Mantsina #13: « L’Engagement au coeur de la création » 10>20 déc. 2016 à Brazzaville

Prenez date! La 13e édition du festival Mantsina sur scène, sous la direction de Sylvie Dyclo-Pomos, se tiendra à Brazzaville du 10 au 20 décembre prochain et aura pour devise:

L’Engagement au coeur de la création.

L’affiche, le programme, les lieux et les artistes invités seront diffusés très bientôt, restez connectés…

Discours de clôture de Sylvie Dyclo Pomos
Sylvie Dyclo Pomos – Mantsina 2015
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Sur la route de Sony… le spectacle déambulatoire de Papythio Matoudidi en vidéos

 

Performance ambulatoire du marché Bourreau à la maison de Sony Labou Tansi en passant par l’espace Mantsina (Makélékélé), le 20 décembre 2015 à Brazzaville.

« Sur la route de Sony », un spectacle déambulatoire de Papythio Matoudidi

Dans les rues de Brazzaville.
Vous ne nous trouverez plus au Cercle qui ne porte de Sony que le nom, ni au CFRAD.
Nous sommes à Brazzaville dans la rue!
Photos Ulrich N’Toyo

Prière de regarder la bête dans les yeux: créer au Congo aujourd’hui.

Comment dire? Bordel.
Comment dire sans déraper sur de la bouillasse, hein?
Comment je dis, moi,  ce «créer au Congo aujourd’hui».
Comment je le dis.
Comment dire, sans «catiser», prendre des raccourcis?
Comment dire sans se retrouver la gueule dans un trou. Les routes sont pleines de nids de poule à Brazza, et ça caquette à ras le tarmac des constitutions bâtardes pour que s’écorchent une fois encore les jambes qui battent le Plateau et les poings levés. Alors comment dire? Comment puisqu’ils écorchent et amoindrissent?
Malgré la réduction des membres, l’obstruction et l’entrave, malgré…
Depuis des temps, qui ne se racontent pas en saisons, toujours eu au moins un sans-jambe ou un sans-bras bardé de convictions pour se hisser, porter ses compagnons en-dehors de la fange et regarder la bête dans les yeux. Toujours eu.
Alors comment dire ces évidences non tracées? Car ils sont troués et ils suintent les chemins à fatiguer.
Comment dire?
Sans parler de Celui qui découpe puis assaisonne aidé par ses apprentis, ses aide-cuisiniers? Celui qui fout du pili pili dans la plaie pour que se réinfecte la douleur d’hier. Comment ne pas l’évoquer Celui-là qui saisonne?  Celui-là qui récolte dans ce temps qui n’en finit pas, sans alternance possible.
Une saison qui s’étend sur plus de 30 ans, rarement vu ça. Rarement. Tu imagines la récolte? Et ça,
Et ça,
Et ça pleut et ça dégorge et ça fait danser les Rapides. Et ça noie les aujourd’hui car pas de caniveau pas de conduit, pas de rigole, Rien.
Rien pour évacuer les eaux usagées et putrides qui contaminent l’air de culture de «bas-canal» dans laquelle l’homme est résumé à être le baudet qui patauge dans la merde tout en portant sur le dos les escroqueries de Celui-là. Ses larcins, ses rapines, ses détournements, ses cambriolages, ses pillages qui font surgir les stades et les ponts suspendus, les dédicaces dithyrambiques à la sauce dombolo, à la mayonnaise franchouillarde. Et pour oindre la blague : Brazza la verdâtre, la gueule paludéenne, est édifiée ville créatrice. Et au baudet la tourbe, la vase et le limon.
Pendant ce temps dans les robinets y’a pas d’eau et danse le fleuve Congo.
Comment dire
Ça.
Ce tout «ça-là» qui ne se relate pas évidemment en deux, trois respirations sur une page.
Comment dire, hein?

Comment ils disent, eux, ces artistes congolais, comment ils disent?

