoir. Parce que ce n’est pas tout le monde qui parle des autres, qui pense aux autres, qui dit des choses pour les autres, qui écrit. C’est une forme de militantisme. Un genre de protection, de combattant, de révolutionnaire. J’ai entendu parler de lui, même dans les quartiers, de ce sur quoi il écrivait, c’était quelqu’un de très inspiré, un prophète quoi, c’est de la prophétie. C’est ça qui me donne la valeur. Et que je trouve juste. C’est pour ça que je soutiens cette parole. Je vis avec, je marche avec, je me promène avec, je respire ça. C’est une vraie idéologie. De l’espoir… C’est un autre Pierre Rabhi. Mais à la Congolaise.

Marcel Mankita
Je n’ai pas lu tout Sony (par exemple, jamais réussi à aller au bout de La Vie et demie). Mais je sais que celui qui aura beaucoup lu Sony, sera habité par plus qu’une citation. Une des citations que je crois ne plus avoir textuellement et dont je ne vais donner ici que l’esprit, c’est: «La civilisation ne se mesure pas à la quantité de tonnes de ferraille que l’on déverse sur l’humanité». En tout cas, en voici une autre que je retranscris textuellement: «Dans la pratique de l’existence, ce sont les couilles et le ventre qui bougent avant tout le reste du corps». Cf L’Autre monde

Dieudonné Niangouna
Toutes. Non mais toutes. Toutes celles que je connais. J’en ai pas de meilleure plus qu’une autre. Je vais commencer par «repousser à plus tard la mort de la vie» «forcer la vie à être»… Tout ce que tu veux c’est… c’est… «je ne suis pas à développer mais à prendre ou à laisser», «l’Afrique n’est pas mal partie, l’Afrique n’est jamais partie» «l’être humain est trop beau pour qu’on le néglige» «je suis intentionnellement humain», j’en ai pas une que je peux dire la meilleure, «ça c’est celle qui m’habite». Par exemple comment j’ouvre à chaque fois Mantsina depuis 10 ans, je dis toujours «Sommes-nous sortis du monde Riforoni?». C’est même pas une citation de Sony, c’est la première tirade de sa pièce Antoine m’a vendu son destin, la première tirade du personnage d’Antoine qui est avec son garde du corps à côté – avec son ministre tout ce que tu veux – ils font silence, ils se concentrent et il lui dit «sommes-nous sortis du monde Riforoni?» et Riforoni lui répond «nous en sommes sortis votre Altesse» «sommes nous les derniers du monde? Seules nos respirations nous écoutent, nous sommes seuls.» «Alors lis la déclaration que le peuple va lire…» Cette phrase là «Sommes-nous sortis…», ce n’est pas une citation, ça n’a rien d’une citation. C’est une phrase c’est même une question qu’il pose à quelqu’un «Est-ce qu’on est sorti du monde?» Est-ce qu’on est sorti de la crise? Tout le blabla… Mais cette phrase-là qui n’a rien d’une citation, pour moi ça a une valeur incroyable mais je ne la mets pas en comparaison avec les citations. C’est pour dire qu’une phrase de Sony peut complètement m’habiter, mais pourtant ce n’est pas une phrase qui est toute proverbiale, avec des guillemets. C’est une question qu’il pose mais qui était juste une question qui est complètement dans un dialogue, de manière terre à terre. Mais comment moi dans ma tête, cette question-là qui était une question terre à terre, moi dans ma tête ce que ça provoque en moi, c’est que je ne m’arrête pas au fait qu’il a posé une question à Riforoni, moi ça me pose d’autres questions à moi… Est-ce qu’aujourd’hui on est sorti de la gabegie? Est-ce qu’on est sorti de la léthargie? Quand je joue Mantsina et que je dis «Sommes-nous sortis du monde?» C’est que moi je déplace cette phrase-là du contexte dans lequel Sony la met dans Antoine m’a vendu son destin, j’enlève le contexte, que c’est Antoine qui le dit et qui dit à Riforoni «Et-ce que le peuple est prêt pour qu’on parle? Est-ce que le jour s’est levé?» Je l’enlève du contexte de cette pièce là. Je prends juste cette phrase là. Je la décontextualise complètement, et cette phrase-là elle tient en elle-même. Même enlevée de son contexte de la pièce et de sa situation théâtrale.

Abdon Fortuné Koumbha
En tant que conteur, acteur, homme de parole, la citation que j’emporte avec moi est celle-ci:
«Les mots me charment
Me font signe
Et demandent que je leur trouve
Du travail».

