On parle de Mantsina sur radio Mucodec!

La journaliste Raitel Yengo a couvert l’édition 2019 du festival Mantsina sur scène lors d’une émission spéciale consacrée au festival! Avec les interviews de Baman Moore qui a participé à l’atelier Les Bruits de Mantsina, de Valérie Manteau qui l’a co-animé avec Julie Peghini, de l’artiste Alégra Nicka qui présentait une exposition de peinture à l’espace des Ateliers Sahm, Stan Matingou qui jouait le monologue L’Aube des insurrections perlières, Aimée Mavoungou régisseuse sur Hamlet de David Bobée…

réécoutez l’émission en ligne:

Les Bruits de Mantsina vous remercient!

Les participants des Bruits du Mantsina, un atelier journalisme, avec Prince Baman Moore, Credo Eguenin, Roxiane Kouvoulou, Dexter Milandou, Roston Samba, Raïtel Yengo et Rodney Zabakani, mené par Valérie Manteau et Julie Peghini, vous disent au revoir!

Tous nos articles ont été publié sur le blog (à retrouver par ici) et vous pouvez aussi télécharger et imprimer la version papier des articles, en cliquant sur l’image ci-dessous ou sur le lecteur en ligne Calameo

Cliquez sur l’image pour télécharger les articles des Ateliers les Bruits de Mantsina!

Nous vous retrouvons l’année prochaine. Nous sommes tristes de ne pas avoir couvert pour vous l’intégralité des spectacles du festival, par manque de temps, mais nous ferons mieux l’année prochaine!

Bon vent et que vive le Mantsina!

Mantsina 2019: Le monologue vivant de Stan Matingou

« L’Aube des insurrections perlières » est le recueil de poèmes de Huppert Malanda adapté au théâtre par le comédien Stan Matindou. Ce spectacle vécu le 21 décembre 2019 à l’espace Tabawa à Bacongo, 2e arrondissement de Brazzaville, entrait dans le cadre de la seizième édition du festival international de théâtre Mantsina sur scène. Une chaise en plastique, assistée des feuilles blanches soigneusement posées au sol constituait le décor de ce monologue. Le comédien imperturbable avait deux postures durant le spectacle, même s’il est resté plus debout qu’assis. Il pouvait se faire remarquer à quelques mètres par sa chemise banche enfilée dans un pantalon noir, supporté par des bretelles noires. En dépit de l’irruption des fientes d’un oiseausorti de nulle part sur la tête de Stan Matingou, ses allures sont restées constantes jusqu’au début de l’interview.

Les Bruits de Mantsina: Vous êtes certes un habitué du monologue, mais l’adaptation de la  poésie demande d’autres aptitudes?

Stan Matingou: Ce n’est pas facile, parce que la poésie est un genre hermétique. On a l’impression que c’est réservé à une élite. Ce que j’ai apprécié de prime abord dans ce texte, il parle de l’Afrique, et du printemps arabe que je n’ai pas mis. Je crois que je vais revoir mon spectacle à l’avenir. Il parle de la vie, de la fleur, de l’eau; de tout. C’est magnifique comme texte!

Les Bruits de Mantsina: Vous avez su donner un visage à ce texte.
Stan Matingou: Ah ben oui! C’est ça! Le théâtre est un art vivant. Si tu n’as pas vraiment la perche, ce n’est pas la peine. C’est pourquoi l’adaptation de la poésie au théâtre ne doit pas dépasser une heure. Sinon, les spectateurs se fatiguent. Ils ne vont rien comprendre. Il ya tellement de mots qui s’enchainent. Il faut à la rigueur 45 minutes dans l’adaptation de la poésie au théâtre.

Les Bruits de Mantsina : Ce texte de Huppert Malanda, vous l’avez choisi ou il vous a été imposé?
Stan Matingou: J’ai  choisi ce texte. L’auteur est un ami de plus d’une décennie. Très souvent, on s’échange les livres. A chacune de ses parutions, il m’envoie toujours un exemplaire. Ce texte: ‘’l’Aube des insurrections perlières’’ je l’ai préféré depuis des années. Mais l’auteur ne me donnait pas l’autorisation de le jouer. Mais là pour Mantsina, j’ai forcé la main et il a autorisé et a même participé à la préparation du spectacle.

Les Bruits de Mantsina: A ce spectacle, il y a eu des pas : ‘’un, deux ; un, deux ». C’est votre ajout ou cela fait partie du texte?
Stan Matingou: Oh, c’est moi qui ai ajouté pour faire vivre le spectacle. Vous savez, quand vous lisez le texte, vous trouverez certains détails qui méritent une illustration. C’est une façon d’accompagner l’auteur qui voulait dire que nous avons beaucoup marché. Nos grands parents ne sont pas d’ici. Ils ont quitté le village pour la ville. Donc, ils ont marché jusqu’à « l’intermittent clin d’œil des nations et d’agonies’’. Bon! L’auteur parle de ce qu’on a connu: les guerres et d’autres évènements malheureux.