Si ce n’est en mots ou en gestes défendus, à corps perdu jusqu’à se déserter le sommeil, s’oublier l’appétit, se broyer les phalanges, se crevasser les pieds.
Comment ils disent?
Et comment les dire eux:  lui qui délie (Dieudonné Niangouna), elle qui dézingue le connu (Sylvie Dyclo Pomos) lui qui dévale la vallée (Delavallet Bidiefono), lui qui abonde les mots (Abdon Fortuné Koumbha), lui qui débusque les tristes augures par le rire (Ulrich N’Toyo), lui qui harangue les demains (Harvey Massamba), lui qui décape le cliché (Rufin Mbou Mikima), lui qui fait raisonner sa terre (Acramo), lui qui poétise l’inapaisé (Keyser), lui qui donne du mauvais garçon aux histoires les moins drôles (Criss Niangouna), elle qui dégoupille le bien pensé et le bien-pensant (Bill Kouélany), lui qui « jazz » sans répit  les cent fois dansés et les inventés (Armel Malonga), eux qui scénographient, illuminent, sonorisent en partant de presque rien (Papythio Matoudidi et les Courageux), lui qui piétine le vide pour lui offrir l’odeur de ses godasses en chemin (Florent Mahoucou), lui qui est arrivé hier mais qui a déjà la gueule haute (Vhan Dombo) et tous les autres? Comment les dire?
Peut-être les raconter par
Les yeux de Ludo.
Peut-être.
Les yeux de Ludo dans la première scène du Socle des Vertiges [1] de Dieudonné Niangouna.
Les yeux de Ludo qui se posent, là, dans les tiens. Sans préambule, sans commentaire, comme tout juste sortis du vagin de sa mère, les yeux de Ludo dans les tiens, neufs pour toi.
Balayant à coup de cils le reflet humide de ta dernière dichotomie et l’esquisse d’une intention prochaine.
Balayant tout, se rendant neuf, te rendant neuf, le regard lavé à coup de cils, dans l’ici et maintenant.
Réinventant.
Les yeux de Ludo et puis sa bouche l’instant d’après,
Sa bouche pleine d’argile et d’empêchements.
Sa bouche
Qui articule
En se battant contre la boue et les obstacles,
Tout contre
En résistant
Pour se faire entendre.
Pour tendre vers.
Les pieds campés dans son «je» et la bouche tendue.
Tels les danseurs de Delavallet dans cet instant-là, dans Au-delà où ils articulent gueule bien ouverte avec urgence et tout en souffle, tel Armel, bassiste, sur le même plateau qui repousse à plus tard le silence, l’inertie. Ils lui ont coupé le son mais se jouent avec acharnement les dernières vibrations. Elles se jouent et se disent les ripostes présentes et prochaines, se continue la vie, son battement, sa respiration qu’on ne tait pas si facilement.
Fermez-leur la gueule à ces artistes, essayez, allez-y.
Fermez-leur la gueule, ils ne seront pas en rade, jamais en déficit d’articuler à flot tendu, en rasade les réels qui dévalent leur bide.

Fermez-leur la gueule, qu’importe, ils en ont une de rechange.

Comme me disait Abdon Fortuné Koumbha: «créer au Congo: c’est affirmer son existence, c’est subventionner soi-même des possibles, c’est transmettre (initier, former, professionnaliser) pour que l’art survive».
Créer au Congo aujourd’hui:
C’est poursuivre le Festival international Mantsina sur scène sans un sou mais avec plus d’une obsession en poche
C’est façonner Baning’Art un lieu indépendant dédié à la création artistique au Congo
C’est travailler à la formation de jeunes comédiens depuis 3 ans et avoir le projet imminent de construire une école,
C’est ouvrir son espace aux artistes tels que le font Gladys et Armel Malonga, tel que l’ont fait des années durant Abdon et les autres à l’espace Tiné,
C’est développer un festival de conte à Dolisie après l’avoir maintenu durant plus de 9 ans à Brazzaville,
C’est former un groupe de percussionnistes comme le fait Acramo avec son Musée d’Art
Et c’est sans doute bien d’autres initiatives encore qui me sont inconnues,
C’est rassembler son savoir, et ses doutes, ses trois sous gagnés en tournée ou arrachés à une fondation, un organisme ou une institution, c’est convoquer l’engagement, c’est faire circuler et accueillir les œuvres,
C’est écrire dans les recoins d’une parcelle au rythme des pannes de courant, c’est faire ses gammes et ses échauffements sous le soleil, c’est déjouer le temps et les impossibles les jours de disette, c’est bouffer sa peur et faire baver sa rage, tout en aimant encore et toujours l’animal qui fait l’homme, celui qui n’a pas honte de se mettre à nu pour que se raconte le poème, pas la fiction mais le réel de l’artiste.
C’est s’accrocher au «pivinisme» de José Pivin relaté par Sony Labou Tansi dans sa préface de La Gueule de rechange [2] : «Le “pivinisme“ qui consiste à être là, et tellement là que l’univers se voit forcé de vous rendre des comptes ; et des vrais comptes. Il consiste aussi à être non pas forcément vertueux, mais propre jusqu’à la fierté, propre par orgueil, propre jusqu’à comprendre qu’on ne mordra jamais un chien sur prétexte qu’il a commencé.»
C’est construire un foisonnement de vie au beau milieu de son apocalypse.
C’est résister.

Les Bruits de Mantsina #1 couv
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Laetitia Ajanohun
Article paru dans le #1 des Bruits de Mantsina

1- Ludovic Louppé. Le titre «Prière de regarder la bête dans les yeux» est une citation prise dans Le Socle des Vertiges de Dieudonné Niangouna (Les Solitaires intempestifs, 2011)
2- Sony Labou Tansi, La Chair et l’Idée (Les Solitaires intempestifs, 2015)

Quelle a été votre rencontre avec Sony Labou Tansi?

Témoignages recueillis par l’équipe du journal Les Bruits de Mantsina.