Criss Niangouna
Criss Niangouna

Criss Niangouna
Beaucoup de choses comme beaucoup de citations de Sony m’habitent en permanence. Il me faut faire le choix. Alors j’en choisi deux. Dans Les Yeux du volcan, Sony dit: «Il y a des cadavres que l’histoire ne saura enterrer». Cette maxime dit tout de l’homme Sony encore aujourd’hui. En ce sens son œuvre a encore un impact majeur 20 ans après sa mort. Donnez un livre de Sony à quelqu’un qui ne le connaissait pas. Après lecture, il est plus que probable qu’il rentre dans le club de cet auteur. Une deuxième citation à propos de la langue française et qui explique toute sa force: «J’écris en français parce que c’est dans cette langue-là que le peuple dont je témoigne a été violé. C’est dans cette langue que moi-même j’ai été violé. Je me souviens de ma virginité. Et mes rapports avec la langue française sont des rapports de forces majeures… Nous sommes les locataires de la langue française. Nous payons régulièrement notre loyer. Mieux même, nous contribuons aux travaux d’aménagement de la baraque. Nous sommes en partance pour aventure de co-propriété…» . Une petite pour finir, elle parle de l’écriture: «Ecrire c’est légitimer ce que l’histoire bâtardise. Tout bon écrivain devrait être pris pour un conseiller technique de l’histoire. Parce qu’il sait servir le double pouvoir du doute et de l’affirmation…»

Et vous, quelle citation de Sony vous habite? Répondez dans les commentaires

Quelle a été votre rencontre avec Sony Labou Tansi?

Témoignages recueillis par l’équipe du journal Les Bruits de Mantsina.

Vhan Dombo
Il y a ma mère connaissant mon projet de devenir un écrivain, qui ne cessait de ma charrier en disant « Wena kou wa ba mora Sony Laboutansi ? Yandi weri ko fuishi bantu nsoni; » c’est-à-dire que « Tu veux être comme Sony Laboutansi? Celui qui foutait la honte au pays! » Et là voilà me racontant les scènes de mise en terre du grand écrivain et de sa femme. Mais ma mère me parlait de Sony Laboutansi comme on raconte une histoire au village. Il n’y avait aucune citation bibliographique ni des allusions à la vie littéraire de l’écrivain. Et tout en reconnaissant la grandeur de l’homme qui a su dompter la langue française, qui était vu comme un animal féroce et qui a su ouvrir une fenêtre de la culture Kongo au monde littéraire. Ma mère me parlait souvent de Sony Laboutansi à chaque fois que j’avais une touffe de cheveux sur la tête. A chaque fois que je m’habillais grotesquement. Et c’était parti pour des épopées de l’écrivain qui était parfois d’apparence négligée. «Ce qui foutait la honte au pays» comme le disait ma mère. Mais je tenais mordicus à mon projet d’écrivain peu importe les taquineries de ma mère qui me voulait plutôt avocat ou quelque chose de ce genre. Alors je me suis lancé dans une démarche de recherche approfondie sur l’écrivain Sony Laboutansi. Je suis tombé sur des témoignages de lui fait par des artistes, des professeurs, des écrivains dont le défunt Léopold Pindy Mamansono. Des témoignages littéraires, des témoignages qui me parlait de l’homme, du professeur d’Anglais et aussi du politique. Mais dans ces dires, il y avait comme une pièce du puzzle qui me manquait. C’est ainsi que je fus dévoré de l’intérieur par la puissance de l’écriture avec des extraits de ses textes poétiques, romanesques et dramaturgiques. D’extraits en extraits, voilà que j’eus sur mes mains  » La Vie et demie « , ma première rencontre d’amour avec l’écrivain Sony Laboutansi. Ainsi pénétrais-je dans l’intérieur même de l’écrivain qui n’avait rien à avoir avec cette apparence dont me parlait ma mère. Je découvris alors L’HOMME, le PÈRE DE NOS RÊVES.

Harvey Massamba   
J’ai rencontré Sony à travers sa pièce Antoine m’a vendu son destin à l’époque j’étais au lycée en classe de seconde C. Des camarades du Lycée venaient de créer un club artistique au sein du lycée et une amie de classe est allée y inscrire mon nom. Afin de ne pas la faire passer pour rigolote, j’y suis allé, juste pour marquer ma présence une fois et me barrer. C’était sans compter avec la présence de Sony. Dès je suis arrivé, nous avons commencé la lecture de la pièce et là tout de suite j’ai compris que je devais faire ce métier. Je ne l’ai rencontré physiquement que quelques mois avant son départ. Le plus grand souvenir que je garde, c’est le moment où nous jeunes du Rocado arrivé après le maitre, nous le portions en terre. C’est comme s’il me léguait une mission. Mais laquelle?

