Mantsina 2019: Entretien avec Sylvie Dyclo Pomos, directrice artistique du festival Mantsina sur scène

Les Bruits de Manstina: A quand remonte la première édition de Mantsina et quel est le parcours du festival?

Sylvie Dyclo-Pomos: Le parcours de Mantsina remonte à 2003. Ce festival a été créé par Jean Felhyt Kimbirima, Arthur Vé Batoumeni, Abdon Fortuné Koumbha, Ludovic Louppé et Dieudonné Niangouna, avec leurs compagnies, la Compagnie Deso, la Compagnie Salaka, la Compagnie KAF et Les Bruits de la Rue, et par la suite, plus tard, la Compagnie LudoSylvie dont je fais partie.

 Les Bruits de Mantsina: Pourquoi avoir choisi ce thème, « le dynamisme d’une jeunesse », pour cette 16e édition?

Sylvie Dyclo-Pomos: Nous l’avons choisi parce que l’on voit les réalités au Congo et plus précisément celles de Brazzaville. Les jeunes sont livrés à la vie de boisson, avec des actes de violence et de barbarie créant ainsi des phénomènes qu’on appelle aujourd’hui les Américains, les Arabes, les Koulounas, les Bébés noirs et autres. Alors je me suis dit que nous avons pour travail l’art, et qu’on ne donne que ce que l’on a, donc pour moi Mantsina dédie cette édition à la jeunesse. Car comme je l’ai dit à l’ouverture, un jeune qui est dans l’art ne peut pas penser à prendre une machette pour tuer, mais plutôt à prendre une machette pour tailler le bois puis en faire une œuvre d’art. C’est ainsi qu’un jeune qui est tourné vers l’artistique ne peut pas être hanté par la violence, alors on s’est dit cette édition sera l’édition de la jeunesse.

Les Bruits de Mantsina: Les pièces de théâtres choisies ont-elles réveillé les consciences? Pouvez-vous nous en citer quelques unes?

Sylvie Dyclo-Pomos: Oui bien sûr nous avons assisté à des pièces comme Cendres sur les mains de Jean Clauvice Ngoubili, l’Afrique dans la main du diable de Justin Pametoyi Ayuka, 7 milliards des voisins de Carlos Zinsou par exemple. Ce sont des pièces qui font réfléchir sur beaucoup de réalités comme l’immigration etc.

Les Bruits de Mantsina: Que pouvez-vous dire sur votre choix de programmer la pièce Au Coeur des hommes sur Savorgnan de Brazza?

Sylvie Dyclo-Pomos: La pièce sur De Brazza a suscité beaucoup de réactions, c’est normal. Vous savez, c’est un sujet délicat à l’international, ça a fait des tonnerres du fait qu’ici on a construit un mémorial. Pourquoi dépenser autant d’argent pour construire un mausolée d’une personne issue de cette histoire coloniale au lieu de construire des écoles ou des hôpitaux? Cette pièce avait été programmé à l’IFC et j’étais présente bien que je n’avais pas pu finir d’assister à la pièce du fait d’un appel urgent, mais la manière dont le metteur en scène avait abordé ce sujet ne m’avait pas satisfaite et je me suis dit qu’il y a un problème et qu’il faut en parler parce qu’il n’est pas sur une bonne voie. Quelques mois plus tard, il m’envoie par chance le dossier pour Mantsina et je me suis dit tant mieux, c’est l’occasion pour en débattre à l’espace carrefour, parce que Mantsina est un lieu de débats et de rencontres où nous débattons de tout. Il faut exposer tous les faits et il y a débat. Voilà pourquoi j’ai programmé cette pièce et vous avez vu vous-même les retours que nous avons écouté à l’espace carrefour où le metteur en scène était présent. En résumé: Pierre Savorgnan de Brazza n’était pas un saint et ce n’est pas normal que le metteur en scène / auteur ne le présente que sous ce jour humaniste dans tout ce qu’il faisait et je pense que ça fait réfléchir le metteur en scène, ça remet en cause ce qu’il a fait et cela le poussera à chercher davantage au lieu de rester sur sa position.