Les Bruits de Mantsina: Stan Matingou, en adaptant ce texte, vous avez cité beaucoup de fruits: cerise, pastèque. La pastèque, vous l’avez manipulée dans le film congolais « Entre le marteau et l’enclume » d’Amog Lemra. Quelle relation avez-vous avec ce fruit?
Stan Matingou: C’est juste une coïncidence. Dans le film « Entre le marteau et l’enclume » la pastèque était une image pour signifier le degré de sorcellerie du beau-père que j’incarnais. Mais dans ce texte ’l’Aube des insurrections perlières’’, je ne sais vraiment pas ce que représente la pastèque pour les uns et les autres. Vous savez, les auteurs délirent un peu (Rires). Il a juste dit ‘’Mon espérance grosse comme une boule de pastèque a mûri dans l’évanescence qui dévale de connivence ». C’est de la poésie. Je ne sais pas ce que ça signifie. L’espérance grosse comme une pastèque? Peut être qu’il a une grosse espérance. C’est comme on dit: il a une espérance grosse comme une maison. Je n’en sais rien. Mais j’adore aussi manger de la pastèque (Rires).

Propos recueillis par Raïtel YENGO à Brazzaville, le 24 décembre 2019
Article écrit dans le cadre de l’atelier les Bruits de Mantsina

Mantsina 2019: New Feeling, I Jah Man

Auteur, compositeur, chanteur, I Jah Man est l’un des pionniers de la musique reggae au Congo Brazzaville. De son vrai nom Serge Roger MAYAMA, ses différentes prestations au sein de l’IFC du Congo et dans des quartiers populaires de Brazzaville, comme à Poto-Poto et au stade Félix Eboué, sont toujours très remarquées. A Matour le 22 décembre, il a mis le feu lors de son concert de clôture du festival, , dans l’euphorie des festivaliers. L’artiste a à son actif deux albums, Vers la ruine et Ma Na Muini (que l’on peut traduire par Ce que j’ai vu et vécu). 

Dexter Milandou
Article réalisé dans le cadre de l’atelier les Bruits de Mantsina

Mantsina 2019:  Bref retour sur L’Or des Femmes, compagnie Ku Konde, texte de Mambou Aimé Gnali, mise en scène Jehf Biyéri

Les comédiens de L’Or des Femmes lors de la soirée d’ouverture de Mantsina 2019

Aimé Gnali Mambou est une écrivaine, ancienne ministre de la Culture de la République du Congo. Le festival Mantsina sur scène a programmé cette mise en scène d’un des textes d’Aimé Gnali Mambou, L’Or des femmes, le jour de l’ouverture du festival.  Le metteur en scène est un militant de l’art théâtral congolais, Jehf Biyéri. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fille qui n’a pas le droit de choisir l’homme qu’elle aime et d’un jeune homme qui ne peut pas plus choisir la femme qu’il aime. Nous sommes ici dans un contexte où ce choix échoit à l’autorité parentale, plus encore à une autorité socialement hiérarchisée. Bouhoussou est soumise aux rites d’initiation traditionnels vili et est destinée, au sortir de cette initiation, à épouser «L’or des femmes», un homme noble, polygame et plus âgé qu’elle. Personne ne peut aller à l’encontre de ces décisions, pas même le beau Mavangou qui l’aime, et la colère gronde parmi les jeunes, comme s’il suffisait seulement d’avoir de la fortune et de l’âge pour s’approprier «l’or des femmes». 

Le temps passe, les époques changent et pourtant les mêmes problèmes reviennent. Cette pièce nous montre toujours hélas une certaine réalité quotidienne. Il s’agit du fameux conflit des générations qui reste dissimulé derrière tant de situations sociales les plus actuelles. 

Comment briser les normes établies par la tradition, nous n’avons pas fini d’y réfléchir!

L’Or des Femmes, compagnie Ku Konde, texte de Mambou Aimé Gnali, mise en scène Jehf Biyéri

Dexter MILANGOU
Article réalisé dans le cadre des ateliers Les Bruits de Mantsina

 

Mantsina 2019: Coup de coeur final pour Jazz et vin de palme, de la compagnie Cap Congo sur un texte d’Emmanuel Dongala 

Juvhet Badinga, Vesna Mbelani, Loïck Ngoukou, Maël Minkala, Karel Kouelani (c)Peghini

Ce spectacle de danse, présenté en clôture du festival Mantsina sur scène (qu’on avait pu voir la semaine précédente dans le festival de danse Bo Ya Kobina, à Kombé), a provoqué un tonnerre d’applaudissements.  La compagnie Cap Congo nous y fait découvrir des extraits de Jazz et vin de palme, un texte d’un auteur congolais, Emmanuel Dongala, avec un rapport entre chorégraphie et texte tout à fait créatif et surprenant. 