Abdon Fortuné Koumbha     
Ma rencontre avec Sony se fit le 13 mars 1991, je venais de jouer la pièce Mafou Mafou avec une troupe professionnelle au lycée de la libération sous la direction de Tsati Tsatou (membre du Roccado) et Sony était parmi les spectateurs. Après la représentation, il est venu nous féliciter dans les coulisses et alors que c’est moi qui venais de jouer, je lui ai demandé s’il voulait bien me signer un autographe. Ce qu’il a fait avec une élégante simplicité. J’ai été touché par son humilité.

Jean-Paul Delore 
C’est bien de venir après Sony, mais c’est fatigant. En 1996, travaillant à Brazzaville pour la première fois, je ne connaissais rien de lui. Les jeunes comédiens avaient envie de passer à autre chose. Les plus anciens portaient le deuil. Et pourtant tout, dans la ville, «puait» Sony ; je voyais la ville, des endroits, des gens, des façons de vivre et de parler le théâtre en même temps que je découvrais ses poèmes, ses pièces, ses lettres, et je me disais: mais comment un seul homme a-t-il pu avaler une ville entière, un pays, le monde et le recracher ainsi? Mauvaise question. Et lui, pendant ce temps, à l’aise, il dit «écrire pour forcer le monde à venir au monde». D’accord, bonne réponse, mais après? Au théâtre pour jouer du «Sony», il faut peut-être accepter des choses que l’on n’apprend pas dans les écoles d’art dramatique. Jouer la gourmandise (celle que partagent les ogres et les enfants) du mot avant le sens; accepter le flux, la pulsation sans pour autant s’installer dans la chose… car avec lui ce n’est pas le sens ou le style, les mots ou la langue, etc.; c’est et partout; à prendre ou à prendre. Alors, normal qu’il entre avec peine dans les programmes scolaires au Congo ou en France puisqu’il écrivait aussi pour changer tout ça. Quand tu arrives dans un endroit où tu n’es pas invité, c’est l’endroit qui doit changer… (Extraits de « Sony fait chier », La Chair et l’Idée.)

Étienne Minoungou   
Je rencontre l’œuvre de Sony Labou Tansi au début des années 1990 quand j’intègre le Théâtre de la Fraternité de Jean-Pierre Guingané. Il nous parlait de leur rencontre à Limoges, de l’homme comme étant son ami, de son écriture, de son combat et c’est à partir de là que Sony est rentré dans notre vie artistique. Jean-Pierre nous a fait jouer La Parenthèse de sang. Plus tard, j’ai monté Antoine m’a vendu son destin avec des étudiants de l’université de Ouagadougou pour un festival des clubs UNESCO à Lomé en 1996. C’était ma première mise en scène et je ramène au sein de la troupe du Théâtre de la Fraternité la majorité de la distribution qui avait décidé désormais de faire du théâtre parce que l’expérience de Antoine m’a vendu son destin, le contact avec Sony Labou Tansi les avait inspirés. C’est la deuxième étape puis après évidemment, j’ai essayé de lire tout ce qui paraissait ,ses romans surtout. Mais je crois que c’est Dieudonné Niangouna qui m’a fait revenir à Sony Labou Tansi. Quand est apparu Dieudonné Niangouna, il y avait une telle parenté avec Sony mais aussi une telle corrélation entre moi, fils de Jean-Pierre Guingané, et lui, prétendu fils de Sony Labou Tansi, que cette anecdote de l’amitié nous reliait géographiquement, amicalement et artistiquement. À partir de Dieudonné Niangouna, à travers tous ses textes dont M’Appelle Mohamed Ali, je redécouvre Sony Labou Tansi de nouveau. (plus dans cet entretien).

Rufin Mbou Mikima 
Je n’avais jamais lu un texte de Sony avant de commencer mes études universitaires à Brazza. Mais déjà tout petit et au collège surtout lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, pour justifier sur certaine liberté qu’on pouvait se prendre sur la langue française, on citait Sony. Je ne sais s’il l’avait vraiment dit avec ces mots mais, en tant que jeunes poètes « en herbe », on se réclamait de ceux qui voulaient « tordre le cou à la langue française ». Puis à l’Université, j’ai eu la chance d’aller dans même école qu’avait fréquentée Sony et de faire le même métier que lui: celui d’enseignent. J’ai commencé alors à découvrir son écriture et ses personnages. J’avais d’ailleurs choisis pour mon mémoire de CAPES le thème suivant: « La folie chez Sony Labou Tansi: personnages et écriture ». Puis j’ai dû l’abandonner. Sony était trop grand pour moi à l’époque.