Les Bruits de Mantsina: Pourquoi le programmer dans un quartier comme Makélékélé qui est déjà assez sensible?

Sylvie Dyclo-Pomos: Mais dans tout ça, il faut noter que de nombreux jeunes ne maîtrisent même pas qui est De Brazza et c’était pour nous un moyen de leur faire connaître cette histoire qui est la nôtre car certains n’ont jamais été à l’école et cela peut aussi être l’une des raisons qui peut faire que l’homme dans ce secteur soit si violent. Les informer valait la peine. Est-ce qu’ils savent pourquoi notre ville porte le nom de De Brazza ? Qu’il était un colon ? Ce spectacle ne peut pas créer de violence.

Les Bruits de Mantsina: Quel sera le thème de la prochaine édition?

Sylvie Dyclo-Pomos: L’édition prochaine, donc la 17e édition, aura pour thème «S’ouvrir davantage au monde», je ne sais pas si ça va changer mais je ne pense pas. Et nous avons déjà commencé les démarches du prochain festival.  

 Les Bruits du Mantsina: Avez-vous déjà reçu des menaces, ne serait-ce que verbalement?

Sylvie Dyclo Pomos: Je ne me suis jamais sentie véritablement menacée, physiquement ni verbalement. Mais une fois, lors de la 10e édition, j’étais passé en direct sur la Télé Congo, au JT de 20h et j’avais dit que nous avions reçu une aide de la part de la mairie de Brazzaville de cinq millions que nous n’avons jamais encaissée. Et après, il y a un monsieur qui a appelé Noëlle [l’administratrice du festival] pour lui dire que ce n’était pas acceptable que je sois passée à la TV pour dire une telle chose. Mais cela s’est arrêté là.

Les Bruits du Mantsina: Comment arrivez-vous à tenir ce festival?

Sylvie Dyclo Pomos: On tient le festival grâce à des subventions qui sont accordées par les mécènes de bonne volonté, qui nous aident, et des institutions. Ce n’est pas toujours sous la forme d’une aide financière mais parfois ce sont des échanges et des services.

Les Bruits du Mantsina: Quelles ont été les difficultés pour cette 16e édition?

Sylvie Dyclo Pomos: Ce sont surtout des difficultés financières. Nous avons l’aide de l’OIF et de l’IFC Paris, mais hélas, celles-ci ne sont pas encore parvenues sur notre compte du festival, alors que le festival est désormais fini… Nous avons logé des invités dans les hôtels, et là les gérants nous demandent l’argent qui leur est dû, les invités sont à présent sur le retour et ce n’est pas facile à gérer.

Les Bruits du Mantsina: Pourquoi Mantsina ne se passe qu’à Brazzaville?

Sylvie Dyclo Pomos: Le souhait est que le Mantsina puisse se passer dans plusieurs villes, mais cela n’est pas possible car au niveau national, nous n’avons pas d’aides, ni du ministère de la Culture ni de quiconque et on ne veut plus aller vers les autorités, puisque même lorsqu’on le fait, même lorsque nous avons fourni les documents nécessaires, au finale, rien ne se passe. Et pourtant la mairie de Brazzaville devrait financer ce genre d’activités, qui contribuent à la visibilité et à la fierté de Brazzaville et du pays en général. Par exemple, la mairie d’Abidjan finance les œuvres culturelles de cette ville.

Les Bruits du Mantsina: Est-ce que l’édition 2020 du festival Mantsina ne sera programmée qu’à Brazzaville?

Sylvie Dyclo Pomos: Oui, seulement Brazzaville, sauf si de nouvelles subventions nous permettent d’élargir notre champ d’action, et là nous pourrions aller à Pointe-Noire et même Dolisie, puisqu’il y a déjà eu une édition, celle de 2015, où nous sommes allés à Pointe-Noire.