Vhan Dombo
Il y a ma mère connaissant mon projet de devenir un écrivain, qui ne cessait de ma charrier en disant « Wena kou wa ba mora Sony Laboutansi ? Yandi weri ko fuishi bantu nsoni; » c’est-à-dire que « Tu veux être comme Sony Laboutansi? Celui qui foutait la honte au pays! » Et là voilà me racontant les scènes de mise en terre du grand écrivain et de sa femme. Mais ma mère me parlait de Sony Laboutansi comme on raconte une histoire au village. Il n’y avait aucune citation bibliographique ni des allusions à la vie littéraire de l’écrivain. Et tout en reconnaissant la grandeur de l’homme qui a su dompter la langue française, qui était vu comme un animal féroce et qui a su ouvrir une fenêtre de la culture Kongo au monde littéraire. Ma mère me parlait souvent de Sony Laboutansi à chaque fois que j’avais une touffe de cheveux sur la tête. A chaque fois que je m’habillais grotesquement. Et c’était parti pour des épopées de l’écrivain qui était parfois d’apparence négligée. «Ce qui foutait la honte au pays» comme le disait ma mère. Mais je tenais mordicus à mon projet d’écrivain peu importe les taquineries de ma mère qui me voulait plutôt avocat ou quelque chose de ce genre. Alors je me suis lancé dans une démarche de recherche approfondie sur l’écrivain Sony Laboutansi. Je suis tombé sur des témoignages de lui fait par des artistes, des professeurs, des écrivains dont le défunt Léopold Pindy Mamansono. Des témoignages littéraires, des témoignages qui me parlait de l’homme, du professeur d’Anglais et aussi du politique. Mais dans ces dires, il y avait comme une pièce du puzzle qui me manquait. C’est ainsi que je fus dévoré de l’intérieur par la puissance de l’écriture avec des extraits de ses textes poétiques, romanesques et dramaturgiques. D’extraits en extraits, voilà que j’eus sur mes mains  » La Vie et demie « , ma première rencontre d’amour avec l’écrivain Sony Laboutansi. Ainsi pénétrais-je dans l’intérieur même de l’écrivain qui n’avait rien à avoir avec cette apparence dont me parlait ma mère. Je découvris alors L’HOMME, le PÈRE DE NOS RÊVES.

Harvey Massamba   
J’ai rencontré Sony à travers sa pièce Antoine m’a vendu son destin à l’époque j’étais au lycée en classe de seconde C. Des camarades du Lycée venaient de créer un club artistique au sein du lycée et une amie de classe est allée y inscrire mon nom. Afin de ne pas la faire passer pour rigolote, j’y suis allé, juste pour marquer ma présence une fois et me barrer. C’était sans compter avec la présence de Sony. Dès je suis arrivé, nous avons commencé la lecture de la pièce et là tout de suite j’ai compris que je devais faire ce métier. Je ne l’ai rencontré physiquement que quelques mois avant son départ. Le plus grand souvenir que je garde, c’est le moment où nous jeunes du Rocado arrivé après le maitre, nous le portions en terre. C’est comme s’il me léguait une mission. Mais laquelle?

Abdon Fortuné Koumbha     
Ma rencontre avec Sony se fit le 13 mars 1991, je venais de jouer la pièce Mafou Mafou avec une troupe professionnelle au lycée de la libération sous la direction de Tsati Tsatou (membre du Roccado) et Sony était parmi les spectateurs. Après la représentation, il est venu nous féliciter dans les coulisses et alors que c’est moi qui venais de jouer, je lui ai demandé s’il voulait bien me signer un autographe. Ce qu’il a fait avec une élégante simplicité. J’ai été touché par son humilité.

Jean-Paul Delore 
C’est bien de venir après Sony, mais c’est fatigant. En 1996, travaillant à Brazzaville pour la première fois, je ne connaissais rien de lui. Les jeunes comédiens avaient envie de passer à autre chose. Les plus anciens portaient le deuil. Et pourtant tout, dans la ville, «puait» Sony ; je voyais la ville, des endroits, des gens, des façons de vivre et de parler le théâtre en même temps que je découvrais ses poèmes, ses pièces, ses lettres, et je me disais: mais comment un seul homme a-t-il pu avaler une ville entière, un pays, le monde et le recracher ainsi? Mauvaise question. Et lui, pendant ce temps, à l’aise, il dit «écrire pour forcer le monde à venir au monde». D’accord, bonne réponse, mais après? Au théâtre pour jouer du «Sony», il faut peut-être accepter des choses que l’on n’apprend pas dans les écoles d’art dramatique. Jouer la gourmandise (celle que partagent les ogres et les enfants) du mot avant le sens; accepter le flux, la pulsation sans pour autant s’installer dans la chose… car avec lui ce n’est pas le sens ou le style, les mots ou la langue, etc.; c’est et partout; à prendre ou à prendre. Alors, normal qu’il entre avec peine dans les programmes scolaires au Congo ou en France puisqu’il écrivait aussi pour changer tout ça. Quand tu arrives dans un endroit où tu n’es pas invité, c’est l’endroit qui doit changer… (Extraits de « Sony fait chier », La Chair et l’Idée.)

