Mantsina 2019: Le monologue vivant de Stan Matingou

« L’Aube des insurrections perlières » est le recueil de poèmes de Huppert Malanda adapté au théâtre par le comédien Stan Matindou. Ce spectacle vécu le 21 décembre 2019 à l’espace Tabawa à Bacongo, 2e arrondissement de Brazzaville, entrait dans le cadre de la seizième édition du festival international de théâtre Mantsina sur scène. Une chaise en plastique, assistée des feuilles blanches soigneusement posées au sol constituait le décor de ce monologue. Le comédien imperturbable avait deux postures durant le spectacle, même s’il est resté plus debout qu’assis. Il pouvait se faire remarquer à quelques mètres par sa chemise banche enfilée dans un pantalon noir, supporté par des bretelles noires. En dépit de l’irruption des fientes d’un oiseausorti de nulle part sur la tête de Stan Matingou, ses allures sont restées constantes jusqu’au début de l’interview.

Les Bruits de Mantsina: Vous êtes certes un habitué du monologue, mais l’adaptation de la  poésie demande d’autres aptitudes?

Stan Matingou: Ce n’est pas facile, parce que la poésie est un genre hermétique. On a l’impression que c’est réservé à une élite. Ce que j’ai apprécié de prime abord dans ce texte, il parle de l’Afrique, et du printemps arabe que je n’ai pas mis. Je crois que je vais revoir mon spectacle à l’avenir. Il parle de la vie, de la fleur, de l’eau; de tout. C’est magnifique comme texte!

Les Bruits de Mantsina: Vous avez su donner un visage à ce texte.
Stan Matingou: Ah ben oui! C’est ça! Le théâtre est un art vivant. Si tu n’as pas vraiment la perche, ce n’est pas la peine. C’est pourquoi l’adaptation de la poésie au théâtre ne doit pas dépasser une heure. Sinon, les spectateurs se fatiguent. Ils ne vont rien comprendre. Il ya tellement de mots qui s’enchainent. Il faut à la rigueur 45 minutes dans l’adaptation de la poésie au théâtre.

Les Bruits de Mantsina : Ce texte de Huppert Malanda, vous l’avez choisi ou il vous a été imposé?
Stan Matingou: J’ai  choisi ce texte. L’auteur est un ami de plus d’une décennie. Très souvent, on s’échange les livres. A chacune de ses parutions, il m’envoie toujours un exemplaire. Ce texte: ‘’l’Aube des insurrections perlières’’ je l’ai préféré depuis des années. Mais l’auteur ne me donnait pas l’autorisation de le jouer. Mais là pour Mantsina, j’ai forcé la main et il a autorisé et a même participé à la préparation du spectacle.

Les Bruits de Mantsina: A ce spectacle, il y a eu des pas : ‘’un, deux ; un, deux ». C’est votre ajout ou cela fait partie du texte?
Stan Matingou: Oh, c’est moi qui ai ajouté pour faire vivre le spectacle. Vous savez, quand vous lisez le texte, vous trouverez certains détails qui méritent une illustration. C’est une façon d’accompagner l’auteur qui voulait dire que nous avons beaucoup marché. Nos grands parents ne sont pas d’ici. Ils ont quitté le village pour la ville. Donc, ils ont marché jusqu’à « l’intermittent clin d’œil des nations et d’agonies’’. Bon! L’auteur parle de ce qu’on a connu: les guerres et d’autres évènements malheureux.

Les Bruits de Mantsina: Stan Matingou, en adaptant ce texte, vous avez cité beaucoup de fruits: cerise, pastèque. La pastèque, vous l’avez manipulée dans le film congolais « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra. Quelle relation avez-vous avec ce fruit?
Stan Matingou: C’est juste une coïncidence. Dans le film « Entre le marteau et l’enclume » la pastèque était une image pour signifier le degré de sorcellerie du beau-père que j’incarnais. Mais dans ce texte ’l’Aube des insurrections perlières’’, je ne sais vraiment pas ce que représente la pastèque pour les uns et les autres. Vous savez, les auteurs délirent un peu (Rires). Il a juste dit ‘’Mon espérance grosse comme une boule de pastèque a mûri dans l’évanescence qui dévale de connivence ». C’est de la poésie. Je ne sais pas ce que ça signifie. L’espérance grosse comme une pastèque? Peut être qu’il a une grosse espérance. C’est comme on dit: il a une espérance grosse comme une maison. Je n’en sais rien. Mais j’adore aussi manger de la pastèque (Rires).

Propos recueillis par Raïtel YENGO à Brazzaville, le 24 décembre 2019
Article écrit dans le cadre de l’atelier les Bruits de Mantsina