Les Bruits du Mantsina: Croyez-vous que les pièces de théâtre programmées ont eu de l’influence sur la jeunesse congolaise?

Sylvie Dyclo Pomos: Bien sûr, surtout la pièce sur les migrants, L’Afrique dans la main du diable, cela vous laisse vraiment dans un état de réflexion.

Les Bruits du Mantsina: Comment faites-vous la sélection des pièces?

Sylvie Dyclo Pomos: Nous recevons les dossiers par internet, car il n’est pas facile pour nous de nous déplacer dans d’autres villes. Par rapport à notre thème, nous recevons différents dossiers, nous les analysons puis nous essayons de voir les pièces si cela nous est possible, ou de nous renseigner dessus grâce à des personnes qui ont déjà suivi la pièce. La réception des dossiers se fait dès janvier, sur le mail du festival ou le mien, chaque année, puisque c’est en décembre que nous l’organisons.

Les Bruits du Mantsina: Avez-vous un message particulier à transmettre aux mécènes de Mantsina?

Sylvie Dyclo Pomos: Nous ne refusons aucune aide, car nous faisons avec les moyens du bord et ce n’est pas facile. Nous avons reçu une lettre de la part de Sanza de Mfoa de GPY. Mantsina sur scène est nominé et donc ce 28 décembre, nous serons à Olympia pour le trophée des créateurs.

Les Bruits du Mantsina: Quel rapport pourrait-il y avoir entre Mantsina et le théâtre scolaire?

Sylvie Dyclo Pomos: Il y a déjà un festival de théâtre scolaire qui existe, nommé FETESCO mais Mantsina sur scène est réservé pour un théâtre professionnel. De plus, Mantsina sur scène se passe en décembre, pendant les examens et juste avant les congés.

Les Bruits du Mantsina: Comment faites-vous avec tous les artistes invités et étrangers européens qui viennent pour Mantsina?

Sylvie Dyclo Pomos: Déjà, il faut le dire, toutes ces personnes sont des amis du Mantsina, on les appelle les Mantsinistes de la diaspora, qui paient leurs billets. Soit ils viennent jouer un spectacle, soit ils viennent animer des ateliers.  Ils sont un grand soutien, un très grand soutien pour Mantsina.

Les Bruits du Mantsina: Quelle est la signification de Mantsina?

Sylvie Dyclo Pomos: Mais il fallait commencer par là! Mantsina en langue kongo veut dire un parfum, une bonne odeur, donc mantsina, c’est le parfum qui se dégage sur scène, un travail bien fait sur scène.

Les Bruits du Mantsina: Pourquoi ce nom? Est-ce que cela reflète bien la réalité de Mantsina?

Sylvie Dyclo Pomos: Bien sûr, vous voyez le travail que font les artistes, vous voyez comment ils bossent dur! Si le cercle Sony Labou Tansi n’était pas envahi par les kermesses aujourd’hui, vous auriez vu comment ils y travaillaient de 8h à 22h.

Les Bruits du Mantsina: Y-a-t-il des conflits au sein de l’équipe qui organise le festival?

Sylvie Dyclo Pomos: Non, nous avons tous la même vision du festival. Lorsqu’il y a un sujet à débattre, on pose le sujet sur la table, on en discute et à la fin, il y a toujours une solution, on décide ensemble.

Les Bruits du Mantsina: Merci et longue vie au Mantsina!

Entretien mené par Credo Eguenin, Dexter Milandou, Roxiane Kouvoulou et Rodney Zabakani dans le cadre de l’atelier Les Bruits de Mantsina, le 22 décembre 2019 à Brazzaville.

 

L’édito de la 16e édition du festival Mantsina sur scène: Le dynamisme d’une jeunesse

«Quel est l’avenir de tous ces enfants?
Réussira-t-on à leur donner du travail?
A-t-on pensé aux emplois nouveaux?
D’ici à l’an deux mille, ces enfants
Que vont-ils devenir?»

