Le festival Mantsina est sur TV5 Monde!

Chronique de Marie-Julie Chalu d’Africultures sur l’édition 2018 du festival, avec un coup de coeur particulier pour le spectacle We call it love de Felwine Sarr, dramaturgie de Carole Karemera, mise en scène de Denis Mpunga avec Ishyo Arts Centre
Lieu : Espace Mantsina (Matour)
Dimanche 16 décembre à 20 heures!

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Le Festival est à l’honneur sur RFI!

Emission à réécouter en ligne: http://m.rfi.fr/emission/20181209-agenda-culture-9-15-decembre-2018

Où sortir cette semaine ? Une nouvelle édition du festival de théâtre Mantsina sur Scène s’ouvre demain à Brazzaville. Agenda culturel avec Anne Bocandé d’Africulture.

« La bonne dose de vaillance et d’intrépidité des uns et des autres a fait prendre racine au festival Mantsina sur Scène, dans une sphère peu propice à l’éveil artistique et où la culture ne suscite aucun éveil de la part des pouvoirs publics. »

C’est par ces mots, exprimant toute la difficulté, en l’absence de structuration de la scène culturelle, et de moyens publics pour faire vivre un festival au Congo Brazzaville, que Sylvie Dyclo-Pomos, directrice artistique, introduit la 15e édition de Mantsina Sur Scène. Un festival créé en 2003, de la volonté de cinq hommes de théâtre, dont le dramaturge Dieudonné Niangouna.

Pendant dix jours, artistes et compagnies de théâtre se retrouveront autour de la thématique « L’enracinement de l’art et son envol ». Au programme, du théâtre bien sûr, chaque jour. Notons la représentation de We call it love. L’histoire se passe au Rwanda au lendemain du génocide, une histoire d’amour, une histoire de pardon. Un texte écrit par l’auteur Felwine Sarr, mis en scène par Denis Mpunga et joué par Carole Karemera.

Des lectures également. Je vous invite à écouter, vendredi, la langue poétique, une écriture parfois slamée, de l’artiste Van Olsen Dombo dans son texte Les hauts-parleurs du remord, lu par Hervé Massamba.

Zora Snake et les « Dialogues des corps »

Mantsina sur Scène c’est aussi, dans près d’une dizaine de lieux, des projections, des débats, une exposition de peintures aux Ateliers Sahm, et de la danse, avec la présence, par exemple, de la compagnie camerounaise Zora Snake.

Après Brazzaville, la compagnie sera à Ouagadougou, pour les rencontres chorégraphiques de la capitale burkinabé, « Dialogues des corps », avec leur spectacle Transfrontalier, qui entre pleinement dans la thématique de cette 12e édition de « Dialogues des corps » : « territoires et imaginaires ». Elle débute samedi prochain, nous y reviendrons plus en détail la semaine prochaine. Un événement lancé à la fin des années 2000 par les danseurs et chorégraphes Seydou Boro et Salia Sanou, qui est devenu l’un des festivals de référence en danse, en Afrique de l’Ouest.

De l’art contemporain à Dakar pour une nouvelle édition de Part’cours.

Septième édition de cette balade suggérée dans les quartiers de Dakar par ses espaces culturels et galeries d’art. À l’espace culturel Keur Massar ce dimanche soir, vernissage d’une exposition photo et peinture consacrée à la place des cauris dans l’art contemporain.

Peinture aussi, cette fois en centre-ville, dans la première galerie ouverte au Sénégal, la galerie Antenna, qui expose les œuvres de Tairou Bodian, réuni sous le titre « La danse des couleurs ».

« Lettre de loin, réponse de l’intérieur », une exposition originale proposée, elle, par le Laboratoire Agit’art autour de l’histoire du premier journal satirique du Sénégal, Le Politicien, fondé par Mam Less dans les années 1970. Pour n’en citer qu’une dernière pour aujourd’hui : A la Villa des arts, dans ses jardins privés, des photographes sont réunis pour poser leurs regards sur la ville. En tout et pour tout plus d’une vingtaine d’espaces culturels, qui, jusqu’à samedi prochain vous accueillent dans le cadre de Part’cours.

Première édition d’un événement cinéma à Dakar

Première édition d’un festival, porté notamment par l’association Cinemarekk, valorisant exclusivement les courts métrages. À partir de demain et jusqu’à samedi prochain, le festival sera rythmé par des ateliers professionnels à destination de jeunes auteurs de courts-métrages, et des diffusions de films bien sûr.

Seront notamment présentés les quatre courts-métrages du programme itinérant « Quartiers lointains », créé par la journaliste Claire Diao. Pour cette 5e édition, quatre films interrogent intimement la thématique de l’image de soi.