Étienne Minoungou   
Je rencontre l’œuvre de Sony Labou Tansi au début des années 1990 quand j’intègre le Théâtre de la Fraternité de Jean-Pierre Guingané. Il nous parlait de leur rencontre à Limoges, de l’homme comme étant son ami, de son écriture, de son combat et c’est à partir de là que Sony est rentré dans notre vie artistique. Jean-Pierre nous a fait jouer La Parenthèse de sang. Plus tard, j’ai monté Antoine m’a vendu son destin avec des étudiants de l’université de Ouagadougou pour un festival des clubs UNESCO à Lomé en 1996. C’était ma première mise en scène et je ramène au sein de la troupe du Théâtre de la Fraternité la majorité de la distribution qui avait décidé désormais de faire du théâtre parce que l’expérience de Antoine m’a vendu son destin, le contact avec Sony Labou Tansi les avait inspirés. C’est la deuxième étape puis après évidemment, j’ai essayé de lire tout ce qui paraissait ,ses romans surtout. Mais je crois que c’est Dieudonné Niangouna qui m’a fait revenir à Sony Labou Tansi. Quand est apparu Dieudonné Niangouna, il y avait une telle parenté avec Sony mais aussi une telle corrélation entre moi, fils de Jean-Pierre Guingané, et lui, prétendu fils de Sony Labou Tansi, que cette anecdote de l’amitié nous reliait géographiquement, amicalement et artistiquement. À partir de Dieudonné Niangouna, à travers tous ses textes dont M’Appelle Mohamed Ali, je redécouvre Sony Labou Tansi de nouveau. (plus dans cet entretien).

Rufin Mbou Mikima 
Je n’avais jamais lu un texte de Sony avant de commencer mes études universitaires à Brazza. Mais déjà tout petit et au collège surtout lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, pour justifier sur certaine liberté qu’on pouvait se prendre sur la langue française, on citait Sony. Je ne sais s’il l’avait vraiment dit avec ces mots mais, en tant que jeunes poètes « en herbe », on se réclamait de ceux qui voulaient « tordre le cou à la langue française ». Puis à l’Université, j’ai eu la chance d’aller dans même école qu’avait fréquentée Sony et de faire le même métier que lui: celui d’enseignent. J’ai commencé alors à découvrir son écriture et ses personnages. J’avais d’ailleurs choisis pour mon mémoire de CAPES le thème suivant: « La folie chez Sony Labou Tansi: personnages et écriture ». Puis j’ai dû l’abandonner. Sony était trop grand pour moi à l’époque.

Kouam Tawa 
Sony Lab’ou Tansi est venu à moi sous la forme d’une nouvelle: Lèse-majesté primée lors du 6e Concours de la Meilleure Nouvelle de Langue Française organisé par l’Agence de Coopération Culturelle et Technique et Radio France Internationale. Je me souviens que cette phrase avait sonné juste sous mes yeux de jeune lecteur: « L’enfer: l’enfer c’est nous! »