Ainsi s’interrogeait l’artiste musicien Pamélo Mounka, dans son œuvre intitulée «Je me demande».

En cette 16e édition de Mantsina sur scène, qui a pour thème «Le dynamisme d’une jeunesse», ces interrogations de l’artiste congolais sont plus que d’actualité. Quel est l’avenir de tous ces jeunes en manque d’emploi et de la Culture? Mantsina sur scène, dès sa première édition, s’est senti investi d’une mission: La réinsertion et la formation des jeunes dans le domaine des métiers des arts, en invitant des formateurs, venus de différents pays assurer les formations de jeu d’acteur, d’écriture, de mise en scène, de scénographie, de réalisation.

Pour cette 16e édition, nous avons comme formateurs:

  • Fabrice Gorgerat, venu de la Suisse, pour la formation de mise en scène
  • Thierry Beucher, de France, pour la formation jeu d’acteur et écriture
  • Valérie Manteau et Julie Peghini pour l’atelier réalisation et journalisme
  • Christian Giriat, venu d’Avignon, qui a supervisé la Résidence d’écriture tenue en octobre dernier à Gare aux pieds nus, en partenariat avec La Chartreuse Villeneuve Les Avignon.

Chers artistes, comédiens, acteurs, metteurs en scène, régisseurs, scénographes, danseurs, percussionnistes, peintres, où que vous soyez, entêtez-vous dans votre art. Ne nous laissons pas intimider par l’interdiction formelle d’exercer notre art qui nous a été infligée en cette année 2019. Partout, dans nos quartiers, formons les jeunes dans les métiers de l’art. Ainsi, nous viendrons à bout des violences dans le milieu de la jeunesse. Un jeune hanté par la création artistique n’a que faire d’une machette, sinon que de tailler un bout de bois pour en faire une œuvre artistique. Comme je le dis souvent, je le redis encore, «il faut inonder le Congo de Culture». Nous, artistes, nous avons le devoir de créer dans chaque quartier de notre ville, des espaces culturels. Ne nous attendons plus aux subventions de la part des pouvoirs publics. Ils n’ont jamais de budget pour la culture. Travaillons avec les moyens de bord. Faisons de sorte que dans chaque famille artistique, l’art se perpétue de génération en génération. Comme un palmier en fin de cycle qui régénère.

Le festival Mantsina sur scène n’est pas un parti politique. Nous sommes une armée culturelle. Armée culturelle, parce que nous recevons un renfort en énergie de tous les artistes de par le monde. Nous livrons sans cesse une bataille contre les vents de tous bords qui tentent de couler ce vaste chantier culturel qu’est Mantsina sur scène. Le festival Mantsina sur scène n’est pas la propriété privée d’un individu. C’est un patrimoine culturel mondial.

Hormis les formations sus mentionnées, en cette 16e édition, nous aurons des spectacles, des rencontres, des projections et expositions.

Comme pays invité: le Benin, la France, la RDC, la Suisse et le Congo pays organisateur.

Nous remercions nos invités qui sont déjà à Brazzaville: Fabrice Gorgerat comédien metteur en scène (Suisse), Thierry Beucher, Christiane Boua, responsable des relations publiques et actions culturelles au festival des Francophonies de l’écriture à la scène (France), Nicolas Martin Granel membre du club «les amis de Sony», Alice Desquilbet, Sonia Le Moigne Euzenot membre du jury du Grand Prix Littéraire d’Afrique noire.

Nous remercions les compagnies étrangères déjà présentes à Brazzaville: la Cie Ku NKondé représentée par Djeff Biyéri, la Cie Mata-Malam représentée par Valentine Cohen, la Cie la Maison Brulée représentée par Catherine Gil Alcala.