Jazz et vin de palme est un recueil qui condense des nouvelles aux thématiques très variées dénonçant différents fléaux, l’oppression, la non-acceptation de l’autre, la guerre pour le pouvoir…
Le spectacle nous fait découvrir pêle-mêle l’histoire d’une jeune femme commerçante, Amaya, dont la carte d’identité a été égarée par les agents de l’administration, ainsi que le procès de Monsieur Likibi accusé d’avoir provoqué la sécheresse dans le village en arrêtant la pluie le jour du mariage de sa fille ou encore l’arrivée de gens différents qui se font la guerre. 

Par leur créativité, ces histoires ont été magnifiquement interprété dans le corps des danseurs, quatre hommes et une femme (il faut souligner là combien Vesna Mbelani, toute jeune danseuse issue d’une troupe traditionnelle, est d’ores et déjà une magnifique danseuse contemporaine), lesquels s’approprient aussi bien des danses traditionnelles que contemporaines, comme le coupé décalé et le hip hop, notamment le krump. 

Chaque tableau nous a frappé, comme une facette de la réalité de la société congolaise.  Une société où certains sont marginalisés, méprisés et humiliés par les gens détenteurs du pouvoir, avec en prime le laxisme de l’administration, sa violence et son absurdité.

La compagnie Cap Congo a travaillé dur pour devenir ce groupe, ce collectif, qui sait être ensemble tout en conservant les singularités de chacun. Chaque danseur a son style, de la tradition au plus contemporain, et tous ensemble, dans une grande complémentarité, en dansant sur le plateau avec des éléments très simples, comme des bancs, des percussions, des bois, composent un corps collectif particulièrement émouvant. Il faut souligner combien la lumière du spectacle rend honneur à ce corps collectif, par ses nuances et ses subtilités, ainsi que la musique, un mélange de sons composés pour le spectacle et de morceaux plus connus. 

Comme l’a souligné un spectateur, «la compagnie Cap Congo est le reflet de la société congolaise, où chacun est différent et dans laquelle nous aspirons à ne former qu’un».

Les spectacles de danse apportent beaucoup selon nous au festival Mantsina sur scène, la scène congolaise contemporaine est bouillonnante même si nous regrettons que les femmes n’y soient pas encore assez nombreuses. 

Juvhet Badinga, Vesna Mbelani, Loïck Ngoukou, Maël Minkala, Karel Kouelani (c)Peghini

Jazz et vin de palme, un spectacle de danse de la Compagnie Cap Congo sur un texte d’Emmanuel Dongala
Chorégraphie, dramaturgie et adaptation: 
Herman Diephuis / Cap Congo
Avec: Juvhet Badinga, Vesna Mbelani, Loïck Ngoukou, Maël Minkala, Karel Kouelani
Son et Lumière: Cléo Konongo

Roxiane KOUVOULOU
Article réalisé dans le cadre des ateliers Les Bruits de Mantsina

Mantsina 2019: Ombres, work in progress de Nicolas Moumbounou

OMBRES Nicolas Moumbounou et le slammeur Guer2mo (c)OrnellaMemba

Ce solo de danse a eu lieu le 14 décembre 2019, lors de l’ouverture du festival Mantsina sur scène. Sur la scène se déroule un parcours chorégraphié, dont les différentes étapes sont aussi précises qu’explicites. Parcours d’un homme noir, d’un Nègre, lors de la période de l’esclavage et du commerce triangulaire. Différentes émotions, de la rage à la souffrance, s’expriment. Il s’agit d’un homme qui succombe à la fatalité pour le simple fait d’être noir. Parcours qui est aussi contemporain, celui de tous les êtres humains aujourd’hui vendus comme du bétail, comme si l’histoire se répétait en changeant de forme.
L’artiste se confie à nous en retraçant la genèse de son travail, encore en chantier. Il s’agit pour lui de cet héritage qui hante sa personne venant de cette réalité historique, du poids de toutes ces souffrances, de ces humiliations qu’ont vécues ces ancêtres noirs et qui pèsent sur lui, à tel point qu’il ressent parfois que le regard que les autres portent sur lui est encore identique à celui porté sur ces nègres d’antan. Ce malaise, il arrive dès le début du solo, avec cette phrase : «Dans une boîte où je suis, il fait chaud, je suis bouffé par des moustiques». Le regard de l’autre pèse sur lui, il reflète cette ombre, ombre de l’image du nègre qui lui est renvoyée. Un texte l’a beaucoup inspiré pour ce solo, Black Label de Léon-Gontran Damas.

Ce solo est une invitation du danseur et chorégraphe à briser le silence, le sien d’abord, et une invitation aux spectateurs pour qu’ils transcendent les différences et les tendances discriminatives. 

Ombre, danse (work in progress) par et avec Nicolas Moumbounou, avec le slameur Guer2mo présenté le 14 décembre en ouverture du festival Mantsina 2019

NB: Le spectacle Ombres sera présenté au CDN de Normandie Rouen les 28 et 29 mai 2020, lors d’une soirée composée Congo(s) avec un spectacle de Faustin Linyekula!

 

Dexter MILANDOU
Un article réalisé dans le cadre des ateliers Les Bruits de Mantsina