Cleo Konongo et Papythio Matoudidi
Cleo Konongo et Papythio Matoudidi

Papythio Matoudidi   
Ma rencontre avec Sony s’est faite à travers le théâtre, et ma rencontre avec le théâtre à travers Dieudonné Niangouna et Ludovic Louppé. Je connaissais Sony gamin, mais je n’étais pas dans mon pays… En Centrafrique (Bangui) il y avait une émission à la TV que j’aimais bien regarder «Afrique Tropicale». Il y avait une rubrique «art en Afrique». Je regardais, on y parlait beaucoup de Sony qui était auteur congolais. Et puis c’est Dieudonné qui me l’a ensuite fait découvrir à travers la lecture de ses livres, de ses romans. A la TV j’avais compris que c’était un révolutionnaire, un révolutionnaire dans l’art. Qui faisait une valeur du théâtre, soi-disant du théâtre africain. Chez mon oncle on regardait le théâtre chaque Jeudi soir. Quand j’entendais parler du théâtre c’était pour moi les 3 coups au théâtre, regarder une pièce à la TV. Ça me parlait beaucoup, ça me donnait beaucoup, ça me plaisait bien de regarder ce qu’il faisait, on entendait parler de ses tournées quand il allait jouer à Limoges au festival des Francophonies. Je regardais ça la TV ça me plaisait, on montrait aussi des images du cercle Sony Labou Tansi et des séquences de répétitions du Rocado Zulu Théâtre. J’ai grandi aussi en face du cercle Sony Labou Tansi dans le quartier La Glacière, du coup on allait souvent voir les journées de répétitions, des pièces de théâtre à l’époque des festivals inter-écoles. Je suis parti au Centrafrique après. En voyant cette émission qui parlait de Sony, on revoyait ses images là de ce qu’il faisait en Europe, de ses tournées, de sa compagnie… et ça me faisait rêver. C’était un auteur, un metteur en scène, on parlait de ses pièces de théâtre on montrait des image à la TV, dans ce documentaire. J’ai commencé à le connaître à travers de Dieudonné, qui me parlait de lui. J’étais tombé sur un vieux journal, un « Jeune Afrique », on y a beaucoup parlé de Sony aussi. Comme mon oncle achetait chaque Dimanche des journaux, je suivais son itinéraire dans les journaux. A l’époque où j’habitais en face du Cercle, je ne peux pas dire que c’était le Rocado Zulu Théâtre, j’allais suivre des répétitions de groupe mais il n’y avait pas Sony. Le lieu ne s’appelait pas encore le Cercle Sony, mais il y avait déjà du théâtre, il y avait des gens qui répétaient. Même dans les écoles à la fin de l’année la direction faisait venir des troupes de jeune théâtre. Je me rappelle à l’époque on payait 200 pour voir la pièce pour payer les transports et tout ça… Ma vraie rencontre avec Sony comme je l’ai dit, c’est après, à travers Dieudonné. Il a commencé à me parler de cette écriture que je trouve très importante pour nous actuellement, de notre situation, de nos quotidiens, de ce qui se passe dans nos pays africains, des moments de questionnement, de ce qu’il faut dire… se libérer de ses frustrations en fait. Quand je découvre aujourd’hui, je me dis qu’il prophétisait. Ces poésies c’est comme de la prophétie. C’est vraiment « la parole de l’homme dans l’être », mais dans l’écriture. Sur le sens de nos vies, de l’humanité, de l’espèce humaine. La bêtise humaine nous fait réfléchir. Comment va se transmettre, comment avoir état de cette écriture ? Je me suis mis à beaucoup lire de la poésie, je découvre que c’est la parole qui est la mienne, qui fait ma valeur, qui fait ma force, mon être, ma façon de penser, et du coup, ça me donne un sens, dans le quotidien, dans la question de l’homme pour l’homme. C’est le combat de l’homme pour l’homme. Pour être dans cet état d’humanisme, d’être plein de frustrations, de conscience, de vouloir être, être, de devenir aussi. On a besoin d’une parole comme ça qui donne un espoir. Chez nous l’espoir il est aussi dans la parole, la force de croire les choses que tu n’as pas encore touchées, pas encore vues, et tu as une parole qui te rassure, qui te donne l’espoir de vivre. L’envie de vivre. De se dire aussi, pourquoi pas, qu’il y ait aussi ce théâtre soi-disant africain (rires). Voilà. Et c’est important. Moi je vois ici aussi, les gens ici, je les rencontre. Et surtout cette urgence pour l’humain qui court. Des hommes, non je dirai pas l’humain… cette question des hommes, parce que l’humain c’est plus vaste c’est plus avec du cœur, plus avec des mots, de la parole, de la parole juste, de la parole de force, de la parole d’engagement, de se dire oui aussi on peut faire, de la parole de vouloir faire, de l’envie, juste d’exister comme il le dit. D’exister. J’aime la question qu’il pose «pourquoi avez vous peur d’entendre que j’existe?». C’est une vraie question qu’il pose à l’humanité. Le monde s’est fait aujourd’hui, que des classes, les gens ne sont que des classes, d’égoïsme. Il faut aussi qu’il y ait cette parole qu’on a donnée, elle peut être aussi pour les autres. C’est quelque chose que je trouve très juste, et comment Dieudonné me l’explique, comment il le fait vivre avec lui et parmi nous, comment il tient compte de cette écriture de cette parole qui vient de ce que nous sommes, de ce qu’on fait, du travail qu’on fait oui, pourquoi pas? Il faut qu’on existe, on ne peut qu’exister par nous –même sinon… Moi je n’aime pas trop les différences. Pour moi le monde il doit être tous ensemble, avoir l’envie d’être ensemble. Peu importe les nations, peu importe les nationalités, et là Sony, sa parole, elle porte ce pouvoir là, de donner vie.

Marcel Mankita  
D’abord, par le biais du spectacle Antoine m’a vendu son destin joué au CFRAD. En 1987, si je ne me trompe. Je venais (en même temps que je suivais des études de Droit) de commencer à faire du Théâtre comme comédien, sous la direction de Victor Louya, lui-même comédien de la troupe le Rocado Zulu Théâtre. Le souvenir de ce spectacle n’est jamais sorti de ma petite caboche! Je fus vraiment émerveillé par tout! La scénographie, les costumes, la prestation des comédiens, le texte… Ensuite, Victor Louya m’a emmené au Centre culturel français où se déroulaient les répétitions du Rocado Zulu Théâtre et, pendant quelques mois, j’ai participé –avec toute l’équipe de cette troupe – aux exercices d’échauffement. Ce qui m’a permis de rencontrer Sony de visu.