Nous remercions nos partenaires:

  • L’Institut français Paris
  • L’Institut français du Congo/ Brazzaville
  • L’Institut français du Congo/ Pointe -Noire
  • L’Organisation International de la Francophonie (OIF)
  • La Chartreuse (Villeneuve Les Avignon)
  • Radio France international
  • Les Bruits de la Rue
  • Les Ateliers Sahm
  • Les Courageux
  • Tabawa
  • Les dépêches de Brazzaville
  • Vox TV
  • DRTV
  • Radio Mucodec
  • La Marie de Brazzaville
  • Le Ministère de la Culture et des Arts
  • Le Ministère des Eaux et Forêt
  • Les Récréâtrales
  • Gare aux pieds nus
  • CDC Baning’art
  • La p’tite faim
  • Matos Binsangou
  • L’Espace Tiné
  • La famille Bouesso
  • Le chef du quartier M. Jean-Jacques Matondo

Je remercie tous les invités, tous les artistes, tous les étudiants de l’Université Marien Ngouabi et enfin un grand merci aux habitants du quartier Matour.

Mantsina sur scène,

Que l’Art nous parle!

Sylvie DYCLO-POMOS

Mantsina sur scène, édition 2018: l’édito

« L’enracinement de l’Art et son envol ! »

La bonne dose de vaillance et d’intrépidité des uns et des autres, a fait prendre racine au festival Mantsina sur scène, dans une sphère peu propice à l’éveil artistique et où la culture ne suscite aucun éveil de la part des pouvoir public. La jeune fille à quinze ans peut donner vie. En quinze années au service de l’Art, Mantsina a donné des vies. Des comédiens, des scénographes, des régisseurs, des danseurs, des professionnels, aujourd’hui renommés, sont sortis des entrailles de Mantsina.  À la suite de Sony Labou Tansi, nous pouvons clamer, sans fausse modestie que Mantsina est un pourvoyeur de talents et de rêves! Quinze ans, ce n’est pas encore le bonheur mais une consolation pour Mantsina d’avoir embrigadé dans un domaine aussi vaste et difficile qu’est la Culture, des milliers de passionnés qui ont foulé le tapis vert de Mantsina. Oui, à Mantsina le tapis est vert. Le vert imbibé de chlorophylle, qui distille l’engouement, la détermination d’aller loin, à tous ceux et celles qui foulent le sol Mantsina.  Le tapis vert qui donne à tout artiste qui fait escale à Mantsina, un courage fou et une volonté farouche, qu’on ne trouve nulle part  ailleurs, de s’enraciner dans l’art quelles que soient les sinuosités du chemin à arpenter.  Quinze ans, ce n’est pas encore le bonheur mais une résolution pour Mantsina de prêter mains fortes aux artistes afin de mieux écouler leurs talents et leurs créations, car on ne sort pas indemne de Mantsina. Mantsina vous reçoit à bras ouverts, vous ouvre les portes vous laisse également des séquelles. Des séquelles de notoriété, une reconnaissance planétaire. Les victimes ne sont plus à compter ! Contrairement à Tchicaya U Tam’si qui déclarait  être un «mauvais sang», Marie José de Heredia un «déshérité», en terre Mantsina, bon nombre d’artistes ont vu leur horizon dégagé de tout brouillard après leur passage sur le tapis vert. Quinze ans, ce n’est pas encore le bonheur mais une envie pressante et vitale de tendre un gilet de sauvetage à Mantsina pour ne pas voir cette vaste écurie, qui a vu passer tant de palefreniers talentueux à son service, tomber en ruines.

