Retour sur « La Gueule de rechange », mise en scène par Harvey Massamba

La Gueule de rechange de Sony Labou Tansi mise en scène par Harvey Massamba avec les élèves de sa compagnie Nsala, a été présentée pendant le festival Mantsina Sony sur scène les 19 et 28 décembre 2015. Note d’intention du metteur en scène.

Tout commence dans une atmosphère quelque peu mystique pour mieux rendre compte du rapport que Sony, en tant que fils des deux rives, donc pont sur le Congo, entretenait avec le fleuve. Trois sirènes et un homme sur le rivage qui semblent invoquer la puissance du fleuve. Les sirènes se prêtent au jeu et sortent du fleuve pour aller forniquer avec l’homme. Ce rapport au fleuve que certains développent côtoie simultanément celui plus basique que le plus grand nombre de riverains entretient avec cette étendue d’eau qui nous questionne de son regard kaki. Une rivière, un fleuve, une étendue d’eau. Des rapports différents.

Puis la rupture, toute la scène devient une fête foraine, une foire aux idées. Chacun vient y déverser sa gueule comme avec une radio de poche dans les mains du régime.

A l’impitoyable gymnastique esthétique de l’auteur, je riposte par une impitoyable gymnastique scénique.

Une gymnastique des corps et des tableaux, une gymnastique du dire, du comment dire par la voix, le souffle, par la sueur, par le geste… bref par l’acte théâtral. Dans La Gueule de rechange j’éprouve le corps de l’acteur, il devient matériau, il devient produit de fabrication, matière première d’une usine de fabrication de ce peut être esthétique dont parle Sony. Tout se construit et se déconstruit au fil des scènes. S’éprouvent aussi la parole et les idées.

J’ai opté pour une scène vide afin que l’ensemble du spectacle ressemble à un tableau qui se peint en direct, une toile qui se tisse devant les yeux du public et dont le matériau et les ingrédients ne sont autres que le corps des acteurs.

La Gueule de rechange est aussi l’aboutissement d’une initiation qui aura duré quatre ans. J’ai voulu pour consacrer cette première génération de comédien sortie de mon école, être avec eux sur le plateau. Cela a valeur de signature sur leur diplôme de fin de formation. Ils sont arrivés avec leurs ailes d’envie de foutre une raclée à cette vie, de boxer la situation, de nommer ce qui veut décréter aujourd’hui et maintenant la fin de l’humain. Ils ont aujourd’hui les jambes assez solides pour rixer avec les prophètes de l’agenouillement, ceux qui regardent du coté de l’existence où il n y a absolument rien afin de leur montrer le côté de la vie où il se passe quelque chose. L’énergie qu’ils déploient dans La Gueule de rechange, cette envie de dévaluer la tête au profit du cœur arrive dans la sincérité vers le public, dans la simplicité de l’acte d’être. La complicité pétillante de cette jeunesse volontariste et prête à boxer jusqu’à la dernière goutte de salive a permis que l’acte théâtral soit tonitruant.

Harvey Massamba

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