Dieudonné Niangouna   
Sony, je le rencontre parce que d’abord papa avait une bibliothèque à la maison, on est dans un endroit où il y a plein de livres donc tu lis, tu sors de la bibliothèque de ton père, après tu commences à chercher d’autres bouquins. Il y a d’autres auteurs que je voulais connaître, qui n’étaient pas dans la bibliothèque de mon père. Et donc tu lis un bout d’africain, un bout de X, un bout de Y… et puis bon, de toutes les façons son nom était déjà connu, donc je ne rencontre pas d’abord l’écriture de Sony avant ce qui l’a précédé. C’est que, nous on était gamins, son nom était connu au Congo, rien que le nom était connu. Donc le nom, comme beaucoup de gens connaissent le nom de Tchikaya U Tam’si, même s’ils ne l’ont pas encore lu, Sony c’est pareil, le nom existait. Donc tout d’abord tu sais très bien qu’il y a un nom qui existe qui s’appelle Sony Labou Tansi. Puis, famille intello, donc facilement tu apprends que ce mec là il a écrit des bouquins, il écrit des livres et qu’il dirige une troupe de théâtre. Donc c’est beaucoup plus quand je vais chercher d’autres bouquins que je ne trouvais pas dans la bibliothèque de mon père, donc je vais chercher chez les petits revendeurs, tu lis un bout d’africain, un bout de japonais, qu’évidemment par curiosité tu tombes aussi sur Sony ou tu lis aussi Sony. Donc c’est une rencontre qui ne vient pas du fait qu’il ne m’est pas tombé dessus, il était déjà né avant moi, il existait, sa célébrité l’avait précédé, et du coup comme je me suis amusé à lire donc facilement, d’une certaine manière j’allais croiser un bouquin de Sony entre mes mains. Mais après, ça, c’est pas si spécial que ça d’être tombé sur un bouquin de Sony, parce qu’on est nombreux à être tombés dans les bouquins de Sony, et après c’est pas ça forcément qui fait qu’une personne croit en l’écriture de Sony, ou qu’il ait une affection envers ce qu’il raconte, ou qu’il soit un adepte ou un élève de Sony. Là c’est beaucoup plus des questions très très personnelles, de ce que tu défends, ce que tu aimes défendre, que ce soit dans l’écriture, que ce soit dans la vision du monde.