L’affiche du festival Mantsina 2018

La quinzième édition du festival Mantsina sur scène sera une grande fête théâtrale qui va nécessiter l’apport de tous et une aide colossale à l’endroit de ce chantier qui est entrain de devenir une grosse industrie culturelle, à en juger par le nombre de dossier qui atterrissent dans le mail de Mantsina et de sa directrice artistique, menaçant de faire exploser les boîtes mails. Les artistes sont en manque d’espace pour exprimer leur savoir faire, écouler leurs talents et présenter leurs visions de voir le monde artistiquement en plein 21e siècle. Sans le vouloir, Mantsina est en passe de devenir la plate-forme théâtrale en Afrique. L’engouement que les artistes manifestent à fouler le tapis vert de Mantsina, même quand la direction de Mantsina annonce qu’elle ne peut pas prendre en charge une compagnie pour l’édition en cours, les artistes des dites compagnies se multiplient en quatre, payent leur billets et débarquent à Mantsina et quand ils viennent, la direction de Mantsina se plie en cinq, s’incline devant cette ferveur pour l’art et elle casse la tirelire pour loger sainement ces artistes qui s’entêtent à user leurs talons sur les planches pour la gloire de l’Art. NON, les artistes qui s’entêtent à fouler coûte que coûte le tapis vert de Mantsina ne le font pas pour récolter des cachets faramineux mais pour toucher du doigt cette fièvre théâtrale à 60o degré que les uns leur rapportent ou qu’ils ont vécu et manifeste l’envie de renouveler la dose, parce qu’à Mantsina, il y a une autre façon d’être sur les planches qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. 

La quinzième édition du festival Mantsina sur scène, sera une grande fête de rencontre de toutes les générations pour susciter des vocations artistiques.  Elle sera célébrée dans la ville de Brazzaville. Vive l’enracinement de l’art et son envol et que l’artiste s’entête dans son art, qu’il ancre fortement ses ventouses dans le sol artistique pour ne pas chanceler,  bien incruster les ventouses sur l’écorce, afin de résister à toutes tempêtes. Et qu’il suive à jamais la voix de son génie créateur, cette voix qui insuffle en lui une folie créatrice, qui résiste à l’usure du temps.

Et que l’Art nous parle !

Sylvie Dyclo-Pomos

#Mantsina2016, l’édito de Sylvie Dyclo-Pomos

Sylvie Dyclo-Pomos, directrice artistique du festival Mantsina sur scène

La création est au cœur de l’initiative artistique. L’artiste crée, invente innove et par cette action, l’artiste s’engage «à», signe un pacte avec une quelconque vision pour exprimer son émoi, son ras le bol, sa compassion, sa joie, il rend public sa biographie, approuve ou réfute une opinion et ré-enchante le quotidien par son acte de création. De ce fait, l’artiste doit assumer pleinement son acte de création qui traduit son engagement non seulement dans sa vie mais aussi dans la vie des milliers de spectateurs du monde qui approuvent ou réprouvent sa vision. L’engagement est un acte de courage qui impose une certaine détermination. Toutes fois qu’un artiste crée, il doit se dire «j’ai assez de ventouse pour bien coller ma vision en ce monde et la défendre contre vents et marées». Ne jamais se dérober de son engagement de création. Défendre jusqu’au bout son acte artistique. L’Art est engagement. TOUT part de l’engagement. L’engagement VRAI. Si l’engagement est tinté d’hypocrisie, la création chancelle et meurt. Se poser des interrogations: pourquoi je m’engage à? Suis-je assez fort pour m’engager à?

Lorsque l’artiste répond sans fioritures par l’affirmative, aucune corruption, aucun recul ne lui traverse l’esprit. Il fonce, il avance et aucune rouille n’entache sa création. Il ne se dérobe pas et se pointe à la barre, il trouve les mots justes pour défendre et étayer l’argumentaire qui constitue le fondement de sa création.

L’engagement est le fer de lance de la création, une insurrection dans l’art. L’artiste en créant dévoile, nomme  sa vision, l’imagine, la propose au monde et par cette imagination, il naît, renaît!

L’artiste crée, s’engage à la création. Qu’est ce qui précède? La création ou l’engagement? Est-ce le désir de créer? Ou l’engagement, le désir de s’engager à créer?

La création est avant tout un engagement. Un engagement n’aboutit pas forcément à une création. L’artiste peut s’engager à, mais cet engagement peut ou ne pas se matérialiser par une création. Par contre une création, palpable est la conséquence, le résultat d’un engagement.

L’engagement c’est la détermination, la volonté d’aller au bout de sa pensée, de ses désirs pour aboutir à une concrétisation.