Kouam Tawa 
Sony Lab’ou Tansi est venu à moi sous la forme d’une nouvelle: Lèse-majesté primée lors du 6e Concours de la Meilleure Nouvelle de Langue Française organisé par l’Agence de Coopération Culturelle et Technique et Radio France Internationale. Je me souviens que cette phrase avait sonné juste sous mes yeux de jeune lecteur: « L’enfer: l’enfer c’est nous! »

Cleo Konongo et Papythio Matoudidi
Cleo Konongo et Papythio Matoudidi

Papythio Matoudidi   
Ma rencontre avec Sony s’est faite à travers le théâtre, et ma rencontre avec le théâtre à travers Dieudonné Niangouna et Ludovic Louppé. Je connaissais Sony gamin, mais je n’étais pas dans mon pays… En Centrafrique (Bangui) il y avait une émission à la TV que j’aimais bien regarder «Afrique Tropicale». Il y avait une rubrique «art en Afrique». Je regardais, on y parlait beaucoup de Sony qui était auteur congolais. Et puis c’est Dieudonné qui me l’a ensuite fait découvrir à travers la lecture de ses livres, de ses romans. A la TV j’avais compris que c’était un révolutionnaire, un révolutionnaire dans l’art. Qui faisait une valeur du théâtre, soi-disant du théâtre africain. Chez mon oncle on regardait le théâtre chaque Jeudi soir. Quand j’entendais parler du théâtre c’était pour moi les 3 coups au théâtre, regarder une pièce à la TV. Ça me parlait beaucoup, ça me donnait beaucoup, ça me plaisait bien de regarder ce qu’il faisait, on entendait parler de ses tournées quand il allait jouer à Limoges au festival des Francophonies. Je regardais ça la TV ça me plaisait, on montrait aussi des images du cercle Sony Labou Tansi et des séquences de répétitions du Rocado Zulu Théâtre. J’ai grandi aussi en face du cercle Sony Labou Tansi dans le quartier La Glacière, du coup on allait souvent voir les journées de répétitions, des pièces de théâtre à l’époque des festivals inter-écoles. Je suis parti au Centrafrique après. En voyant cette émission qui parlait de Sony, on revoyait ses images là de ce qu’il faisait en Europe, de ses tournées, de sa compagnie… et ça me faisait rêver. C’était un auteur, un metteur en scène, on parlait de ses pièces de théâtre on montrait des image à la TV, dans ce documentaire. J’ai commencé à le connaître à travers de Dieudonné, qui me parlait de lui. J’étais tombé sur un vieux journal, un « Jeune Afrique », on y a beaucoup parlé de Sony aussi. Comme mon oncle achetait chaque Dimanche des journaux, je suivais son itinéraire dans les journaux. A l’époque où j’habitais en face du Cercle, je ne peux pas dire que c’était le Rocado Zulu Théâtre, j’allais suivre des répétitions de groupe mais il n’y avait pas Sony. Le lieu ne s’appelait pas encore le Cercle Sony, mais il y avait déjà du théâtre, il y avait des gens qui répétaient. Même dans les écoles à la fin de l’année la direction faisait venir des troupes de jeune théâtre. Je me rappelle à l’époque on payait 200 pour voir la pièce pour payer les transports et tout ça… Ma vraie rencontre avec Sony comme je l’ai dit, c’est après, à travers Dieudonné. Il a commencé à me parler de cette écriture que je trouve très importante pour nous actuellement, de notre situation, de nos quotidiens, de ce qui se passe dans nos pays africains, des moments de questionnement, de ce qu’il faut dire… se libérer de ses frustrations en fait. Quand je découvre aujourd’hui, je me dis qu’il prophétisait. Ces poésies c’est comme de la prophétie. C’est vraiment « la parole de l’homme dans l’être », mais dans l’écriture. Sur le sens de nos vies, de l’humanité, de l’espèce humaine. La bêtise humaine nous fait réfléchir. Comment va se transmettre, comment avoir état de cette écriture ? Je me suis mis à beaucoup lire de la poésie, je découvre que c’est la parole qui est la mienne, qui fait ma valeur, qui fait ma force, mon être, ma façon de penser, et du coup, ça me donne un sens, dans le quotidien, dans la question de l’homme pour l’homme. C’est le combat de l’homme pour l’homme. Pour être dans cet état d’humanisme, d’être plein de frustrations, de conscience, de vouloir être, être, de devenir aussi. On a besoin d’une parole comme ça qui donne un espoir. Chez nous l’espoir il est aussi dans la parole, la force de croire les choses que tu n’as pas encore touchées, pas encore vues, et tu as une parole qui te rassure, qui te donne l’espoir de vivre. L’envie de vivre. De se dire aussi, pourquoi pas, qu’il y ait aussi ce théâtre soi-disant africain (rires). Voilà. Et c’est important. Moi je vois ici aussi, les gens ici, je les rencontre. Et surtout cette urgence pour l’humain qui court. Des hommes, non je dirai pas l’humain… cette question des hommes, parce que l’humain c’est plus vaste c’est plus avec du cœur, plus avec des mots, de la parole, de la parole juste, de la parole de force, de la parole d’engagement, de se dire oui aussi on peut faire, de la parole de vouloir faire, de l’envie, juste d’exister comme il le dit. D’exister. J’aime la question qu’il pose «pourquoi avez vous peur d’entendre que j’existe?». C’est une vraie question qu’il pose à l’humanité. Le monde s’est fait aujourd’hui, que des classes, les gens ne sont que des classes, d’égoïsme. Il faut aussi qu’il y ait cette parole qu’on a donnée, elle peut être aussi pour les autres. C’est quelque chose que je trouve très juste, et comment Dieudonné me l’explique, comment il le fait vivre avec lui et parmi nous, comment il tient compte de cette écriture de cette parole qui vient de ce que nous sommes, de ce qu’on fait, du travail qu’on fait oui, pourquoi pas? Il faut qu’on existe, on ne peut qu’exister par nous –même sinon… Moi je n’aime pas trop les différences. Pour moi le monde il doit être tous ensemble, avoir l’envie d’être ensemble. Peu importe les nations, peu importe les nationalités, et là Sony, sa parole, elle porte ce pouvoir là, de donner vie.