Dieudonné Niangouna
Dieudonné Niangouna

Et moi je crois que ce qui m’intéressait quand je lisais des auteurs, depuis gamin même, depuis la bibliothèque de mon père, c’était deux choses toutes réunies. La première c’est la poésie d’un auteur, et la deuxième sa poétique. Ça a toujours été une chose comme ça qui m’a toujours intéressé. Un auteur qui disait des choses forcément intéressantes et qui n’avait pas pour moi une poésie de les dire ça ne m’intéressait pas vraiment. Par contre ce qu’ils disaient m’intéressait mais ce n’étaient pas des auteurs que je pouvais relire et relire et que je pouvais citer. Tout comme un auteur qui avait une belle langue, on pourrait le dire comme ça, ou qui aurait inventé la langue tout ce que tu veux, et qui n’a rien d’intéressant à raconter, ça ne m’intéressait pas non plus. Et donc du coup je crois que le choc s’opère quand évidemment je lis donc, la première oeuvre de Sony que je lis c’est La Parenthèse de sang. Je sais pas je devais avoir 10 ans ou 11 ans, je lis La Parenthèse de sang ben voilà, c’était complètement très très vrai. Très très vrai parce que il y avait sa poésie, sa relation avec la langue, sa relation avec la parole, et puis il y avait tout à fait l’autre chose, qui est le plus intéressant, ou les deux sont intéressantes, qui est évidemment ce qu’il était en train de dire, ce qu’il était en train de pointer du doigt, ce qu’il était en train d’indexer et comment il était en train de vouloir à tout prix refabriquer la vie. Il avait complètement une espèce de passion incroyable à vouloir refabriquer la vie, à vouloir ré-inventer la vie, il s’en foutait que ce soit comme ça, ce qui l’intéressait c’est ce que lui rêve de bien, ce que lui pense de bien à cet endroit là, que ce soit au niveau des idéaux, que ce soit au niveau de la vie simplement comme ça, que ce soit au niveau des conceptions des choses. C’est qu’à première vue j’ai vu quelqu’un qui se mettait à donner une autre valeur même à la nomination des choses, c’est à dire on pouvait s’arrêter à dire «ben tiens il a salué quelqu’un», mais lui ne s’arrêterait pas en disant que c’était quelqu’un. Il va ramener de la personnalité dans ce quelqu’un là, donc c’est comme si, oui, un truc comme ça assez gourmet, avec le sens qu’ont les mots, comme ils ont été tellement galvaudés, ils tellement été retournés tout ce que tu veux, si bien qu’ils sont rapidement devenus très très appauvris. Et donc du coup cette première relation c’est une espèce de fulgurance de redécouvrir les mots mais découvrir leur réel sens c’est à dire une espèce de valeur comme ça, qu’il donnait aux mots, une espèce d’identité, ça devenait comme des personnages, ça devenait comme des gueules les mots, parce que évidemment il les chargeait, il les remplissait de leur réelle mission. Donc du coup à partir de là, je lis Sony la première fois après quand j’essaie de lire autre chose, j’avais l’impression que l’autre là, pas que l’autre là ne savait pas écrire mais que les mots qu’il me disait là ce n’était pas les mots qu’il fallait pour qu’ils soient à leur place quoi. Donc du coup, c’est une rencontre assez forte comme ça, qui du coup rapidement va m’emmener à continuer à fouiller du Sony. Dans Brazzaville ça n’était pas facile d’en trouver même s’il était publié, même s’il avait une troupe de théâtre, trouver les bouquins de Sony c’était pas facile à l’époque. Jusqu’à maintenant c’est toujours pas facile au Congo. Il n’y en avait pas donc tu vas demander qui en a, quel grand l’a, quel étudiant, quel professeur l’a. Des fois par hasard, tu peux en trouver chez le petit revendeur, pas parce que il y en a beaucoup mais parce que quelqu’un avait faim il avait un bouquin chez lui il ne savait pas quelle importance ça a, il est parti au petit revendeur il a dit «Grand, donne moi 200 et je te vends un livre». Et toi tu passes là par hasard, ce jour là, tu le vois tu fais «ah», tu l’achètes. Donc là rapidement comme ça je me suis mis à chasser du Sony partout et à trouver et donc à 12 ans je vais lire L’État honteux. Là c’était une vraie vraie claque, cette histoire Martillimi Lopez, fils de Maman Nationale, qui était commandant de sa hernie, c’était incroyable, c’était autant jubilatoire, c’était autant ubuesque, en même temps destroy, mais d’un destroy incroyable mais en même temps très très sensé sur ce qu’il était en train de dire et surtout savoir comment le dire. C’est ce qui m’a beaucoup plu chez ce type là, c’est qu’il y a un problème, mais il ne s’arrête pas au problème qu’il a à dire. C’est qu’il va trouver une intelligence de le dire, mais cette intelligence là va être la sienne. Elle va être la sienne c’est à dire il va inventer son alphabet, il va inventer son langage pour qu’évidemment il ne puisse pas corrompre sa manière de penser, pour qu’il soit à même pour qu’il soit d’accord avec comment il pense il faut qu’il le formule avec sa manière de penser à lui. Sa manière de penser à lui veut dire quoi? Faut qu’il invente sa poésie à lui, pour que évidemment… Moi c’est la plus belle chose que Sony m’a appris et c’est pas si compliqué que ça, la plus belle chose qu’il m’a appris c’est que, en Lâri on dit «tu ne peux pas faire des plans sur la fête de quelqu’un d’autre» je sais pas comment le dire… Toi tu as acheté un bouquet de poisson à l’étouffé un Liboké, c’est ton poisson à toi, je dis «Ah Marotte a acheté des poissons alors qu’est ce que je fais?» Alors sans te demander «est-ce que je peux me couper un bout?» non non, je vais acheter un manioc mais sans te dire que j’ai du manioc… je fais un programme sur ta bouffe et c’est le propriétaire du chien qui lui coupe la queue. Tu ne peux pas prendre ta machette et couper la queue du chien du voisin en lui disant «parce que j’aime pas la queue!», ça n’a aucun sens. C’est à dire, c’est cette intelligence là réellement de comprendre que tu as pensé mais une fois de plus tu vas utiliser un langage pour te faire entendre, pour t’exprimer. Tu vas utiliser un langage, donc un certain nombre de canaux, signaux, tout ce que tu veux qui vont raconter vraiment ton langage. Mais si ces canaux là ne sont pas les tiens, ta pensée – pourtant elle était tienne – elle devient complètement esclave à l’intérieur d’un canal et du coup tu ne peux pas être à même de savoir défendre réellement ta pensée. Quand on dit «défendre» ce n’est pas question de défendre, il est question de savoir la raconter. Pas seulement pour la partager, pour être à même de savoir qu’elle est mienne. Il faut évidemment qu’elle pue tes odeurs à toi. Il faut évidemment qu’elle pue tes odeurs à toi. Il faut qu’elle ait la forme de comment tu as pensé cette chose là. Sinon ça ne marche pas, ça ne marche pas. Donc c’est cette réelle intelligence que j’ai eu rapidement qu’il m’a enseignée lui, à cet endroit de se dire « c’est à l’intérieur de son tronc humain, de sa moelle, qu’on fabrique, qu’on raconte sa pensée ». On ne raconte pas sa pensée avec le canal de l’autre ça ne marche pas. C’est comme cette femme, cette tantine là, elle sait faire des galettes, elle a lu la formule de comment faire les galettes tout le blablabla là, tu mélanges un bout de citron, un bout de levure ok. Mais par contre la main, c’est la main là qui va fabriquer les galettes, c’est la main de l’autre là. C’est pas que la galette ne sera pas belle, mais ça ne marchera pas, ce ne sera pas ses galettes à elle. Tu peux pas prendre la main de quelqu’un et dire «tu tournes comme ça…» non, non. C’est cette chose là qui est intéressante. Et c’est une réelle forme de responsabilité et d’intelligence à cet endroit-là. Donc moi, c’est à cet endroit que j’ai vu cette force de liberté, cette force d’autonomie, cette force de la recréation de soi. Il ne s’agit pas simplement d’avoir une pensée ou une idée, il s’agit de d’abord construire sa barque, la barque dans laquelle cette pensée s’auto-génère et à partir de laquelle elle parle, à partir de laquelle elle pense. Pour qu’évidemment ce ne soit pas une chose collée dans une autre. Comme disait ma grand-mère: «il ne faut pas que ce soit un timbre sur une enveloppe», c’est l’expression de ma grand-mère… Ça veut dire quoi? Le timbre on l’a posé sur l’enveloppe mais le timbre n’est pas au courant de ce qu’on a dit dans la lettre, peut-être à l’intérieur de la lettre c‘est un avis de mort, c’est peut-être une menace, mais le timbre sur l’enveloppe il fait comme ça «Welcome!». Le timbre sur l’enveloppe c’est absolument le truc le plus dégueulasse. Et donc il m’a appris réellement cette chose-là, qu’évidemment la parole c’est un tout. Et elle n’est pas simple, l’écriture est un tout, l’acte est un tout. Il n’est pas ou elle n’est pas simplement forte parce que l’idée qu’il a dit est belle, non, non, non. Et l’idée, et sa forme et son machin doit être une seule chose, doit être complètement une seule chose, pour qu‘évidemment on ne puisse pas séparer du gombo son gluant. Ce qui fait le gombo c’est son gluant. Il n’y a pas le gombo puis le gluant. Le gombo c’est le gluant, le gluant c’est le gombo. C’est une seule chose. C’est à cet endroit que ça l’est réellement, qu’évidemment il n’y a pas tricherie de sens. La chose qui parle ne peut pas se tromper. Elle ne peut pas être trompée par la forme, elle ne peut pas être trompée par l’entendement parce qu’elle est une seule chose. Elle est complètement une seule chose. Et donc cette forme de re-fabrication de langage n’a pas évidemment un orgueil d’avoir un bon langage, n’a pas un orgueil d’avoir un mauvais langage, ça n’a évidemment que la prétention de la recherche à être elle-même.