Cet engagement, nous voulons l’inscrire tout au long de la treizième édition de Mantsina sur scène par des créations. Nous voulons être plus déterminés que jamais à poursuivre ce vaste chantier de la création théâtrale, de la création artistique, de la création. Le festival Mantsina sur scène, ce grand laboratoire des créations débuté en 2003, poursuit son entêtement dans l’Art. La treizième édition qui se déroulera du 10 au 20 décembre 2016, se donne  comme thème: «l’engagement au cœur de la création».

Il faut une bonne dose d’engagement et de persévérance pour élever les générations qui assureront  la relève et qui prendront à bras le corps ce vaste chantier qu’est Mantsina sur scène.

Que l’Art nous parle!

Mantsina #13: « L’Engagement au coeur de la création » 10>20 déc. 2016 à Brazzaville

Prenez date! La 13e édition du festival Mantsina sur scène, sous la direction de Sylvie Dyclo-Pomos, se tiendra à Brazzaville du 10 au 20 décembre prochain et aura pour devise:

L’Engagement au coeur de la création.

L’affiche, le programme, les lieux et les artistes invités seront diffusés très bientôt, restez connectés…

Discours de clôture de Sylvie Dyclo Pomos
Sylvie Dyclo Pomos – Mantsina 2015

Mantsina sur scène change de direction

Aujourd’hui mardi 16 août 2016 c’est officiel, Dieudonné Niangouna quitte la direction du festival Mantsina-sur-scène qu’il assurait depuis sa création. Il laisse la place à Sylvie Dyclo-Pomos, auteure, metteure en scène et comédienne.

Voici le message posté par Dieudonné Niangouna sur sa page Facebook:

« Après douze années à la tête du Festival International de Théâtre de Brazzaville « Mantsina sur scène », je me retire avec une satisfaction qui ne me laisse pas du tout indifférent. Et je salut tous ces beaux jours du passé et les Hommes qui les ont fait. J’ai la reconnaissance d’avoir navigué auprès des artistes qui ont le coeur sur la main et l’âme dans le coeur. C’est un chouette petit chapitre bien osé que je me fais le plaisir d’intituler ici « un p’tit bout du p’tit matin. » Le chemin est plus que long, alors force et courage obligent. Nous irons, compagnons de route, chargés d’une même passion, planter le théâtre au coeur de la cité. Nous continuerons ce magnifique geste de l’humain: « enfanter l’art pour repousser sans cesse la mort de la vie. » C’est en cela que je suis fier de laisser la place à ma collègue dramaturge, metteur en scène et comédienne, Sylvie Dyclo-Pomos, artiste compétente en qui j’ai toute ma confiance, pour porter le Festival International de Théâtre de Brazzaville « Mantsina sur scène ».
Allé, les « Mantsinistes », encore une fois :
Que l’Art nous parle!
MERCI BEAUCOUP POUR TOUT »

De la part de tous les mantsinistes, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, un grand merci à toi Dido.

Le palmarès de Mantsina 2015 – 12e édition Sony sur scène

Par Dieudonné Niangouna
Palmarès (é koti té!)

Les 27 metteurs en scène et chorégraphes qui ont marqué Mantsina Sony sur scène 2015:
Francois Kah / Julien Mabiala Bissila / Papythio Matoudidi / Cédric Brossard / Michael Disanka / Gilfery Ngambalou / Delavallet Bidiefono / Jean-Claude Kodia / Alphonse Mafoua / Georges Mboussi / Jehf Biyeri / Israël Tshipamba / Cheriff Bakala / Maylis Bouffartigue / Harvey Massamba / Hervé Massamba / Céline Astrié / Monar Dihoulou / Marion Alzieu / Boréale Pongopo / Arnaud Mahoukou / Ella Nganga / Gervais Tomadiatunga Mbanza / Chikadora / Aïpeur Devry Foundou / Julie Peghini / Daniel Scahaise