Marcel Mankita  
D’abord, par le biais du spectacle Antoine m’a vendu son destin joué au CFRAD. En 1987, si je ne me trompe. Je venais (en même temps que je suivais des études de Droit) de commencer à faire du Théâtre comme comédien, sous la direction de Victor Louya, lui-même comédien de la troupe le Rocado Zulu Théâtre. Le souvenir de ce spectacle n’est jamais sorti de ma petite caboche! Je fus vraiment émerveillé par tout! La scénographie, les costumes, la prestation des comédiens, le texte… Ensuite, Victor Louya m’a emmené au Centre culturel français où se déroulaient les répétitions du Rocado Zulu Théâtre et, pendant quelques mois, j’ai participé –avec toute l’équipe de cette troupe – aux exercices d’échauffement. Ce qui m’a permis de rencontrer Sony de visu.

Dieudonné Niangouna   
Sony, je le rencontre parce que d’abord papa avait une bibliothèque à la maison, on est dans un endroit où il y a plein de livres donc tu lis, tu sors de la bibliothèque de ton père, après tu commences à chercher d’autres bouquins. Il y a d’autres auteurs que je voulais connaître, qui n’étaient pas dans la bibliothèque de mon père. Et donc tu lis un bout d’africain, un bout de X, un bout de Y… et puis bon, de toutes les façons son nom était déjà connu, donc je ne rencontre pas d’abord l’écriture de Sony avant ce qui l’a précédé. C’est que, nous on était gamins, son nom était connu au Congo, rien que le nom était connu. Donc le nom, comme beaucoup de gens connaissent le nom de Tchikaya U Tam’si, même s’ils ne l’ont pas encore lu, Sony c’est pareil, le nom existait. Donc tout d’abord tu sais très bien qu’il y a un nom qui existe qui s’appelle Sony Labou Tansi. Puis, famille intello, donc facilement tu apprends que ce mec là il a écrit des bouquins, il écrit des livres et qu’il dirige une troupe de théâtre. Donc c’est beaucoup plus quand je vais chercher d’autres bouquins que je ne trouvais pas dans la bibliothèque de mon père, donc je vais chercher chez les petits revendeurs, tu lis un bout d’africain, un bout de japonais, qu’évidemment par curiosité tu tombes aussi sur Sony ou tu lis aussi Sony. Donc c’est une rencontre qui ne vient pas du fait qu’il ne m’est pas tombé dessus, il était déjà né avant moi, il existait, sa célébrité l’avait précédé, et du coup comme je me suis amusé à lire donc facilement, d’une certaine manière j’allais croiser un bouquin de Sony entre mes mains. Mais après, ça, c’est pas si spécial que ça d’être tombé sur un bouquin de Sony, parce qu’on est nombreux à être tombés dans les bouquins de Sony, et après c’est pas ça forcément qui fait qu’une personne croit en l’écriture de Sony, ou qu’il ait une affection envers ce qu’il raconte, ou qu’il soit un adepte ou un élève de Sony. Là c’est beaucoup plus des questions très très personnelles, de ce que tu défends, ce que tu aimes défendre, que ce soit dans l’écriture, que ce soit dans la vision du monde.