Delavallet Bidiefono   
J’ai rencontré Sony à Pointe Noire au début des années 1990. Il avait une maison à Pointe Noire je crois, il venait s’y soigner. Je faisais partie d’un groupe de musique qui s’appelait Racines. On connaissait Sony, on avait étudié à l’école ses lettres ouvertes au président français, c’était déjà quelqu’un de très important, on l’étudiait comme Victor Hugo à l’école! C’est le grand peintre et sculpteur de Pointe Noire Rémy Mongo Etsion qui nous a emmené un jour le rencontrer dans sa maison. On a écouté Sony nous parler et même si parfois on ne comprenait rien du tout, il parlait de l’eau, de la création… C’était très important pour lui l’eau, il nous en offrait à boire dès qu’on arrivait. C’est pour ça qu’il donnait ses interview au bord du fleuve. Il nous a même écrit un poème, sur un coin de table sur une feuille comme ça, et nous l’a donné pour qu’on le mette en rap. Mais on l’a pas fait ; c’est Jef qui a gardé le poème, je pense qu’il est perdu maintenant…

Criss Niangouna
Sony Labou Tansi, je ne l’ai pas rencontré. J’ai comme l’impression que cet homme m’attendait. Il fallait que je le croise, qu’il rentre et qu’il fasse partie de ma vie comme un membre à part entière de ma famille. Longtemps avant d’arriver au théâtre (vers mes 11 ans), mon parrain qui était journaliste et aussi un des seuls critiques de théâtre à Brazzaville, je cite Hubert Bernard Mayassi et qui était un ami de Sony, ma emmené à une répétition du Rocado Zulu. Ça se passait dans un bar. Ils répétaient « la peau cassée » si mes souvenirs sont bons. Là j’ai vu ce bout d’homme au milieu des comédiens qui l’entouraient. Il parlait sans arrêt, expliquait, dansait…Mon parrain me l’a présenté, je lui ai serré la main. J’ai ce jour assisté à ma première répétition de théâtre. C’était magique. Peut-être que ma passion pour le théâtre est née de façon implicite ce jour-là? Allez savoir? Depuis Sony ne m’a plus quitté. Car plus tard quand je suis arrivé au théâtre, je n’ai eu cesse de le croiser et le recroiser, par la lecture de ses œuvres, par les spectacles, les discussions entre amis du théâtre….Vous voyez bien que ce grand homme, m’accompagne depuis longtemps. Et aujourd’hui encore, je tourne une pièce qui lui rend hommage Sony Congo, ou la chouette petite vie bien osée de SLT. Un texte pensé et écrit par Bernard Magnier, l’un de ses meilleurs amis.

Et vous? racontez votre rencontre avec Sony dans les commentaires

Les Bruits de Mantsina #1

couverture édito Dieudonné Niangouna

Téléchargez le premier numéro du journal Les Bruits de Mantsina en cliquant sur ce lien: Mantsina #1

Avec les contributions de Dieudonné Niangouna, Papythio Matoudidi, Abdon Fortuné Koumbha, Delavallet Bidiefono, Rufin Mbou Mikima, Harvey Massamba, Jean-Paul Delore, Kouam Tawa, Etienne Minoungou, Vhan Dombo, Ulrich N’Toyo, Laetitia Ajanohun et Marie-Charlotte Biais
Equipe du journal: Laetitia Ajanohun, Mathieu Montanier, Valérie Manteau, Julie Peghini, Amélie Thérésine, Diane Chavelet, Nicolas Martin Granel, Claude Bagoë Diane, Marie-Charlotte Biais
Graphisme: Martine Rousseaux