Et puis Dakar court c’est aussi une compétition de films. 14 films présélectionnés pour 4 prix décernés par le festival. Parmi eux, le court-métrage du rappeur belge Baloji, Kaniama Show. Kaniama qui est une rue à Lubumbashi en République démocratique du Congo, où l’artiste est né. C’est aussi le nom de son dernier album 137 rue Kaniama.

Mantsina #13: « L’Engagement au coeur de la création » 10>20 déc. 2016 à Brazzaville

Prenez date! La 13e édition du festival Mantsina sur scène, sous la direction de Sylvie Dyclo-Pomos, se tiendra à Brazzaville du 10 au 20 décembre prochain et aura pour devise:

L’Engagement au coeur de la création.

L’affiche, le programme, les lieux et les artistes invités seront diffusés très bientôt, restez connectés…

Discours de clôture de Sylvie Dyclo Pomos
Sylvie Dyclo Pomos – Mantsina 2015

« Sur la route de Sony », un spectacle déambulatoire de Papythio Matoudidi

Dans les rues de Brazzaville.
Vous ne nous trouverez plus au Cercle qui ne porte de Sony que le nom, ni au CFRAD.
Nous sommes à Brazzaville dans la rue!
Photos Ulrich N’Toyo

Prière de regarder la bête dans les yeux: créer au Congo aujourd’hui.

Comment dire? Bordel.
Comment dire sans déraper sur de la bouillasse, hein?
Comment je dis, moi,  ce «créer au Congo aujourd’hui».
Comment je le dis.
Comment dire, sans «catiser», prendre des raccourcis?
Comment dire sans se retrouver la gueule dans un trou. Les routes sont pleines de nids de poule à Brazza, et ça caquette à ras le tarmac des constitutions bâtardes pour que s’écorchent une fois encore les jambes qui battent le Plateau et les poings levés. Alors comment dire? Comment puisqu’ils écorchent et amoindrissent?
Malgré la réduction des membres, l’obstruction et l’entrave, malgré…
Depuis des temps, qui ne se racontent pas en saisons, toujours eu au moins un sans-jambe ou un sans-bras bardé de convictions pour se hisser, porter ses compagnons en-dehors de la fange et regarder la bête dans les yeux. Toujours eu.
Alors comment dire ces évidences non tracées? Car ils sont troués et ils suintent les chemins à fatiguer.
Comment dire?
Sans parler de Celui qui découpe puis assaisonne aidé par ses apprentis, ses aide-cuisiniers? Celui qui fout du pili pili dans la plaie pour que se réinfecte la douleur d’hier. Comment ne pas l’évoquer Celui-là qui saisonne?  Celui-là qui récolte dans ce temps qui n’en finit pas, sans alternance possible.
Une saison qui s’étend sur plus de 30 ans, rarement vu ça. Rarement. Tu imagines la récolte? Et ça,
Et ça,
Et ça pleut et ça dégorge et ça fait danser les Rapides. Et ça noie les aujourd’hui car pas de caniveau pas de conduit, pas de rigole, Rien.
Rien pour évacuer les eaux usagées et putrides qui contaminent l’air de culture de «bas-canal» dans laquelle l’homme est résumé à être le baudet qui patauge dans la merde tout en portant sur le dos les escroqueries de Celui-là. Ses larcins, ses rapines, ses détournements, ses cambriolages, ses pillages qui font surgir les stades et les ponts suspendus, les dédicaces dithyrambiques à la sauce dombolo, à la mayonnaise franchouillarde. Et pour oindre la blague : Brazza la verdâtre, la gueule paludéenne, est édifiée ville créatrice. Et au baudet la tourbe, la vase et le limon.
Pendant ce temps dans les robinets y’a pas d’eau et danse le fleuve Congo.
Comment dire
Ça.
Ce tout «ça-là» qui ne se relate pas évidemment en deux, trois respirations sur une page.
Comment dire, hein?

Comment ils disent, eux, ces artistes congolais, comment ils disent?