Dieudonné Niangouna
Dieudonné Niangouna

Et moi je crois que ce qui m’intéressait quand je lisais des auteurs, depuis gamin même, depuis la bibliothèque de mon père, c’était deux choses toutes réunies. La première c’est la poésie d’un auteur, et la deuxième sa poétique. Ça a toujours été une chose comme ça qui m’a toujours intéressé. Un auteur qui disait des choses forcément intéressantes et qui n’avait pas pour moi une poésie de les dire ça ne m’intéressait pas vraiment. Par contre ce qu’ils disaient m’intéressait mais ce n’étaient pas des auteurs que je pouvais relire et relire et que je pouvais citer. Tout comme un auteur qui avait une belle langue, on pourrait le dire comme ça, ou qui aurait inventé la langue tout ce que tu veux, et qui n’a rien d’intéressant à raconter, ça ne m’intéressait pas non plus. Et donc du coup je crois que le choc s’opère quand évidemment je lis donc, la première oeuvre de Sony que je lis c’est La Parenthèse de sang. Je sais pas je devais avoir 10 ans ou 11 ans, je lis La Parenthèse de sang ben voilà, c’était complètement très très vrai. Très très vrai parce que il y avait sa poésie, sa relation avec la langue, sa relation avec la parole, et puis il y avait tout à fait l’autre chose, qui est le plus intéressant, ou les deux sont intéressantes, qui est évidemment ce qu’il était en train de dire, ce qu’il était en train de pointer du doigt, ce qu’il était en train d’indexer et comment il était en train de vouloir à tout prix refabriquer la vie. Il avait complètement une espèce de passion incroyable à vouloir refabriquer la vie, à vouloir ré-inventer la vie, il s’en foutait que ce soit comme ça, ce qui l’intéressait c’est ce que lui rêve de bien, ce que lui pense de bien à cet endroit là, que ce soit au niveau des idéaux, que ce soit au niveau de la vie simplement comme ça, que ce soit au niveau des conceptions des choses. C’est qu’à première vue j’ai vu quelqu’un qui se mettait à donner une autre valeur même à la nomination des choses, c’est à dire on pouvait s’arrêter à dire «ben tiens il a salué quelqu’un», mais lui ne s’arrêterait pas en disant que c’était quelqu’un. Il va ramener de la personnalité dans ce quelqu’un là, donc c’est comme si, oui, un truc comme ça assez gourmet, avec le sens qu’ont les mots, comme ils ont été tellement galvaudés, ils tellement été retournés tout ce que tu veux, si bien qu’ils sont rapidement devenus très très appauvris. Et donc du coup cette première relation c’est une espèce de fulgurance de redécouvrir les mots mais découvrir leur réel sens c’est à dire une espèce de valeur comme ça, qu’il donnait aux mots, une espèce d’identité, ça devenait comme des personnages, ça devenait comme des gueules les mots, parce que évidemment il les chargeait, il les remplissait de leur réelle mission. Donc du coup à partir de là, je lis Sony la première fois après quand j’essaie de lire autre chose, j’avais l’impression que l’autre là, pas que l’autre là ne savait pas écrire mais que les mots qu’il me disait là ce n’était pas les mots qu’il fallait pour qu’ils soient à leur place quoi. Donc du coup, c’est une rencontre assez forte comme ça, qui du coup rapidement va m’emmener à continuer à fouiller du Sony. Dans Brazzaville ça n’était pas facile d’en trouver même s’il était publié, même s’il avait une troupe de théâtre, trouver les bouquins de Sony c’était pas facile à l’époque. Jusqu’à maintenant c’est toujours pas facile au Congo. Il n’y en avait pas donc tu vas demander qui en a, quel grand l’a, quel étudiant, quel professeur l’a. Des fois par hasard, tu peux en trouver chez le petit revendeur, pas parce que il y en a beaucoup mais parce que quelqu’un avait faim il avait un bouquin chez lui il ne savait pas quelle importance ça a, il est parti au petit revendeur il a dit «Grand, donne moi 200 et je te vends un livre». Et toi tu passes là par hasard, ce jour là, tu le vois tu fais «ah», tu l’achètes. Donc là rapidement comme ça je me suis mis à chasser du Sony partout et à trouver et donc à 12 ans je vais lire L’État honteux. Là c’était une vraie vraie claque, cette histoire Martillimi Lopez, fils de Maman Nationale, qui était commandant de sa hernie, c’était incroyable, c’était autant jubilatoire, c’était autant ubuesque, en même temps destroy, mais d’un destroy incroyable mais en même temps très très sensé sur ce qu’il était en train de dire et surtout savoir comment le dire. C’est ce qui m’a beaucoup plu chez ce type là, c’est qu’il y a un problème, mais il ne s’arrête pas au problème qu’il a à dire. C’est qu’il va trouver une intelligence de le dire, mais cette intelligence là va être la sienne. Elle va être la sienne c’est à dire il va inventer son alphabet, il va inventer son langage pour qu’évidemment il ne puisse pas corrompre sa manière de