Quelques interprètes majeurs cités ici pour leurs performances:
Snak Zobel Raoual / Etienne Minoungou / Kader Lassina Touré / Michaël Disanka / Marion Alzieu / Jeanne Videau / Sébastien Bouhana / Christiana Tabaro / Natalia Deparlabas / Nolwenn Peterschmitt / Cognes Mayekou / Alphonse Mafoua / Georgette Kouatila / Mbelo Milandou / Ella Nganga / Francois Kah / Marie-Charlotte Biais / Nicolas Moumbounou / Jehf Biyeri / Pierre Claver Mabiala / Harvey Massamba / Boréale Pongopo / Cheriff Bakala / Armel Malonga / Chikadora / Pidj Boomboomdistortion / I Jah man (respect!)

Ceux qui traversé le festival à bras le texte (lecteurs): Hervé Massamba / Sorel Boulingui / Audifax Moumpossa / Richilvie Babela Ndossi / Martin Ambara / Thales Zokene et la troupe Sac / Laetitia Ajanohun / Cyril Gueï / Ulrich N’Toyo / Sylvie Dyclo Pomos / Arsène Kimbebe / Fortune Bateza / Hermine Yollo

Les plasticiens des ateliers SAHM de Bill Kouélany (pour l’expo Sony): Jordy Kissymoussa / Van Andrea / Artmel Mouy / Paul Alden M’Vout / Gad le beau / Girel Nganga / Francis Kodia / Mantvany / Monroyal / Jordy Aimebeej’air / Anne Garnier / Elwin Gomo / Olmiche Bantsimba.

Ceux qui nous ont parlé en images (réalisateurs): Oury Ochy Kozia / Guy Des Lauriers / Grégory Hiétin / Laetitia Biaggi / Julie Peghini / Marie Carette / Sylvia Voser / Thierry Thomas / Andre S. Labarthe

Les directeurs d’ateliers (jeu d’acteur, mise en scène, vidéo): Claude Bagoë Diane / Mathieu Montanier / Fabrice Gorgerat / Jean-Paul Delore

Directeurs des espaces carrefour (rencontres-débats): Ulrich N’Toyo / Rufin Mbou Mikima

Les courageux (techniciens et scénographe du festival): Cleo Konongo / Papythio Matoudidi / Vady Kouloutch / I Jah man / David Malonga / Bouesso Donald

Les Mantsinistes non alignés (équipe choc): Diane Chavelet / Amélie Thérésine / Nicolas Martin Granel

Enfin les trois femmes fortes: Sylvie Dyclo Pomos / Noëlle Ntiesse-Kibounou / Nadège Samba.

Bravos à tous! Bravos! Bravos! Bravos! Vous êtes dingues, vous m’arrachez des larmes! je vous aime. Comment il disait ça déjà, Sony?

«Qu’ils sont beaux ces fils de la colère! Un océan de mains levées qui dévaste tout. Quelle magie mes aïeux! Ils viennent de partout. Ils vont accrocher un autre soleil au ciel. Ils dévissent l’histoire. Le peuple est vivant. Un vrai déluge de mains levées. Qui broutent l’air et l’oxygène. En quel monde sommes-nous entrés ce matin, dites-moi? Le soleil est tout d’un bleu et la lune rougeoie comme un visage. Oh mon peuple. Tu es toujours si beau quand tu craches. Quand tu sors gros ton désir de cambrioler l’avenir. J’ai toujours rêvé de cet ouragan de mains tendues. Ce cyclone de bras levés pour agiter la fosse commune et la tendresse du pourrissement. Je vois. J’entends rayonner. Le jour me prend à la gorge. Je lance mon sang à la rencontre de tous les bégaiements.»

Générique de l'édition 2015 de Mantsina sur scène
Générique de l’édition 2015 de Mantsina sur scène

La galerie des auteurs de Mantsina Sony sur scène

Découvrez les auteurs présentés dans l’édition 2015 Mantsina Sony sur scène

Que mille Sony vous emportent!
Que mille Sony vous emportent!