Si ce n’est en mots ou en gestes défendus, à corps perdu jusqu’à se déserter le sommeil, s’oublier l’appétit, se broyer les phalanges, se crevasser les pieds.
Comment ils disent?
Et comment les dire eux:  lui qui délie (Dieudonné Niangouna), elle qui dézingue le connu (Sylvie Dyclo Pomos) lui qui dévale la vallée (Delavallet Bidiefono), lui qui abonde les mots (Abdon Fortuné Koumbha), lui qui débusque les tristes augures par le rire (Ulrich N’Toyo), lui qui harangue les demains (Harvey Massamba), lui qui décape le cliché (Rufin Mbou Mikima), lui qui fait raisonner sa terre (Acramo), lui qui poétise l’inapaisé (Keyser), lui qui donne du mauvais garçon aux histoires les moins drôles (Criss Niangouna), elle qui dégoupille le bien pensé et le bien-pensant (Bill Kouélany), lui qui « jazz » sans répit  les cent fois dansés et les inventés (Armel Malonga), eux qui scénographient, illuminent, sonorisent en partant de presque rien (Papythio Matoudidi et les Courageux), lui qui piétine le vide pour lui offrir l’odeur de ses godasses en chemin (Florent Mahoucou), lui qui est arrivé hier mais qui a déjà la gueule haute (Vhan Dombo) et tous les autres? Comment les dire?
Peut-être les raconter par
Les yeux de Ludo.
Peut-être.
Les yeux de Ludo dans la première scène du Socle des Vertiges [1] de Dieudonné Niangouna.
Les yeux de Ludo qui se posent, là, dans les tiens. Sans préambule, sans commentaire, comme tout juste sortis du vagin de sa mère, les yeux de Ludo dans les tiens, neufs pour toi.
Balayant à coup de cils le reflet humide de ta dernière dichotomie et l’esquisse d’une intention prochaine.
Balayant tout, se rendant neuf, te rendant neuf, le regard lavé à coup de cils, dans l’ici et maintenant.
Réinventant.
Les yeux de Ludo et puis sa bouche l’instant d’après,
Sa bouche pleine d’argile et d’empêchements.
Sa bouche
Qui articule
En se battant contre la boue et les obstacles,
Tout contre
En résistant
Pour se faire entendre.
Pour tendre vers.
Les pieds campés dans son «je» et la bouche tendue.
Tels les danseurs de Delavallet dans cet instant-là, dans Au-delà où ils articulent gueule bien ouverte avec urgence et tout en souffle, tel Armel, bassiste, sur le même plateau qui repousse à plus tard le silence, l’inertie. Ils lui ont coupé le son mais se jouent avec acharnement les dernières vibrations. Elles se jouent et se disent les ripostes présentes et prochaines, se continue la vie, son battement, sa respiration qu’on ne tait pas si facilement.
Fermez-leur la gueule à ces artistes, essayez, allez-y.
Fermez-leur la gueule, ils ne seront pas en rade, jamais en déficit d’articuler à flot tendu, en rasade les réels qui dévalent leur bide.

Fermez-leur la gueule, qu’importe, ils en ont une de rechange.

Comme me disait Abdon Fortuné Koumbha: «créer au Congo: c’est affirmer son existence, c’est subventionner soi-même des possibles, c’est transmettre (initier, former, professionnaliser) pour que l’art survive».
Créer au Congo aujourd’hui:
C’est poursuivre le Festival international Mantsina sur scène sans un sou mais avec plus d’une obsession en poche
C’est façonner Baning’Art un lieu indépendant dédié à la création artistique au Congo
C’est travailler à la formation de jeunes comédiens depuis 3 ans et avoir le projet imminent de construire une école,
C’est ouvrir son espace aux artistes tels que le font Gladys et Armel Malonga, tel que l’ont fait des années durant Abdon et les autres à l’espace Tiné,
C’est développer un festival de conte à Dolisie après l’avoir maintenu durant plus de 9 ans à Brazzaville,
C’est former un groupe de percussionnistes comme le fait Acramo avec son Musée d’Art
Et c’est sans doute bien d’autres initiatives encore qui me sont inconnues,
C’est rassembler son savoir, et ses doutes, ses trois sous gagnés en tournée ou arrachés à une fondation, un organisme ou une institution, c’est convoquer l’engagement, c’est faire circuler et accueillir les œuvres,
C’est écrire dans les recoins d’une parcelle au rythme des pannes de courant, c’est faire ses gammes et ses échauffements sous le soleil, c’est déjouer le temps et les impossibles les jours de disette, c’est bouffer sa peur et faire baver sa rage, tout en aimant encore et toujours l’animal qui fait l’homme, celui qui n’a pas honte de se mettre à nu pour que se raconte le poème, pas la fiction mais le réel de l’artiste.
C’est s’accrocher au «pivinisme» de José Pivin relaté par Sony Labou Tansi dans sa préface de La Gueule de rechange [2] : «Le “pivinisme“ qui consiste à être là, et tellement là que l’univers se voit forcé de vous rendre des comptes ; et des vrais comptes. Il consiste aussi à être non pas forcément vertueux, mais propre jusqu’à la fierté, propre par orgueil, propre jusqu’à comprendre qu’on ne mordra jamais un chien sur prétexte qu’il a commencé.»
C’est construire un foisonnement de vie au beau milieu de son apocalypse.
C’est résister.

Les Bruits de Mantsina #1 couv
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Laetitia Ajanohun
Article paru dans le #1 des Bruits de Mantsina

1- Ludovic Louppé. Le titre «Prière de regarder la bête dans les yeux» est une citation prise dans Le Socle des Vertiges de Dieudonné Niangouna (Les Solitaires intempestifs, 2011)
2- Sony Labou Tansi, La Chair et l’Idée (Les Solitaires intempestifs, 2015)