penser, pour qu’il soit à même pour qu’il soit d’accord avec comment il pense il faut qu’il le formule avec sa manière de penser à lui. Sa manière de penser à lui veut dire quoi? Faut qu’il invente sa poésie à lui, pour que évidemment… Moi c’est la plus belle chose que Sony m’a appris et c’est pas si compliqué que ça, la plus belle chose qu’il m’a appris c’est que, en Lâri on dit «tu ne peux pas faire des plans sur la fête de quelqu’un d’autre» je sais pas comment le dire… Toi tu as acheté un bouquet de poisson à l’étouffé un Liboké, c’est ton poisson à toi, je dis «Ah Marotte a acheté des poissons alors qu’est ce que je fais?» Alors sans te demander «est-ce que je peux me couper un bout?» non non, je vais acheter un manioc mais sans te dire que j’ai du manioc… je fais un programme sur ta bouffe et c’est le propriétaire du chien qui lui coupe la queue. Tu ne peux pas prendre ta machette et couper la queue du chien du voisin en lui disant «parce que j’aime pas la queue!», ça n’a aucun sens. C’est à dire, c’est cette intelligence là réellement de comprendre que tu as pensé mais une fois de plus tu vas utiliser un langage pour te faire entendre, pour t’exprimer. Tu vas utiliser un langage, donc un certain nombre de canaux, signaux, tout ce que tu veux qui vont raconter vraiment ton langage. Mais si ces canaux là ne sont pas les tiens, ta pensée – pourtant elle était tienne – elle devient complètement esclave à l’intérieur d’un canal et du coup tu ne peux pas être à même de savoir défendre réellement ta pensée. Quand on dit «défendre» ce n’est pas question de défendre, il est question de savoir la raconter. Pas seulement pour la partager, pour être à même de savoir qu’elle est mienne. Il faut évidemment qu’elle pue tes odeurs à toi. Il faut évidemment qu’elle pue tes odeurs à toi. Il faut qu’elle ait la forme de comment tu as pensé cette chose là. Sinon ça ne marche pas, ça ne marche pas. Donc c’est cette réelle intelligence que j’ai eu rapidement qu’il m’a enseignée lui, à cet endroit de se dire « c’est à l’intérieur de son tronc humain, de sa moelle, qu’on fabrique, qu’on raconte sa pensée ». On ne raconte pas sa pensée avec le canal de l’autre ça ne marche pas. C’est comme cette femme, cette tantine là, elle sait faire des galettes, elle a lu la formule de comment faire les galettes tout le blablabla là, tu mélanges un bout de citron, un bout de levure ok. Mais par contre la main, c’est la main là qui va fabriquer les galettes, c’est la main de l’autre là. C’est pas que la galette ne sera pas belle, mais ça ne marchera pas, ce ne sera pas ses galettes à elle. Tu peux pas prendre la main de quelqu’un et dire «tu tournes comme ça…» non, non. C’est cette chose là qui est intéressante. Et c’est une réelle forme de responsabilité et d’intelligence à cet endroit-là. Donc moi, c’est à cet endroit que j’ai vu cette force de liberté, cette force d’autonomie, cette force de la recréation de soi. Il ne s’agit pas simplement d’avoir une pensée ou une idée, il s’agit de d’abord construire sa barque, la barque dans laquelle cette pensée s’auto-génère et à partir de laquelle elle parle, à partir de laquelle elle pense. Pour qu’évidemment ce ne soit pas une chose collée dans une autre. Comme disait ma grand-mère: «il ne faut pas que ce soit un timbre sur une enveloppe», c’est l’expression de ma grand-mère… Ça veut dire quoi? Le timbre on l’a posé sur l’enveloppe mais le timbre n’est pas au courant de ce qu’on a dit dans la lettre, peut-être à l’intérieur de la lettre c‘est un avis de mort, c’est peut-être une menace, mais le timbre sur l’enveloppe il fait comme ça «Welcome!». Le timbre sur l’enveloppe c’est absolument le truc le plus dégueulasse. Et donc il m’a appris réellement cette chose-là, qu’évidemment la parole c’est un tout. Et elle n’est pas simple, l’écriture est un tout, l’acte est un tout. Il n’est pas ou elle n’est pas simplement forte parce que l’idée qu’il a dit est belle, non, non, non. Et l’idée, et sa forme et son machin doit être une seule chose, doit être complètement une seule chose, pour qu‘évidemment on ne puisse pas séparer du gombo son gluant. Ce qui fait le gombo c’est son gluant. Il n’y a pas le gombo puis le gluant. Le gombo c’est le gluant, le gluant c’est le gombo. C’est une seule chose. C’est à cet endroit que ça l’est réellement, qu’évidemment il n’y a pas tricherie de sens. La chose qui parle ne peut pas se tromper. Elle ne peut pas être trompée par la forme, elle ne peut pas être trompée par l’entendement parce qu’elle est une seule chose. Elle est complètement une seule chose. Et donc cette forme de re-fabrication de langage n’a pas évidemment un orgueil d’avoir un bon langage, n’a pas un orgueil d’avoir un mauvais langage, ça n’a évidemment que la prétention de la recherche à être elle-même.

Delavallet Bidiefono   
J’ai rencontré Sony à Pointe Noire au début des années 1990. Il avait une maison à Pointe Noire je crois, il venait s’y soigner. Je faisais partie d’un groupe de musique qui s’appelait Racines. On connaissait Sony, on avait étudié à l’école ses lettres ouvertes au président français, c’était déjà quelqu’un de très important, on l’étudiait comme Victor Hugo à l’école! C’est le grand peintre et sculpteur de Pointe Noire Rémy Mongo Etsion qui nous a emmené un jour le rencontrer dans sa maison. On a écouté Sony nous parler et même si parfois on ne comprenait rien du tout, il parlait de l’eau, de la création… C’était très important pour lui l’eau, il nous en offrait à boire dès qu’on arrivait. C’est pour ça qu’il donnait ses interview au bord du fleuve. Il nous a même écrit un poème, sur un coin de table sur une feuille comme ça, et nous l’a donné pour qu’on le mette en rap. Mais on l’a pas fait ; c’est Jef qui a gardé le poème, je pense qu’il est perdu maintenant…

Criss Niangouna
Sony Labou Tansi, je ne l’ai pas rencontré. J’ai comme l’impression que cet homme m’attendait. Il fallait que je le croise, qu’il rentre et qu’il fasse partie de ma vie comme un membre à part entière de ma famille. Longtemps avant d’arriver au théâtre (vers mes 11 ans), mon parrain qui était journaliste et aussi un des seuls critiques de théâtre à Brazzaville, je cite Hubert Bernard Mayassi et qui était un ami de Sony, ma emmené à une répétition du Rocado Zulu. Ça se passait dans un bar. Ils répétaient « la peau cassée » si mes souvenirs sont bons. Là j’ai vu ce bout d’homme au milieu des comédiens qui l’entouraient. Il parlait sans arrêt, expliquait, dansait…Mon parrain me l’a présenté, je lui ai serré la main. J’ai ce jour assisté à ma première répétition de théâtre. C’était magique. Peut-être que ma passion pour le théâtre est née de façon implicite ce jour-là? Allez savoir? Depuis Sony ne m’a plus quitté. Car plus tard quand je suis arrivé au théâtre, je n’ai eu cesse de le croiser et le recroiser, par la lecture de ses œuvres, par les spectacles, les discussions entre amis du théâtre….Vous voyez bien que ce grand homme, m’accompagne depuis longtemps. Et aujourd’hui encore, je tourne une pièce qui lui rend hommage Sony Congo, ou la chouette petite vie bien osée de SLT. Un texte pensé et écrit par Bernard Magnier, l’un de ses meilleurs amis.

Et vous? racontez votre rencontre avec Sony dans les commentaires